LIVRE III. — CHAPITRE X
étaient proportionnés à ce taux là. Dans ce même temps, autant que l’on peut le conclure des morts et des mariages, la population croissait assez lentement. De 1720 à 1750, période de 50 ans, on calcule que l'accroissement ne fut que de 900,000 âmes sur une population de 5,563,000'. Depuis cette époque, on ne peut douter que le capital du pays ne se soit prodigieusement accru et que la culture ne se soit fort étendue. Et toutefois, durant les dernières vingt années, on a vu l'intérêt de l'argent au-dessus de cinq pourcent, et les profils en proportion ; et de 1800 b 1811, une augmentation de population de 1,200,000 âmes sur 9,287,000; taux d’accroissement deux ou trois fois plus grand que celui de là période précédente.
Mais malgré ces causes d’irrégularité dans le progrès du capital et delà population, il est certain qu’ils ne peuvent atteindre leur limite nécessaire et pratique que par une marche très graduée. Avant que l'accumulation du capital soit arrêtée nécessairement, il faut que les profits des fonds aient été, pendant longtemps, assez bas pour n'offrir presque aucun encouragement à faire des épargnes en sus de sa dépense; et avant que les progrès de la population cessent, il faut que les salaires réels aient diminué graduellement jusqu'à ne pouvoir plus entretenir, d’après les habitudes reçues, des familles ayant le nombre d’enfants qui suffit précisément et sans excès à la population stationnaire.
Il parait donc que c’est la réunion des systèmes agricole et commercial, et non l'un ou l’autre séparé, qui est propre « procurer la plus grande prospérité nationale; qu’un pays dont le territoire est grand et riche, dont la culture est stimulée par des améliorations dans l'agriculture, les manufactures et le commerce extérieur, a des ressources si variées et si abondantes, qu’il est fort difficile de dire quand elles atteindront leurs limites; mais qu’en supposant que le capital et la population du pays continuent à croître, il y a cependant une limite à laquelle ces ressources doivent enfin arriver sans pouvoir jamais la dépasser; et que cette limite, d’après le principe de la propriété privée, est loin d’être celle de la capacité de la terre pour produire de la nourriture.
1 Population abstracts, Preliminary Observations, table, p. XXV.