‹ Essai sur le principe de populationChapitre 210 sur 368 · IX · texte numérisé non relu

IX

Dans cette remarque, le mot marché n'est pas bien appliqué. Il est sans doute facile en baissant le prix d'une marchandise d’en vendre plus qu’on n’aurait fait saDs cela, mais il ne s’ensuit pas que ce procédé donne au marché plus d'étendue. La suppression des deux taxes qu'Adam Smith dit être payées en vertu de la gratification augmenterait, il est vrai, pour les classes inférieures, la faculté d'acheter; mais chaque année la consommation n'en doit pas moins être finalement limitée par la population ; et l'accroissement de consommation, produit par la suppression de ces deux taxes , ne sullirait nullement à donner le même encouragement il la culture que lui donne l'addition d’une demande étrangère. Si le prix du blé de la Grande-Bretagne s’élève à l’intérieur en vertu de la gratification, avant que le prix de production ait pu croître (et A. Smith reconnaît expressément une hausse immédiateî, c'est une preuve sans réplique que la gratification étend la demande effective du blé britannique; c'est une preuve que la diminution de la demande à l’intérieur, quelle quelle puisse être, se trouve plus que compensée par l’extension de la demande à l’extérieur.

Adam Smith dit, en suivant son raisonnement , que les deux taxes payées par le peuple en vertu de la gratification (savoir, l’une au gouvernement en payant la gratification, et l’autre en achetant le blé à plus haut prix) doivent réduire la nourriture du pauvre ouvrier , ou forcer une hausse dans ses salaires pécuniaires proportionnée h celle du prix de sa nourriture. En réduisant la nourriture des pauvres laborieux, elles réduisent pour eux la faculté d'élever des enfants et tendent ainsi à diminuer la population. En forçant la hausse des salaires , elles ne permettent plus à ceux qui donnent du travail aux pauvres d’en employer autant qu’ils l’auraient fait sans cela, et tendent ainsi à diminuer l’activité industrieuse du pays.

Ou accordera facilement que la taxe occasionnée par la gratification a l’un ou l'autre des efTets mentionnés ici; mais elle ne peut pas avoir ces deux effets tout h la fois. On prétend que la taxe (imposée au corps entier du peuple) est très onéreuse à ceux qui la payeut, et ne procure que très peu d'avantages à ceux qui la reçoivent. Il y a là contradiction. Si le prix du travail hausse en proportion du prix du blé, comme l’auteur le dit ensuite , pourquoi l’ouvrier aurait-il moins de facilité à pourvoir à l’entretien de sa famille ? Si le prix du travail ne hausse pas en proportion du prix du blé, pourquoi les propriétaires et les fermiers ne pourraient-ils pas augmenter le nombre des ouvriers qu’ils emploient? Dans cette contradiction, toutefois, l’auteur a été suivi par d’autres auteurs estimables. Quelques-uns de ceux qui pensent, comme

LOIS SLR LES CRAINS. PRIMES A L'EXPORTATION. tll»

lui, que le blé règle le prix du travail , et celui de toutes les marchandises, ne laissent pas d’insister sur le tort que fait aux classes ouvrières une hausse dans le prix du blé, et sur l’avaDtage qu’elles retirent de la baisse de ce prix.

Mais le principal argument d’Adam Smith contre la gratification, est que le prix monétaire du blé règle celui de toutes les marchandises produites ou fabriquées dans le pays; qu’en conséquence l’avantage pour le propriétaire terrien d’une hausse du prix monétaire du blé n’est qu’apparent et nullement réel, puisque ce qu’il gagne à la vente, il le perd à l’achat.

Cette assertion, vraie jusqu’il un certain point, ne l’est pas quant h l’effet d’arrêter le transport du capital d’un emploi à l’autre ; des fabriques à la terre, ou réciproquement. Or, c’est là précisément le point en question; le prix pécuniaire du blé dans un pays déterminé est sans contredit la circonstance de beaucoup la plus puissante pour régler le prix du travail et de toutes les autres marchandises. Mais, pour justifier l’assertion d’Adam Smith , il ne suffit pas d’établir que cette circonstance a une très grande influence; il faut prouver que, les autres causes restant les mêmes, le prix de toutes les choses vénales haussera ou baissera précisément en proportion du prix du blé; et il s’en faut de beaucoup que les choses aillent ainsi. Adam Smith lui-même excepte toutes les marchandises étrangères ; or, si l’on réfléchit à la somme des importations qui se font en Angleterre, et à la quantité de marchandises étrangères que ses manufactures emploient , on verra bientôt que cette exception seule a beaucoup d’importance. La laine et les peaux crues, deux matières premières qui sont des productions du pays et d’une valeur considérable, ne dépendent pas beaucoup, d’après les propres raisonnements d’Adam Smith ’, du prix du blé et de la rente de la terre. Les prix de la cire, du suif et du cuir, dépendent en grande partie de la quantité qu’on en importe. Mais les étoffes de laine, celles de coton, la toile, le cuir, le savon, les chandelles et les bougies, le thé, le sucre, etc., toutes choses qui se trouvent comprises dans les exceptions que nous venons d’indiquer, forment presque la totalité des articles de vêtement et des objets de luxe à l’usage des classes industrieuses de la société.

Il faut observer, en outre, qu’en tout pays où l’industrie reçoit beaucoup d’aide d’un capital fixe, la partie du prix des ouvrages faits qui paie les profits d’un tel capital ne doit pas nécessairement hausser par

Page 1