LOIS SUR LES GRAINS. ENTRAVES A L'IMPORTATION
(a variation des saisons. Un pays placé dans de telles circonstances accroit certainement la chance qu'il peut avoir d’un approvisionnement fixe, en ouvrant h l'exportation et à l’importation autant de marchés qu’il peut le faire; et cette assertion se vérifiera probablement, lors même que d’autres pays prohiberaient la sortie de leurs grains ou en taxeraient l’exportation. Le mal particulier qu’éprouve ce pays ne peut être adouci qu’en encourageant le commerce extérieur des blés et lui assurant la plus pleine liberté.
Troisièmement, les gènes b l’importation ne sont pas applicables à un pays dont le territoire, peut-être assez étendu, n’offre qu’un sol très infertile. I^es tentatives que l'on pourrait faire pour le cultiver et l’amender, en dirigeant de ce côté là les capitaux par des moyens forcés, n’auraient probablement aucuu succès , dans quelques circonstances qu’elles fussent faites. Le produit actuel obtenu de cette manière serait acheté au prix de sacrifices tels que peut-être le capilal et l'industrie de la nation ne pourraient pas continuer d’y suffire. Quels que soient les avantages dont jouissent les nations qui ont en leur possession les moyens d’entretenir des produits de leur sol une forte population, il faut que la nation dont nous parlons y renonce. Elle doit se résoudre à former une communauté pauvre et sans importance, ou à dépendre, pour son existence, d’autres ressources que celles que son sol lui peut fournir. Elle ressemble, à plusieurs égards, aux nations qui n’ont qu’un petit territoire; et par conséquent elle doit avoir à peu près la même politique.
Dans tous ces cas , on ne peut douter que ce ne fût une mesure fort impolitique de faire des efforts pour maintenir entre les classes agricole et commerciale, ce juste équilibre qu’elles ne peuvent pas naturellement atteindre.
Mais dans des circonstances différentes et même opposées , il n’est point évident que de telles mesures fussent impolitiques.
Quaud une nation possède un territoire étendu dont le sol est d’une qualité moyenne, elle peut sans difficulté nourrir des produits de ce sol une population pleinement suffisante à maintenir son rang, tant eu puissance qu’en richesse, entre celles avec lesquelles elle est appelée à soutenir des rapports ou de commerce ou de guerre. En général , des territoires d’une certaine étendue doivent finalement nourrir leur population. A mesure qu’un pays, accoutumé à exporter du blé , approche du terme d’accroissement en richesse et en population vers lequel il tend, il relire du commerce général le blé qu’il épargnait chez lui et qu’il distribuait à ses voisins plus occupés que lui de commerce et de
LIVItE III. — CHAPITRE XII.
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fabrique, el les laisse subsister de leurs propres produits. Les produits particuliers, propres à chaque sol el à chaque climat, sont des objets de ce commerce extérieur, qui, daus aucun cas, ne peut être anéanti. Mais la nourriture n'est pas un produit particulier, et, d’après les lois qui règlent le progrès de la population , il peut se faire que le pays qui en produit le plus n'en ait point à mettre en réserve pour d'autres. Si l’on excepte les mouvements occasionnés par l’influence des saisons , on peut dire qu’un commerce extérieur en blés, qui a pris une étendue considérable , est plutôt temporaire et occasionnel que permanent par sa nature ; il dépend principalement des degrés d’amélioration que les différents pays ont atteints ; et les motifs qui l’animent ne sont plus les memes à l’époque où la société a fait beaucoup de progrès. Il a été proposé sérieusement d’alimenter l’Europe entière du blé d’Amérique , et de laisser la première s’occuper exclusivement de commerce et de manufacture, divisant ainsi le travail du globe de la manière la plus parfaite. Eu admettant même l’extravagante supposition que le cours naturel des choses put amener pour un temps une semblable répartition des travaux, et que par ce moyen l’Europe pût avoir une population plus grande que celle qu’elle peut nourrir, les suites d’une telle situation seraient fort à redouter. C’est une vérité incontestable qu’il convient à tout Etat qui possède un territoire, à mesure qu’il croit en richesse, de fabriquer pour son usage, à moins qu’il ne puisse se procurer des objets de fabrique de quelques nations qui jouissent à cet égard de certains avantages particuliers, autres que le capital et l’habileté. Lors donc que l’Amérique commencerait à retirer son blé à l’Europe, et que celle-ci manquerait de moyens pour y suppléer, on sentirait vivement que l’avantage passager d’un accroissement de richesse et de population (en le supposant obtenu) aurait été chèrement acheté par une longue période de misère et de mouvements rétrogrades.
Si donc un pays est d’une étendue qui lui permette raisonnablement d’espérer qu’il pourra finalement suffire à alimenter sa propre population; si la population qu’il entretiendra de la sorte peut le mettre en état de maintenir son rang et sa puissance parmi les autres nations; s’il y a en outre de justes raisons d’appréhender, non-seulement que le blé étranger lui soit finalement retiré (ce qui ne présente qu’un avenir lointain), mais que la grande prédominance des fabriques ne produise des maux immédiats, plus d'insalubrité, de turbulence, de fluctuation dans le prix du blé et dans celui du travail , il ne paraîtra pas impolitique peut-être de maintenir artificiellement un plus juste équilibre entre les classes agricole et commerciale , en assujétissant à quelques
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