‹ Essai sur le principe de populationChapitre 224 sur 368 · LIVRE III.— CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE III.— CHAPITRE XII

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gleterre avait pu acheter les blés étrangers aux prix du marché de la France et de la Hollande), ont servi à aiguillonner l’agriculture anglaise; tellement qu’elle a non-seulement fait tête au commerce et aux manufactures dans leurs rapides progrès, mais qu’elle a regagné la distance qu’elle avait perdue dans le cours des années précédentes , et maintenant marche de front avec ses rivales.

C’est ainsi que les gênes à l’importation du blé dans un pays qui a de grandes ressources terriennes, tendent à répandre sur le sol les avan- ' tages qu’il retire du commerce et des manufactures; et par là même, pour emprunter le langage d’Adam Smith, à les assurer et à les réaliser. Mais en outre elles tendent à prévenir ces grandes oscillations dans les progrès de l’agriculture et du commerce , qui manquent rarement d’amener des maux à leur suite.

Il faut se rappeler, et c’est un point qu’il importe beaucoup d’ob- . server, que la détresse qu’ont éprouvée presque toutes les classes de la société par la chute soudaine des prix , si l’on excepte l’aggravation causée par l’état de la monnaie, a été produite par des causes naturelles et nullement artificielles.

il y a, dans le taux des progrès de l’agriculture et des manufactures, une tendance à des alternatives, comme il y en a dans les progrès de la nourriture et de la population. Dans les périodes de paix et de commerce non interrompus, ces alternatives, bien que nullement favorables au bonheur et à la tranquillité, peuvent ne pas causer de mal essentiel. Mais lorsque la guerre survient, elle donne souvent à ces oscillations un degré de force et de rapidité qui produit inévitablement, dans l’état de la propriété, une secousse violente ou une espèce de convulsion.

La guerre qui suivit la paix d’Amiens trouva l’Angleterre dans un état de dépendance des pays élrangers pour une partie considérable de ses approvisionnements de blé; et maintenant elle fournit à sa consommation , malgré l’accroissement extraordinaire de population survenu dans cet intervalle. Ce grand et soudain changement dans l’agriculture anglaise ne pouvait s’effectuer que par l’influence des hauts prix qu’occasionna l'insuflisance des produits indigènes, jointe à la dépense considérable et à la grande difficulté de l’importation du blé étranger. Mais la promptitude avec laquelle s’est opéré ce changement a du nécessairement causer un excès d’abondance au marché, dès que le produit du blé indigène s’est trouvé suflire pleinement à la consommation du pays et même un peu au-delà, lin tel approvisionnement, joint à la plus faible importation , n’a pu manquer d’occasionner une chute soudaine des prix. Si les ports avaient continué d’être ouverts à la libre

LOIS SLR LES GRAINS. ENTRAVES A L'IMPORTATION. 4?.!l importation iltt blé étranger, ou nu peut guèrcs douter (|u'en 1815, le prix du blé n’eûl baissé encore beaucoup plus. Ce bas prix des grains (en supposant meme qu'en baissant la rente des terres, l’état présent de la culture put être b peu près maintenu) doit présenter un tel obstacle h une amélioration future, que si les ports restaient ouverts, le pays ne produirait pas assez pour satisfaire aux besoins de la population croissante. Et au bout de dix ou douze ans, une nouvelle guerre trouverait l’Angleterre dans le même état où elle était au commencement de la dernière. Elle aurait il parcourir la même carrière de hauts prix, stimulants excessifs il l’agriculture', suivis de la même répression soudaine et accablante, des mêmes emprunts énormes faits quand le prix du froment était à 90 ou 100 shellings le quarter, et le revenu en argent des fermiers et des industriels presque en proportion, pour être remboursés quand le prix du froment serait à îiOou 00 shellings le quarter* 1, et le revenu des propriétaires et des industriels fortement réduit, état de choses qui ne peut jamais avoir lieu sans une excessive aggravation de ditliculté dans le payement des taxes et en particulier de cette somme invariable en argent qui constitue l’intérét de la dette nationale.

D’un autre côté, un pays qui gêne tellement les importations de blé étranger, qu’en général et par une moyenne, il produit ce qui suffit à son approvisionnement, et n’a recours à l’importation que dans les temps de rareté, non-seulement a la certitude de répandre sur ses terres le bénéfice des inventions manufacturières et tous les avantages que lui procurent ses colonies et son commerce général, de les fixer, de les mettre à l'abri de tous les accidents, mais il est nécessairement exempt de ces violentes et cruelles convulsions de la propriété, qui sont l’effet presque inévitable de la coïncidence de la guerre et d’un approvisionnement insuffisant de blé indigène.

Si la dernière guerre avait trouvé les Anglais indépendants des étrangers pour leur consommation moyenne, leur papier-monnaie même n’aurait pas suffi à porter les prix du blé à un taux qui approchât de ceux auxquels il s’est réellement élevé’. Et s’ils avaient continué, |ien-

1 D'après l'enquête devant la Chambre des pairs (Report», p. 49), le fret et l'assurance seuls sur uuquarler de blé furent plus forts de 48 shellings en ISM qu'en 1814. Il paraît donc que, sans aucune mesure artificielle, la guerre seole peut causer, sans que l'on puisse l'éviter, une hausse de prix prodigieuse. (A 'oie de l'a u- Iwr.)

1 Voyez p. 432, le rapport du quarter à l'hectolitre et la valeur du schelling en francs. (Jph. G.)

* On trouvera, à P examen, que les prix du blé en Angleterre ont favorisé l'excès

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liant toute la durée de la guerre, d’étre indépendants du blé étranger, hormis occasionnellement dans les temps de rareté, il est impossible que le produit sullisant à la consommation du pays, ou fort peu au-delà, eut produit, à la fin de la guerre, un sentiment aussi universel de détresse.

ta principale objection pratique à laquelle les gênes à l’importation du blé soient exposées, est l’excès d’abondance que produit une belle récolte, et dont on ne peut se débarrasser par l’exportation. En considérant la partie de la question qui a rapport aux fluctuations des prix , il faut donner à cette objection beaucoup de poids ; mais on a quelquefois exagéré l’influence de cette cause sous ce rapport. Une surabondance qui mettrait dans la détresse les fermiers d'un pays pauvre , pourrait être facilement supportée par ceux d’un pays riche. Il est en effet difficile de se persuader qu’une nation qui possède un grand capital , et qui ne se trouve pas sous l'influence d’un violent choc porté à son crédit commercial (comme le fut l'Angleterre en 1815), éprouve une grande difficulté à mettre en réserve le surplus d’une année pour suppléer au déficit de la suivante ou de quelqu’une des années futures. On peut raisonnablement douter que, dans un pays tel que l’Angleterre, la baisse des prix provenant de cette cause puisse être aussi considérable que celle qui serait occasionnée par un soudain versement des produits d’une abondaute récolte de l’Europe en général, et en particulier des pays qui 11e sont pas dans l’usage d’exporter régulièrement des grains. Si nos ports étaient constamment ouverts, les lois actuelles de la France s'opposeraient à des approvisionnements propres à égaliser les prix; le blé français n’arriverait en Angleterre en quantité considérable que dans les années de grande abondance, au moment où il y aurait le moins d’apparence que nous en éprouvassions le besoin, et où il esf probable que l’importation produirait une surabondance et un véritable engorgement de cette denrée

Mais en supposant que la baisse des prix par l’une et l’autre de ces causes ne diffère pas essentiellement; comme il est sur que, dans les années de rareté générale, la hausse est moindre chez les nations habi-

ou la diminution de son papier-monnaie , plutôt qu'ils ne s'y sont conformes; bien que les prix du blé n'eussent jamais pu être ni si hauts ni si bas qu'ils ont été, si cet exces ou cette diminution du papier n'avait pas eu lieu. (Noie de l'auteur.)

' Presque tous les marchands de ble, qui ont déposé devant le Comité des deux Chambres eu 1814, paraissaient pressentir fort bien les bas prix qu'occasionnerait une récolte abondante en Europe si l'Angleterre ouvrait sa porte pour la recevoir. (.Voir de fauteur.)

LOIS SUR LES CRAINS. ENTRAVES A L’IMPORTATION, tuées à produire leurs approvisionnements, on ne peut disconvenir que la variation n'ait moins d’étendue sous un système de gènes qui, en permettant l’importation quand les prix haussent, garantit, dans les années communes, une production indigène égale à la consommation.

Il reste toutefois encore une objection h discuter. Les gênes sont éminemment anti-sociales. Pour l'intérêt d’un État en particulier , je tiens pour certain que quelques gênes h l’importation du blé étranger peuvent avoir de l'avantage ; mais je suis encore plus convaincu que, pour les intérêts de l’Europe en général, la plus parfaite liberté du commerce des blés, et de toute autre marchandise, serait ce qu’il y aurait de plus avantageux. Une telle liberté serait infailliblement suivie d’une distribution plus libre et plus égale du capital ; et il en résulterait pour l’Europe en masse une augmentation de progrès et de bonheur. Mais infailliblement aussi cet ordre de choses rendrait quelques parties du tout plus pauvres et moins populeuses qu’elles ne le sont actuellement; et il n’est pas probable que quelques États individuels consentent à sacrifier la fortune dont ils jouissent dans l’enceinte de leurs frontières, , y à la richesse de l’univers.

11 faut observer encore, qu'indépendamment de tout règlement plus direct, les taxes seules produisent un système de découragement qui indue essentiellement sur les rapports naturels des marchandises entre elles ; et comme il n’y a pas lieu d’espérer que les taxes soient abolies, il peut bien arriver que ces rapports naturels ne puissent être rétablis que par l'influence de quelque intervention nouvelle.

Une parfaite liberté de commerce est donc une illusion, une perspective idéale que l’on ne doit pas se flatter de voir se réaliser ; mais il faut l’avoir en vue pour en approcher autant qu’il est possible de le faire.

On doit toujours l’envisager comme la grande règle générale. Et lorsque l’on propose de s’ën écarter, ceux qui le font sont tenus d’exposer avec clarté les motifs qui peuvent fonder une telle exception.

CHAPITRE XIII. — COMMENT (.'ACCROISSEMENT UE I.A RICHESSE NATIONALE INFLUE SUR LE SORT DU PAUVRE.

L’objet formellement annoncé des Recherches d’Adam Smith est de déterminer la nature et les causes de la richesse des nations. 11 y mêle • quelquefois des remarques qui touchent à un antre objet peut-être plus intéressant encore; je veux dire la recherche des causes qui influent

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