LIVRE III. — CHAPITRE XII
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Dans cet état dn sol, l'empire britannique serait incontestablement en position, non-seulement d’entretenir, de ses propres produits, sa population actuelle, mais une population double, et même avec le temps triple peut-être. D’après cela, une gêne h l’exportation du blé, qui pourrait donner lieu à de graves objections dans un pays arrivé près du terme de ses ressources, s’offrirait sous un aspect différent dans un pays capable de nourrir des produits de son sol un grand accroissement de population.
On dira qu’en admettant la possibilité de nourrir de son propre sol une population grande et même croissante, il n’en est pas moins vrai que si, en ouvrant ses ports au blé étranger, on pouvait donner à la population un essor plus grand et plus rapide, on ne saurait comment justifier une mesure qui tend à l’arrêter, en sortant de l’ornière tracée et repoussant la richesse et la multiplication d'habitants que nous offre la nature.
C'est là sans doute un argument qui a beaucoup de force. FU si l'on en accorde les prémisses (qui toutefois donnent lieu à quelque doute), on ne peut point y répondre d’après les seuls principes de l’économie politique. Je dirai cependant que s'il était bien prouvé que l’accroissement de richesse et de population ainsi acquise dût soumettre la société à plus d’incertitude dans ses approvisionnements de blé, à de plus grandes fluctuations dans les salaires, à plus d’insalubrité et d’immoralité (à raison de la plus grande partie proportionnelle de la population employée aux manufactures), et enfin à une plus grande chance de mouvements rétrogrades longs et déprimants (qu’amène le progrès naturel des pays d’où le blé était importé), je n’hésiterais point à envisager cette richesse et cette population comme trop chèrement achetées. Le bonheur d'une société est , après tout', le but légitime auquel doivent tendre même la richesse, la puissance et la population qu’elle recherche. Il est certain que si l'on a en vue , dans la forme de l’établissement social , la plus grande somme de bonheur et un stimulant suffisant pour obtenir du sol la richesse qu’il peut produire, il est absolument nécessaire de joindre à la population agricole une partie considérable de population commerçante et manufacturière. Mais il n’y a point d'argument qui induise plus souvent en erreur, que celui par lequel on infère de ce qu’une chose est bonne entre certaines limites, qu’elle sera bonne encore au-delà de toute limite. On accordera facilement que, dans une grande nation terrienne, les maux propres au système commercial et manufacturier sont plus que compensés par ses avantages, aussi longtemps que son agriculture suffit à son entretien. Mais, quant à l’excédant que le
LOIS SLR LLS GRAINS. ENTRAVES A L'IMPORTATION.
pays ue peut nourrir, ou peut raisonnablement douter (pie les maux ne lassent pas décidément pencher la balance.
C'est une observation d'Adam Smith , < que le capital acquis à un pays par le commerce et les manufactures est en tout une possession incertaine et précaire , jusqu'à ce qu’une partie en ait été assurée et réalisée dans la culture et l’amélioration de ses terres1. »
Il remarque ailleurs que le monopole du commerce colonial, eu élevant le taux des prolits mercantiles, décourage l'amélioration du sol et retarde l’accroissement de la grande source primitive de la richesse, de la rente de la terre*.
A aucune époque, les manufactures, le commerce, et en particulier celui des colonies, n’ont été en état d’absorber en Angleterre autant de capital que pendant les vingt années Unies avec 4814. De 17t>4 jusqu'à la paix d’Amiens, on convient généralement que le commerce et les manufactures du pays tirent de plus rapides progrès que son agriculture, et que l’Angleterre devint graduellement toujours plus dépendante du blé étranger pour sa subsistance. Depuis la paix d'Amiens, l’état de son monopole colonial et de ses manufactures a été tel , qu’il a appelé à lui une masse de capital inusitée; et si les circonstances particulières de la guerre subséquente, les frets et assurances à haut prix et les décrets de lionaparte n'avaient pas rendu l’importation du blé étranger très dillicile et très dispendieuse, l’Angleterre, au moment actuel , aurait, d’après tous les principes généraux, contracté l'habitude de nourrir de cet aliment importé une partie de sa population plus considérable qu’en aucun autre temps. La culture y serait dans un état bien différent de celui auquel elle est parvenue. On n’aurait vu que peu ou point de ces grandes améliorations , desquelles on peut dire avec vérité qu’elles ont acquis à l’Étal de nouvelles terres qu’aucune baisse de prix ne peut désormais lui enlever ; tandis que d’autre part, la paix ou des accidents de différents genres auraient pu diminuer essentiellement nos ressources coloniales et manufacturières, et détruire ou dissiper notre capital avant qu'il eut eu le temps de se répandre sur le sol et de se convertir en une vraie cl solide propriété nationale.
Au fait, les gênes qui, dans la pratique, ont fait obstacle durant la guerre à l'importation du blé étranger eu Angleterre, y ont forcé les machines a vapeur et le monopole colonial à cultiver les terres ; en sorte que les causes mêmes qui, selon Adam Smith, tendent à soutirer à l’agriculture ses capitaux (et qui les auraient infailliblement soutirés si l’An-
1 l.iv. lit, «h. IV. — * l.iv. IV, «h. VIII.