LIVRE III. — CHAPITRE XII
depuis l’époque où commencent les tables d’Eaton jusqu'au commencement de la guerre de la révolution, on verra qu’en Angleterre le plus haut prix du quarter de froment de 8 bushels, pendant ce temps, a été de 3 livres 15 sous 0 3/4 deniers sterl. (en 1648), et le plus bas 1 livre 2 sous 1 denier sterl. (en 1743) ; tandis qu’en France le plus haut prix du setier a été de 62 francs 78 centimes (en 1662), et le plus bas de 8 francs 89 ceutimes (en 1718)'. Dans l’un des pays, le prix le plus haut comparé au plus bas est ù peu près comme 3 1/3 est ù 1; dans l'autre comme 7. Dans les tables anglaises, dans des intervalles de dix ou douze ans, on ne trouve que deux exemples d’une variation qui atteigne le rapport de 3 à 1. Dans les tables françaises, pendant des périodes égales, on trouve un exemple de variation dans le rapport de 6 h 1 , et trois en outre de 4 à 1 ou davantage.
Il se peut que ces variations aient été aggravées par le manque de liberté dans le commerce intérieur des grains, mais elles sont bien d’accord avec les calculs de Turgot, qui n’ont rapport qu’aux variations du produit , sans aucune connexion avec les difficultés ou les obstacles opposés au libre transport d’une province à l’autre.
Sur une terre de moyenne qualité, il estime le produit de scplscliers par arpent dans les années de grande abondance , et de trois setiers dans celles de grande rareté portant ainsi le produit moyen à cinq setiers par arpent’. Il croit que ces calculs ne s’éloignent pas beaucoup de la vérité; et continuant de raisonner d'après les mêmes bases , il observe que, dans une année très abondante, le produit doit suffire pour cinq mois de plus que la consommation ordinaire, et cinq de moins dans les années de très grande rareté. Je suis porté à croire ces varia -
• Adam Smith, Richesse des nations, 1. 1, p. 337, édit. Guillaumin. Pour pouvoir apprécier le rapport des quantités citées par Malthus, il faut se livrer à des calculs que nous avons voulu épargner au lecteur. En convertissant les monnaies anglaises en francs au pair, c'est-à-dire à raison de 1 livre sterling pour 33 francs 33 centimes, et en sachant (pie le quarter anglais et l'ancien setier français valent en hectolitres, 3,91 et 1,36, on obtient : le plus haut prix du blé en Angleterrr, en 1648, 33 fr.
I . (,^74 c. l’hectolitre; le plus bas , en 1743, 9 tr. 37 c. t’hectol.; différence : 33 fr. 17 c. l’hcctol.; le plus haut prix du blé en France , en 1663, 40 fr. 34 c. l'hectol.; le plus bas, en 1718, Sfr. 70c. l'hectol.; différence :34fr. 34 c. l’hectol. De sorte qu'en Angleterre le prix du blé n’est ni monté si haut, ni descendu si bas. (Jph. G.)
* OF.uvres de Turgot, 1. 1, p. 171, édit. Guillaumin. Turgot emploie saas doute ici l’arpent de Paris, plus généralement usité que l'arpent des eaux et forêts spécial à une administration. Cet arpent de Paris valant environ un tiers d'hectare (0,343) et le setier valant environ un hectolitre et demi (1,36); les sept, trois et cinq setiers par arpent dont parle Turgot, correspondent à 33, 13 1/3 et 33 hectolitres par hectare. {Jph. G.)
IjOIS SUR LES flRAINS. ENTRAVES A L'IMPORTATION. 235 lions beaucoup plus grandes que celles que l’on éprouve en Angleterre, au moins à en juger par les prix; d’autant plus que, par un même degré de rareté dans les deux pays, la richesse supérieure de l’Angleterre et les assistancesmultipliées des pa roissesaux classes pauvresenlempsdediselte doivent y élever les prix, plus qu’en France, au-dessus du taux moyen.
Si nous portons nos regards sur l'Espagne durant la même période, nous y observerons de même des variations beaucoup plus grandes qu’en Angleterre. Dans une table des prix de la fanègue de froment au marché de Séville de 1675 h 1774 inclusivement, publiées dans l'appendice du rapport sur les métaux précieux non monnayés', le plus haut prix est de 48 réaux veillons (en 1677), et le pins bas de 7 réaux veillons (en 1720), et qui établit un rapport presque de 7 à 1. Et dans des périodes de dix ou douze ans seulement, ce rapport, en deux ou trois cas, va jusqu'il atteindre celui de 4 h 1. Dans une autre table, de 1788 à 1792 inclusivement, relative aux villes de la Vieille-Castille, le plus haut prix, en 1790, fut de 109 réaux veillons la fanègue; et en 1792, le plus bas seulement de 16 réaux veillons la fanègue. Dans le marché de Medina-del-Rio-Seco, ville du royaume de Léon entourée d’un beau pays à blé, le prix de la charge de quatre fanègues de blé froment fut, en mai 1800, de 100 réaux veillons; en mai 1804, de 600 réaux veillons; et ces deux prix furent appelés l’un et l’autre des prix bas, par comparaison aux plus hauts prix de l’année. La différence serait plus grande, si l’on mettait en rapport les hauts prix et les bas prix de différentes années. Ainsi, en 1799, le prix bas de quatre fanègues fut de 88 réaux veillons; et en 1804, le haut prix de quatre fanègues fut de 640 réaux veillons; ce qui établit le rapport de plus de 7 à 1 dans le court intervalle de six années*.
En Espagne, le blé étranger entre librement; toutefois la variation des prix dans les villes de l’Andalousie (province maritime, où pénètre le Guadalquivir, plus petite à la vérité que celles que nous venons de nommer) semble prouver que les eûtes de la Méditerranée ne four-
1 Bullion Keporl, Appendix, p.182. — */6f<f.,p. 185. I. trial valant 36 1/3 c. et la fanrga de Castille un demi hectol. environ (0,571), on peut établir les prix suivants comparatifs : I.e pins haut prix du blé en Espagne , eu 1677, 23 fr. 2S c. l’hectol.; le plus 6a», en 1720, 32 fr. 25 c. l’hectol . ; différence : 19 fr. 03 c.; le plus ha u( prix dans la vieille Csstille, en 1790, #0 fr. 59 c.; le plus bas, en 1793, 7 fr. A3 c.. différence : A3 fr. 16; le plus haut prix (dansle royaume de Léon), en 1804, 69fr. 61 c. l bectol.; le plushat,en 1801, 11 fr. 60 c. l'heclol.; différence : 58 fr. 01 c.; le plus haut prix en Espagne, en 1802 , 72 fr. SSc.l’hect.; le plus bas, en 1799, lu fr. 21 c,; différence : 62 fr. 02 c. 'Jph. G.)