‹ Essai sur le principe de populationChapitre 213 sur 368 · LIVRE III. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE XI

lilé varie pendant des périodes assez longues pour déterminer des versements de capitaux ; sinon on serait forcé , par un simple dilemme , à déclarer qu'aucune augmentation de demande ne peut jamais en aucun cas encourager la culture du blé.

Il faut donc convenir que l’argument particulier tiré de la nature du blé, qu’Adam Smith a mis en avant à l’occasion de la gratification , ne peut pas se soutenir; que la gratification h l’exportation du blé doit en augmenter la demande et en encourager la production, sinon au même degré, du moins de la même manière, que la gratification à l’exportation de toute autre marchandise excite à la produire.

Mais on dit de plus que la production du blé, étant ainsi accrue, doit en faire baisser le prix d’une manière permanente, et l’on en donne pour preuve les soixante-quatre premières années du dernier siècle, pendant lesquelles la gratification eut en Angleterre son plein et entier effet. Dans la conséquence que l’on tire de cet exemple, on peut raisonnablement soupçonner que l’on a pris pour un effet permanent ce qui, par sa nature, bien que de longue durée, était néanmoins temporaire.

D’après la théorie de l’offre et de la demande , on doit s’attendre à voir la gratification agir de la manière suivante.

Il est dit souvent dans la Richesse des nations , qu'une grande demande est suivie d’un grand approvisionnement; l’abondance suit la disette: après une cherté extraordinaire, viennent des has prix non moins rares, l'ne demande grande et indéfinie produit généralement un approvisionnement plus que proportionné au besoin. Cet approvisionnement amène naturellement les bas prix. Mais ces bas prix, dès qu’ils se font sentir, ne peuvent manquer à leur tour d’arrêter la production de la denrée; cet obstacle, d’après le même principe, a coutume d'agir plus longtemps qu’il n'est nécessaire et d’opérer ainsi le retour de la cherté.

Telle est la manière dont la gratification à l’exportation du blé paraîtrait devoir agir, si elle était accordée dans des circonstances favorables à son action ; et c’est ainsi qu’elle semble en effet avoir agi dans le seul cas où l’expérience en a été faite convenablement.

Sans prétendre nier le concours de quelques autres causes, ni apprécier l'influence relative de la gratification, on comprend aisément que (le prix de production du blé n’étant, suivant Adam Smith, que de 28 shellings le quarter, et les prix du marché en Angleterre étant aussi bas que sur le continent) une prime de 8 shellings par quarter à l'exportation devait occasionner une hausse de prix réel et encourager la culture du grain. Mais les changements opérés dans la direction du capital

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