LIVRE III. — CHAPITRE Xlil
ue
duction soudaine de la population fui la guerre qui commençait et la chute du crédit. Il n’y a que la plus extrême misère qui puisse avoir produit une aussi grande plaie '.
A moins donc que l'accroissement de la richesse nationale , provenant des manufactures, ne donne aux classes inférieures des moyens assurés de se procurer le nécessaire et même quelque degré d’aisance, il ne paraît pas qu’il en résulte pour elles un accroissement de bonheur.
On dira peut-être que la hausse dans le prix des subsistances ne peut manquer de faire passer dans les canaux de l’agriculture quelque nouvelle portion décapitai. Mais il parait d’après l’expérience que c’est un effet qui n’arrive quelquefois que fort lentement, surtout si, à l’époque de celte hausse, l'agriculture se trouve chargée de pesantes taxes*, et si la hausse du prix du travail l’a précédée.
Peut-être encore dira-t-on que le capital additionnel qu’une nation possède peut au moins la mettre en état d’acheter au dehors des subsistances et de les importer chez elle , pour y nourrir ceux que ses fonds peuvent mettre en activité. Un petit pays, qui possède de grandes flottes et beaucoup de facilités pour les transports et communications intérieures, peut en effet importer et distribuer chez elle des subsistances étrangères de manière h suppléer efficacement à la faiblesse de ses produits; mais des nations établies sur un sol vaste ne peuvent se flatter de satisfaire en tout temps par l’importation aux demandes de subsistances des individus qui la composent \
On n’a pas assez pris garde à l’effet différent qu’a cette dépendance en des circonstances diverses. Une nation populeuse, répandue sur un grand territoire , appelée par conséquent à se nourrir presque entière-
' M. Aikin remarque que l’on a pris des mesures pour obvier à ces malheurs el qu'elles ont du succès dans quelques manufactures. Un acte récent du parlementa le même but, et on en atteud de bons effets. ( fiole de l'auteur.)
• Pour se faire une juste idée des taxes dont l’agriculture est chargée en Angleterre, on peut consulter la préface de ma traduction de la disette de Benj. Bell, imprimée à Genève citez Faschoud en 180*, (1 v. in-8°.) On y verra que la taxe des terres n'en est que la moindre partie. (Pierre Prévost.)
‘ M. Benj. Bell réfute en detail l’opinion que M. Malthus combat ici en passant. Entre un grand nombre d’arguments solides, je me contenterai de rappeler ici celui qu’il met dans la bouche de M. Voght de Hambourg. « En portant, disait-il, p. 1*7, la population de la France, dont on venait de s’occuper, à as millions d'âmes; supposons qu’il y survienne une disette, qui exige qu’on pourvoie de grains seulement la huitième partie de ce nombre d’habitants : on pent affirmer que tout le surplus de grains que peuvent épargner tous les pays à blé d’Europe et d'Afrique, ne suffirait pas pour satisfaire à cette demande ; el tous les vaisseaux que la France serait en état d'equiper ne pourraient pas l'v transporter. • (Pierre Prévost.)
UT