‹ Essai sur le principe de populationChapitre 215 sur 368 · LIVRE III. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE XI

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il n'y eut pas d’altéralion essentielle dans l’abondance comparative et dans le bas prix du blé.

Adam Smith attribue ce bas prix k la hausse de la valeur de l’argent. La baisse du prix du blé, qui eut lieu en France et ailleurs vers le même temps, paraîtrait donner du poids k cette conjecture. Mais les comptes qui ont été rendus récemment du produit des mines pendant la période en question ne viennent pas k l'appui ; et il est beaucoup plus probable que cette baisse provenait de l’état comparatif de paix dans lequel l'Europe se trouva placée après que les guerres de Louis XIV furent terminées; état qui facilita l’accumulation du capital sur la terre et encouragea les améliorations agricoles.

Quant k l’Angleterre en particulier , Adam Smith observe lui-même que le prix du travail et des autres objets de vente allait croissant; fait très défavorable k la supposition d'une valeur croissante des métaux précieux. Non-seulement le prix monétaire du blé baissa, mais il perdit de sa valeur relativement k d’autres objets. Cette diminution de valeur relative, jointe k de grandes exportations, indique clairement que la cause principale des faits observés fut l’abondance relative du blé , k quelque cause qu’il faille l’attribuer, plutôt qu'aucune rareté d'argent. Cette grande baisse du prix du blé dans le marché britannique, particulièrement durant les dix années de 1 740 k 1 750, accompagnée d’une grande baisse dans les marchés continentaux, due («ut-être en partie aux grandes exportations de blé britannique , surtout dans les années 1748, 4749etl750. doit nécessairement avoir porté quelque atteinte k la culture de cette denrée, tandis que d'autre part la hausse du prix réel du travail doit avoir encouragé en même temps l’accroissement de la population. L’action combinée de ces deux causes est précisément telle qu’elle doit être, d’abord pour diminuer et finalement pour détruire un surplus de blé. Comme ensuite , après l’année 4764, la richesse et la population manufacturière de la Gramle-llretagne crurent plus rapidement que celles de ses voisins, les encouragements k l’agriculture, qui agirent de nouveau, furent presque exclusivement fournis par la demande de l’intérieur, et par cette raison , bien que considérables, ne suffirent pas k produire un surplus. N’étant pas d’ailleurs bornés, comme ci-devant, k ranimer la culture britannique, k cause des changements opérés dans les lois sur les grains, ces encouragements ne suffirent pas même k produire un approvisionnement indépendant. Si les anciennes lois sur les grains étaient restées en vigueur, l’Angleterre probablement n’en eut pas moins perdu son excédant de produit en grains, par les causes que nous avons indiquées ; mais, en vertu des

LOIS SUR LES CRAINS. TRIMES A L'EXPORTATION. i'XS

clauses restrictives de ces lois , ce pays eût certainement été plus près *lc produire un approvisionnement indépendant, immédiatement avant la disette de 1800.

Il ne faut donc pas, en vue d'attaquer la prime, dire, avec Adam Smith, que la baisse du prix du blé, qui eut lieu durant la première moitié du dernier siècle, doit s'être manifestée malgré la gratification; qu'elle ne peut pas en avoir été la suite. Il faut convenir au contraire (comme on le doit, à ce que je crois, d’après tous les principes généraux) que la prime, accordée dans des circonstances favorables, est réellement faite pour produire, après avoir traversé une période de cherté, un certain excédant et les bas prix que promettent scs défenseurs 1 ; mais aussi, conformément h ces mêmes principes généraux, cet excédant et ces bas prix, agissant h la fois comme obstacle au produit et encouragement à la population, ne peuvent se soutenir bien longtemps.

L’objection à la gratification accordée au blé, indépendamment de celles que l’on peut faire contre les gratiücalions en général , est que, même dans les circonstances les plus favorables, elle ne peut pas faire baisser les prix d'une manière permanente. Et si ou l'établit dans des circonstances défavorables, c’est-à-dire, si on lente de forcer l’exportation par une prime suffisante dans un temps où le pays ne peut produire ce qu’il consomme, non-seuleinent la taxe est très pesante, mais elle doit porter préjudice à la population, et l’excédant de produit que l’on peut obtenir est acheté au prix d’un sacrifice fort supérieur en valeur à tout cet excédant.

Mais malgré les fortes objections que l’on peut opposer aux primes d’après des principes généraux , et malgré l'impossibilité d’en faire emploi dans certains cas qui ne sont point rares, on est obligé de reconnaître que tant qu’elles exercent leur inllucnce (c’est-à-dire, tant qu'elles produisent une exportation qui n'aurait pas lieu sans elles), on ne peut douter qu’elles n’encouragent un accroissement de production de blé dans les pays où elles sont établies, ou qu'elles ne maintiennent cette production à un point qui sans elles n’aurait certainement pas été atteint.

Dans certaines circonstances particulières et favorables, un pays

1 Si la prime a une tendance à forcer la culture des terres pauvres , elle en a une aussi à élever le prix du blé ; mais on sait, par expérience, que la hausse du prix occasionnée naturellement par cette voie est continuellement combattue par des améliorations en agriculture. En fait on ne peut nier que, pendant la période du dernier siècle où le ble baissait deÿrix,on ne mil en culture de nouvelles terres. (JVote de l'auteur).

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