‹ Essai sur le principe de populationChapitre 197 sur 368 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nous savons que des produits élevés peuvent se soutenir pendant un long espace de temps dans un état mal gouverné et livré à l'indolence, sans y produire aucun accroissement de richesse. Or, si un accroissement de richesse et de demande n'a pas lieu chez les nations environnantes, l’augmentation de travail et d'habileté d’un État manufacturier et commerçant serait en pure perte à cause de la baisse continuelle des prix. Non-seulement cet État se verrait obligé, à mesure que croîtrait son habileté et son capital, de donner une plus grande quantité du produit de ses manufactures pour le produit brut qu’on lui offre en échange; mais il pourrait être dans l'impossibilité, même avec l’attrait d’une réduction sur les prix, d’engager scs pratiques à faire des achats qui le missent en étal d’accroitre son importation île nourriture et de matières brutes; or, sans un tel accroissement d’importation, il est manifeste que la population doit demeurer stationnaire.

Que l’impossibilité d’obtenir une quantité croissante de nourriture provienne de la hausse du prix monétaire du blé ou de la baisse du prix monétaire des ouvrages faits , il n’y a pas de différence quant it l’effet. Du reste, elle peut avoir lieu de l’une et l'autre manière (par la concurrence et l'accumulation chez la nation manufacturière, et par le manque de ces deux ressorts chez la nation agricole) longtemps avant qu'on ait rencontré aucune diiliculté essentielle dans la production du blé.

Quatrièmement. Une nation, qui est obligée d’acheter des autres la presque totalité de ses matières brutes et de ses moyens de subsistance, non-seulement dépend entièrement des demandes de ses pratiques, selon qu'elles se livrent au travail ou à l'indolence , ou même selon leurs caprices, mais est encore assujétie à une diminution de demande nécessaire, inévitable, dans le progrès de ces nations en habileté et en capital, jusqu'au point auquel on peut raisonnablement supposer qu’elles pourront s’élever pendant un certain espace de temps. En général , la division du travail qui constitue un peuple manufacturier et voiturier pour le service des autres n’est pas naturelle et permanente, mais accidentelle et temporaire. Tant que , chez les nations qui abondent en terres, les profits de l’agriculture se soutiennent h un prix élevé, il peut fort bien leur convenir d’en payer d’autres pour fabriquer et voiturer pour elle. Mais quand les prolits de la terre tombent, ou que les termes auxquels on peut donner la terre h cultiver n’encouragent plus à placer ainsi le capital que l’on accumule , ceux qui possèdent ce capital se tournent naturellement vers d’autres emplois qui leur sont offerts par le commerce et les manufactures; et (conformément au juste raison-

SYSTÈME COMMERCIAL

nemenl d’Adam Smith et des économistes) trouvant près d’eux les matières premières des manufactures, les moyens de subsistance et la faculté de suivre directement leur commerce au dehors, ils pourront probablement fabriquer et voiturer pour leur propre compte à moindres frais que s'ils continuaient de livrer ce travail aux mains des étrangers. Tant que les nations agricoles continuaient d’appliquer leur capital croissant principalement à la terre, cet accroissement de richesse était du plus grand avantage aux nations manufacturières et commerçantes. C’était véritablement la cause la plus active et le régulateur le plus efficace de leurs progrès en richesse et en population. Mais dès que les agriculteurs ont tourné leur attention sur les manufactures et le commerce, l’accroissement de leur capital est un signal de décadence et de destruction pour les manufactures et le commerce étrangers qu’elles alimentaient auparavant C’est ainsi que, par le progrès naturel de la richesse des nations, et sans aucune concurrence d’habileté et de capitaux supérieurs, un état purement commerçant doit être supplanté par des vendeurs à bas prix et finalement exclu de ses marchés habituels par ceux qui jouissent de l'avantage de vivre de la terre qu’ils possèdent.

Dans la distribution de la richesse pendant le progrès de l’amélioration, les intérêts d’un État indépendant sont essentiellement différents de ceux d'une province. C’est un point auquel on n'a pas fait assez d’attention. Si le capital agricole croît en Sussex, et que les profits du capital y diminuent, les fonds surabondants passeront h Londres, h Manchester, h Liverpool, ou dans quelque autre lieu, où ils trouveront probablement un emploi plus avantageux que dans la province qui les a produits. Mais si Sussex était un royaume indépendant, cela ne pourrait pas avoir lieu; le blé que, dans l'état actuel, on envoie ’a Londres, serait enlevé pour nourrir les fabricants et commerçants du territoire. Ainsi , en supposant que l’Angleterre eût continué d’étre divisée dans les sept royaumes de l’IIeptarchie, Londres n’aurait pas pu être ce qu’il est. La distribution de richesse et de population actuelle, que nous pouvons présumer avantageuse au royaume en totalité , aurait été essentiellement différente , si l’on avait eu en vue d'accumuler la plus grande masse de richesse et de population dans certains districts particuliers, au lieu de la répandre dans toute l’ile. Mais, dans tous les temps, c’est l’intérêt de chaque État indépendant d'accumuler dans ses limites le plus de richesse qu’il peut y rassembler. Par conséquent, l’intérêt d’un État indépendant, par rapport aux pays avec lesquels il fait le commerce, peut rarement être le même que l’est celui d’une pro-

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