‹ Essai sur le principe de populationChapitre 209 sur 368 · LOIS SUR LES GRAINS. PRIMES A L’EXPORTATION · texte numérisé non relu

LOIS SUR LES GRAINS. PRIMES A L’EXPORTATION

logues , la quantité et la valeur marchent ensemble jusqu'à un certain terme, quoique non du même pas ; mais passé ce terme , un accroisse* ment de quantité diminue la valeur totale du produit et le montant des retours qu'elle peut faire obtenir.

Il est donc certain que , malgré le prix comparativement élevé du travail et des matières premières, un pays peut aisément soutenir la concurrence des étrangers dans les marchandises auxquelles il peut appliquer avec un grand effet un capital supérieur et des machines plus parfaites, bien qu’un tel prix du travail et des matières premières puisse donner un avantage incontestable aux étrangers en agriculture et dans quelques autres espèces de produits, où on ne peut fias faire la même épargne de travail. En conséquence , un tel pays doit trouver moins cher d’acheter an-dehors une partie considérable des grains qu'il consomme, en les payant avec les produits de ses manufactures et avec quelques autres produits qui lui sont propres, que de récolter tous ces grains sur son territoire.

Si , par toutes ces causes ou par quelques-unes d’elles, une nation devient habituellement dépendante des nations étrangères pour la subsistance d’une partie considérable de sa population, elle doit nécessairement être sujette, aussi longtemps que dure sa dépendance, à quelques-uns des maux qu'éprouve une nation purement manufacturière et commerciale. A quelques égards, à la vérité, elle continuera de jouir d’une grande supériorité; elle possédera des ressources eu terre auxquelles elle pourra avoir recours, quand ses manufactures et son commerce , par suite de la concurrence des étrangers ou par toute autre cause, commenceront à décliner; mais en compensation de ces avantages, elle sera sujette, dans le temps où de fortes importations lui seront nécessaires, à des fluctuations dans ses approvisionnements de blé, beaucoup plus grandes que celles auxquelles sont assujétis les pays entièrement manufacturiers et commerciaux. Les demandes de la Hollande et de Hambourg peuvent être connues avec beaucoup d’exactitude par les négociants qui les approvisionnent ; si elles vont croissant , ce u’est jamais que graduellement : comme d’année en année elles ne sont pas sujettes à de grandes et soudaines variations , on peut avec sûreté faire des contrats réguliers pour la quantité moyenne des blés dont elles ont besoin; c’est une mesure praticable. Il en est autrement de quelques autres pays, tels que l’Angleterre et l’Espagne. Leurs besoins sont nécessairement très variables, k cause de la variation des saisons; et si les négociants devaient passer des contrats avec les pays qui exportent, pour la quantité d'une année moyenne, deux ou trois années

LlYltE lit. — CHAPITRE XI.

d'abondance subiraient pour les ruiner. Il faut nécessairement qu’ils attendent chaque année pour voir l’état de la récolte, afin de régler avec sûreté leurs opérations. C’est sans doute le déficit sur la récolte moyenne, qui produit une demande en Europe que l’on peut envisager comme nouvelle; et non la totalité du déficit. Mais la grandeur de ce déficit total et l’incertilude qui le précède, le danger de faire des contrats pour une quantité annuelle fixe et les combinaisons hostiles auxquelles sont exposés des États grands et belliqueux , ne peuvent manquer d’aggraver la difficulté de se procurer des approvisionnements permanents. S’il n’est pas rare enfin que les mauvaises récoltes soient générales, il est impossible que les pays dont nous parlons ne soient j»as exposés de temps en temps à de grandes variations de prix.

Ün a dit quelquefois que les disettes sont partielles et non générales; que ce qui manque dans un pays est toujours compensé par la surabondance qui a lieu dans un autre. Mais c’est là, à ce qu’il semble, une supposition dénuée de fondement. Dans les dépositions faites au comité de la chambre des communes relativement aux lois sur les grains, un des marchands de grains à qui l’on demande s’il arrive souvent que les contrées situées sur les bords de la Baltique manquent de blé en même temps que l’Angleterre, répond : « Lorsque les récoltes sont mauvaises dans une partie de l’Europe, il arrive en général qu’elles le sont plus ou moins dans une autre '. » Si l’on prend la peine de comparer les prix du blé en différents pays de l’Europe pendant un temps un peu long, on restera convaincu de la justesse de cette réponse. Dans le cours des cent cinquante dernières années, on en trouvera plus de vingt dans lesquelles la hausse des prix a été commune à la France et à l’Angleterre, bien qu’entre ces deux pays le commerce des grains fût rarement très actif L'Espagne et les côtes de la Baltique paraissent , d’après les prix tels qu’on a pu les recueillir, avoir fréquemment eu les mêmes déficits de grains aux mêmes époques. Et pendant les cinq dernières années, il y en a eu deux, 1811-12 et 1816-17, auxquelles, avec une hausse de prix extraordinaire en Angleterre, les importations ont été comparativement peu considérables; ce qui n’a pu provenir que de ce que la rareté était générale dans la plus grande partie de l’Europe.

Dans ces circonstances , supposons que la quantité de blé étranger qui, par une moyenne, est nécessaire à l’Angleterre chaque année, s’élève à deux millions de quarters. Supposons de plus que, dans une mauvaise année, le déficit qu’elle cause soit d'un million de quarters.

* Rapport, p. 93. Anyl.

LOIS SDK LES GRAINS. PRLMES A L’EXPORTATION.

Il y aura donc à pourvoir en tout à trois millions manquant au pays.

Si la rareté est générale en Europe , on doit s'attendre que , dans quelques États, l’exportation de leur produit en blé sera absolument prohibée, et, dans d’autres, soumise à de fortes taxes ; et que si l’Angleterre peut obtenir un million ou un million et demi de quarters, elle ne peut raisonnablement en espérer davantage. Dans ce cas, il lui resterait donc encore un déiicit de deux millions ou de quinze cent mille quarters. Si au contraire l’Angleterre était dans l’habitude de produire elle-même ce qui suffit à sa consommation, et qu’elle éprouvât, par suite d’une mauvaise récolte, un déficit d’un million de quarters, il est diflicile de croire , malgré la rareté générale , qu'elle ne pût pas obtenir trois ou quatre cent mille quarters aux prix qu'elle y mettrait, surtout si le prix du blé et celui du travail étaient en général plus élevés chez elle que dans le reste de l’Europe. En ce cas la somme totale de son déficit ne s’élèverait qu’à six ou sept cent mille quarters, au lieu de quinze cent raille ou deux millions. Si la présente année (1816-17) avait surpris ce pays dans un état où son produit en blé eût été fort éloigné de suffire à sa consommation, la détresse actuelle aurait été aggravée d’une manière effrayante.

Pour prévenir de tels malheurs, pour s’assurer une provision de blé plus abondante et, dans les temps fâcheux, moins précaire, on a recommandé un système de lois sur les grains, dont l’objet est de décourager, par des droits ou des prohibitions, l'importation des grains étrangers, et d’encourager, par des gratifications, l’exportation des grains du pays.

Un système de ce genre fut complété en Angleterre en 1688'; ce système a été discuté avec quelque étendue par Adam Smith.

De quelque manière que la question soit finalement décidée , tous ceux qui reconnaissent la force du grand principe de l’offre et de la demande doivent convenir que l’argument employé contre le système par l’auteur de la JUichesse des nations est essentiellement erroné.

Il établit d'abord que, quelque extension que la gratification donne au marché étranger, elle doit être payée, chaque année, aux dépens du marché intérieur ; parce que chaque boisseau de blé qui est exporté par l’efTet de la gratification et qui n’aurait pas été exporté sans elle, serait resté au marché intérieur pour accroître la consommation et pour faire baisser le prix de cette denrée’.

1 Quoique le but indiqué ici n’ait pas peut-être été l'objet particulier de la loi de 16S8, il a été certainement celui en vue duquel le système a été recommandé dans les temps subséquents. (Note de tau leur.) — * Liv. IV, ch. V.

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