LIVRE III. — CHAPITRE Xll
sources, il peut arriver, par des causes particulières, que la population commerciale prédomine au point de produire une partie des maux auxquels est exposé un Etat purement commercial et manufacturier, avec plus de fluctuation dans le prix du blé. Il est alors possible, en gênant l'importation du blé étranger, de maintenir la balance entre les classes agricole el commerciale. Car il ne s'agit pas de savoir si la mesure est ellicace pour son objet, mais si elle est d’une bonne politique. Certainement l’objet peut être obtenu , mais il peut être acheté trop cher. Pour ceux qui ne rejettent pas péremptoirement toute recherche de cette nature, comme contraire h un principe réputé sacré, c’est une grande question que celle-ci : Faut-il, en certaines circonstances, maintenir artificiellement, entre les classes agricole et commerciale, l’équilibre requis, lorsqu’il ne peut s'établir naturellement. Parmi les questions pratiques de l’économie politique, aucune ne leur doit paraître importante à un plus haut degré.
Une des plus fortes objections à la doctrine qui établit l’utilité des gênes h l’importation , est que l’on ne peut donner comme une règle générale, que tout État doit produire le blé qu'il consomme. Il y en a qui sont placés dans des circonstances telles, que la règle ne peut évidemment leur être appliquée.
En premier lieu, plusieurs États ont figuré dans l’histoire, dont le territoire, comparé à une ville unique ou à quelques villes qu'ils possédaient, était très peu considérable et absolument incapable de nourrir leur population. Dans ces communautés, le commerce, qui dans les grands États est intérieur, a dû être nécessairement un commerce extérieur; l’importation du blé étranger était absolument nécessaire à leur existence. Ils n’ont point connu l’avantage que donne la terre à ceux qui en disposent ; et quels que puissent être les désavantages et les dangers d’un système purement commercial et manufacturier, le choix leur était interdit et ils n’en pouvaient point suivre d’autre. Tout ce que peuvent faire de tels Étals est de tirer de leur situation le meilleur parti , en se mesurant sur leurs voisins, et s’efforçant de compenser, par le travail , le talent et les capitaux , l’important avantage dont ils sont privés. Ces efforts ont valu d’éciatanis succès à quelquesuns de ces États, dont on a conservé la mémoire; mais les revers qu’ils ont éprouvés n’ont pas été moins frappants que leur prospérité, d’aiilcurs si disproportionnée à leurs chétives ressources.
Secondement, les gênes à l'importation du blé étranger ne sont pas applicables à un pays que son sol el son climat exposent à de très grandes variations dans son approvisionnement intérieur, provenant de