LIVRE 111. — CHAPITRE XIII
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sur le bonheur des classes inférieures de la société, lesquelles font toujours la partie la plus nombreuse des grandes nations. Ces deux sujets ont sans doute une liaison intime , et l'on peut dire en général que les causes qui augmentent la richesse nationale , tendent h augmenter le bonheur des classes inférieures du peuple1. Toutefois peut-être Adam Smith a-t-il considéré ces deux genres de recherches comme moins distinctes qu'elles ne le sont réellement. Du moins, il n'a pas fait remarquer les cas où la richesse d'une société peut croître (en donnant au mot richesse le sens que détermine sa définition) sans qu'il en résulte aucun accroissement de bonheur pour la classe laborieuse de celte société.
Je n’ai pas dessein de me livrer ici à une discussion philosophique sur le bonheur et sur les vrais éléments dont il se compose. Je me bornerai h en considérer deux qui sont universellement reconnus pour tels, l’un la faculté de se procurer les choses nécessaires à la vie , et l’autre la santé.
L'aisance de l’ouvrier dépend des fonds destinés à mettre le travail en activité, et doit par conséquent être en général proportionnelle à la rapidité avec laquelle ce fonds s’accroît. La demande de travail qu’occasionne cet accroissement de fonds, ne peut manquer d'en hausser le prix. Ainsi , jusqu'à ce qu’on ait en conséquence augmenté le nombre des uuvriers, ceux qui se trouvent en activité en profitent. On répartit cntr’eux une plus grande masse de fonds , et ils peuvent tous vivre plus k leur aise. L’erreur d'Adam Smith consiste à envisager toute espèce d'accroissement du revenu ou du fonds social comme étant en entier un accroissement du fonds destiné à l'entretien du travail. A la vérité, uu tel surplus est toujours considéré, par l'individu qui le possède, comme un fonds additionnel avec lequel il peut mettre un nouveau travail en activité ; mais par rapport à tout le pays, il ne peut être envisagé comme cause d’un nouveau travail, qu'aulant qu'une partie consiste en un surplus d'aliments propres à faire subsister un plus grand nombre d'ouvriers. Or, c’est ce qui n’a pas lieu lorsque l’accroissement de fonds provient du travail seul et point du tout du produit de la terre. 11 faut abso-
1 II nous semble que Maillais résumé ici bien nettement le but et le résultat direct (les travaux d’Adam Smith et de ses disciples. Selon lui l'économie politique se propose d’améliorer le sort des classes les plus nombreuses et les plus pauvres. C’est pourtant ce que semblent ignorer les socialistes modernes, à en juger par les reproches qu'ils alîectent d’adresser à cet économiste qu'ils jugent si légèrement. Voyex la judicieuse observation de M. Pierre Prévost, à l 'appendice et à la fin des o flexions . ( Jph . G )