LIVRE IH. — CHAPITRE Xlt
nissent nullement un approvisionnement (ixe. On sait assez que l'Espagne est le pays qui fait à l’Angleterre la principale concurrence dans l'achat des blés de la Baltique. 11 est d’ailleurs certain que le prix de production ou le prix commun' du blé est beaucoup plus bas en Espagne qu'en Angleterre. Il suit de là qu'en Espagne la différence de prix entre les années d'abondance et de rareté doit être fort grande.
Je manque de moyens pour constater les variations des récoltes et des prix chez les nations du Nord ; mais il est sûr qu’elles sont quelquefois considérables, car on sait que quelques-unes de ces nations sont sujettes de temps en temps à des disettes très pénibles. Du reste , les exemples que j'ai donnés suffisent pour faire voir qu’un pays, placé dans des circonstances favorables à la tixité des approvisionnements indigènes, a plutôt la chance de diminuer cette lixité que de l’augmenter, en s'associant à des nations moins favorablement placées à cet égard. Certainement cette lixité sera plus diminuée encore si le pays le plus assujéti aux variations a le droit d’inonder les autres de ses récoltes dans les années d’abondance, tandis qu’il se réserve le privilège de es garder à la moindre apparence de rareté, et précisément au moment où son voisin commercial éprouve le plus pressant besoin*.
Cinquièmement, si une nation possède un territoire, non-seulement assez étendu pour maintenir, à l'aide de sa culture actuelle, une population convenable à un État du premier rang, mais dont la fertilité non épuisée permet à cette population d’aspirer à un grand accroissement, c’est encore une circonstance qui rend plus applicable à ce pays la mesure de mettre quelque gêne à l’importation du blé étranger.
Un pays qui, bien que fertile et populeux, aurait été cultivé presque autant qu’il peut l’être, n’aurait d’autre moyen d’augmenter sa population que de permettre l’entrée du blé étranger. Mais les lies Britanniques n’olîrent jusqu’ici aucun symptôme d’épuisement. Lorsqu’un
1 La distinction faite précédemment entre le prix moyen et le prix de production ne contreditpas l’espèce de confusion du prix de production et du prix commun que l’auteur fait ici. Bien que différents, le prix de production et le prix moyen se rapprochentnécessairement; l’un règle l’autre en général et sauf les exceptions mentionnées. Le prix commun ou usuel n'est pas précisément le prix moyen, c’est le prix courant le plus fréquent ; il entre dans la moyenne et la règle en grande partie, mais non exclusivement. Si même on jugeait la différence plus marquée entre le prix commun et le prix de production , il n'en est pas moins vrai que l'un et l'autre sont plus bas en Espagne qu'en Angleterre. ( Noie det traducteurs.)
* Ces deux circonstances changent essentiellement l’hypothèse sur laquelle repose la question de la libre importation, en tant qu’elle s’applique à un état en particulier. (.Vole de l'auteur.)
LOIS SUR LES GRAINS. ENTRAVES A L’IMPORTATION. i5S territoire a été cultivé au dernier point, il arrive nécessairement que les profils et la valeur des terres sont à un taux peu élevé, la demande
du travail languissante, les salaires chétifs, la population stationnaire. Quelques-uns de ces symptômes peuvent sans doute se manifester sans que le sol soit épuisé, mais l'épuisement ne peut avoir lieu sans que tous ces symptômes paraissent à la fois. Loin d’apercevoir de tels symptômes dans la (irande-Brelagnc, on y a vu, pendant les vingt années qui ont précédé 1814, un taux des profits et de l'intérêt élevé, une demande de travail multipliée, de bons salaires, et un accroissement de population plus rapide peut-être qu’à aucune autre époque de l’histoire du même pays. Les capitaux, employés à mettre de nouvelles terres en culture ou à en améliorer d'autres, doivent avoir donné de bons prolits, sans quoi, au taux où étaient les prolits généraux, ils n'auraient pas été appliqués à cet emploi. Kt bien qu'il soit vrai strictement, qu'à mesure que le capital s’accumule sur la terre, ses profits doivent diminuer, toutefois l'augmentation d'habileté en agriculture et d'autres causes indiquées dans un précédent chapitre font que ces deux effets d'une culture progressive ne marchent point du même pas. Bien qu’elles doivent finalement s'unir et terminer ensemble la carrière de leurs progrès, elles sont souvent, durant le cours de ces progrès, séparées pour un très long temps et par de très grandes distances. Dans quelques pays, sur quelques sols, la quantité de capital qui peut être absorliée, avant d’opérer nécessairement une diminution essentielle dans les profits, est si considérable qu’il n'est pas facile de lui assigner une limite. Assurément, quand on considère ce qui a été réellement effectué dans quelques districts d'Angleterre et d'Lcossc, et qu’on le compare avec ce qui reste à faire en d'autres, on ne peut s'empêcher de reconnaître que ce pays n’a pas beaucoup approché de celle limite. Le haut prix monétaire du travail et des matériaux du capital agricole (provenant en partie des taxes directes et indirectes, en partie, et peut-être principalement, de la grande prospérité du commerce extérieur de l’Angleterre) rend impossible la mise en culture de nouvelles terres et de grandes améliorations des terres anciennes, à moins que le prix monétaire des grains ne soit aussi très élevé. Mais ces terres, une fois mises en culture ou améliorées, n'ont point paru improductives, la quantité et la valeur de leur produit ont été pleinement et convenablement proportionnées à la quantité de capital et de travail qu'on y avait appliquée. Toutes ces terres ont été cultivées, au grand avantage des individus et de l'Llat , aussi longtemps qu'a subsisté le même (ou à peu près le même) rapport entre la valeur du produit et le coût de la production.