‹ Essai sur le principe de populationChapitre 214 sur 368 · LOIS SUR LES CRAINS. PRIMES A L'EXPORTATION · texte numérisé non relu

LOIS SUR LES CRAINS. PRIMES A L'EXPORTATION

vers les entreprises agricoles, ou de ces entreprises vers d’autres, ne peuvent manquer d’être lents. Ceux qui ont suivi l’habitude d’employer leurs capitaux dans des entreprises commerciales ne les versent pas subitement dans les canaux de l'agriculture; et c'est encore une opération plus longue et plus difficile de retirer son capital des travaux de la terre pour le placer dans le commerce. Pendant les premières vingtcinq années après l’établissement de la gratification en Angleterre , le prix du blé s’éleva de 2 ou 5 shellings par quarter ; mais alors, par suite des guerresde Guillaume et Anne, des mauvaises années, et d’une rareté d'argent, le capital sembla s'étre accumulé lentement sur la terre, et il n’y eut pas un grand excédant de produit. Ce ne fut qu’après la paix d'Utrecht que le capital du pays commença à croître d’une manière marquée; et il est impossible que la gratification n’ait pas dirigé sur les terres une plus grande partie de cette accumulation qu’il ne s’y en serait versé sans elle. Un excédant de produit, et une baisse de prix pendant trente ou quarante ans, furent la suite de cet ordre de choses.

On dira que cette période de bas prix fut trop longue pour que l’on doive l’attribuer à la gratiGcation , même d’après la théorie que nous venons d’exposer. Cela peut être vrai, et selon toute probabilité, la période aurait été plus courte si la gratification avait agi seule ; mais, dans le cas dont nous parlons, plusieurs autres causes très actives déployèrent leur influence.

La baisse du prix qu’éprouva le blé britannique fut accompagnée de celle des prix sur le continent. Quelles que fussent les causes générales qui produisirent cet effet dans les pays étrangers, il est probable qu’elles ne furent pas absolument sans influence en Angleterre. Tout au moins rien ne pouvait plus efficacement amener les bas prix et retarder le retour des prix élevés, qu’un excédant considérable de produit, qu’on recevait avec répugnance chez les autres nations et qu’on n’acceptait qu’à la faveur du bon marché. Quand on avait obtenu un tel excédant, il fallait quelque temps pour que son bas prix le pût détruire, vu surtout que le stimulant moral de la gratification dut probablement continuer d’agir longtemps après que les prix eurent commencé de baisser. A ces causes on peut ajouter qu’une baisse marquée dans le taux de l’intérêt, qui eut lieu vers le même temps, prouve qu’il y avait une abondance de capitaux et par conséquent beaucoup de difficultés à leur trouver un emploi profitable. Si d'autre part on prend en considération les obstacles naturels à tout déplacement des capitaux engagés sur les terres, ou se rendra raison de ce long espace de temps pendant lequel

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