‹ Essai sur le principe de populationChapitre 216 sur 368 · LIVRE III. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE XI

pourrait maintenir ainsi un excédant de produit considérable pendant un long espace de temps, sans que le prix de production du blc fui considérablement accru, et peut-être avec peu ou point d'accroissement du prix moyen , en comprenant dans le compte les années de rareté'. Fixons une époque quelconque dans le dernier siècle , à laquelle on obtenait , par le stimulant de la gratification , un excédant moyen de produit (tour l’exportation; et supposons qu'à compter de celte époque , la demande extérieure du blé britannique eût été croissant dans le même rapport que celle de l’intérieur, il aurait pu arriver que l’excédant de produit fût devenu permanent. Après que la gratification aurait cessé d’exciter à faire de nouveaux efforts, son influence n'aurait point été perdue. Elle aurait, encore pendant quelques années, donné au producteur britannique un avantage absolu sur le producteur étranger. Cet avantage aurait sans doute diminué graduellement, parce qu’il est dans la nature de toute demande effective d’être finalement satisfaite, et de forcer les producteurs à vendre au plus bas prix auquel ils peuvent le faire d’après le taux général des profils. Mais, après avoir passé par une période d’encouragement bien décidé, le producteur britannique aurait contracté l’habitude d'approvisionner un marché plus étendu que le marché national à des termes d’égalité avec ses compétiteurs. Et si les marchés britanniques et étrangers avaient continué de s’étendre également , il aurait continué lui-même de proportionner ses approvisionnements à l’état de ces deux marchés; parce qu’à moins d’un accroissement de demande à l’intérieur, il n’aurait pas pu retirer à l'étranger son approvisionnement sans faire baisser le prix de la totalité de sa récolte. Ainsi la nation aurait eu constamment en sa possession un magasin de réserve pour les années de disette.

Mais en supposant même qu’à l’aide de la gratification combinée avec le taux le plus favorable des prix dans d'autres pays, un Etat particulier pût maintenir, d’une manière permanente, un excédant moyen de produit pour l’exportation, il ne faut pas croire comme conséquence que sa population cessât d’étre arrêtée par la difficulté de se procurer des moyens de subsistance. Elle serait, il est vrai, moins exposée à la gène particulière que causent les années de rareté , mais à d’autres égards, elle serait soumise aux mêmes obstacles, aux mêmes forces répressives

1 Le prix moyen diffère du prix de production. Les années de rareté, qui doivent avoir lien de temps en temps, affectent essentiellement le prix moyen; et la production d'un surplus en blé, qui tend à prévenir la rareté, tend aussi à baisser b moyenne, et à faire qu’elle approche toujours plus du prix de production l^'0,t de l'auteur.)

LOIS SUR LES GRAINS. PRIMES A L'EXPORTATION'. i‘17

que nous avons décrites dans les chapitres précédents. Soit qu’il y eût, ou qu’il n’y eût pas, une exportation habituelle, la population se réglerait toujours sur les salaires réels, et elle s'arrêterait quand les objets de première nécessité que ces salaires pourraient acheter ne seraient pas suflisants, dans l’état actuel des habitudes du peuple, pour encourager un accroissement dan s le nombre des individus dont il se compose.

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