‹ Essai sur le principe de populationChapitre 23 sur 368 · LIVRE t. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE t. — CHAPITRE IV

personnes, qui, pour se dérolier à la mort, allèrent se réunira une autre tribu

Sous rinfluqpce de tant de causes de dépopulation, on serait naturellement porté k croire que les produits du sol, tant animaux que végétaux, joints au poisson pris sur la côte, devraient être plus que suffisants pour l’entretien de quelques restes de nations éparses, qui occupent entr’elles une si vaste étendue de terraiu. Il parait au contraire qu’en général la population atteint si exactement le niveau du produit moyen des subsistances, que le plus petit déficit dans celui-ci, résultant d’une saison défavorable ou de toute autre cause, plonge ces peuples dans la plus cruelle détresse. Les relations nous parlent du retour fréquent de ces temps de calamités, dans lesquels on rencontrait des naturels du'pays), réduits à un tel état de maigreur, qu’ils semblaient devrais squelettes et paraissaient très près de mourir de faim ’.

CHAPITRE IV. — nus obstacles a la population chez les hâtions indigènes

DE L AMEIUOI E.

; Tournons maintenant nos regards sur les diverses contrées de l’Amé- ' Tique; .V l’époque où l’on en fit la découverte, la plus grande partie de ce vaste continent était habitée par de petites tribus de sauvages, in- ' . dépendantes les unes des autres, et qui vivaient, à peu près comme celles <le la Nouvelle-Hollande, des productions naturelles du sol. Dans les forêts dont il était couvert on ne trouvait pas , comme aux îles de la mer du Sud, une abondance de fruits et de végétaux nourissants. La faible culture qui était pratiquée par quelques tribus de chasseurs, ajoutait bien peu de chose à leurs moyens de subsistance. Les habitants de celte partie du monde vivaient donc principalement des produits de la chasse ou do la pêche1. Il est facile de comprendre combien ces ressources sont bornées et précaires. La pèche ne pouvait nourrir que ceux qui se trouvaient établis dans le voisinage des lacs, des rivières ou de la mer. L’ignorance et l’indolence des sauvages, l’imprévoyance qui les caractérise, les privaient souvent de l’avantage de conserver pour l’avenir les provisions qui excédaient le besoin du moment. On a dès

1 Collins, Detcriplinn de la .Vont ’clIc-Gulle méridionale , p. 398.

* Ibid., p. 331.

5 Holicrlson, Histoire d’Amérique, t. Il, liv. IV, p. 127 ctsuiv. ; in S", édit, de 1780, anyl.

OBSTACLES A LA POPDLAT. CHEZ LES INDIGÈNES DE L'AMÉRIQUE. 27 longtemps remarqué qu’un peuple chasseur doit étendre beaucoup les limites de son territoire pour y trouver de quoi vivre . Si l’on compare le nombre des bêtes sauvagcsqui peuvent s’y rencontrer au nombre de celles qu’on peut prendre, en employant tous les moyens connus et usités, on verra qu’il est impossible que les hommes s’y multiplient beaucoup. Les peuples chasseurs, comme les bêtes de proie, auxquelles ils ressemblent par la manière dont ils pourvoient à leur subsistance, ne peuvent être fort rapprochés. Leurs tribus sont éparses sur la face de la terre. 11 faut qu’elles s’évitent ou se combattent. Aussi les voit-on engagées dans d’éternelles guerres *.

Ainsi la faible population de l’Amérique répandue sur son vaste territoire n’est qu’un exemple de cette vérité évidente, que les hommes ne peuvent multiplier qu’en proportion de leurs moyens de subsistance. Mais la partie la plus intéressante de la recherche que nous avons entreprise, celle sur laquelle j’ai le plus à cœur de diriger l’attention du lecteur, est l’examen des moyens par lesquels la population se maintient au niveau des faibles secours qui sont à sa portée. On voit aisément que l'insuffisance des moyens de subsistance chez un peuple ne se montre pas uniquement sous la forme de la lamine. Elle en revêt d’autres plus |>crmancntes, qui sont autant de malheurs ou de fléaux destructifs; et introduit des usages, qui agissent quelquefois avec plus de force pour arrêter la population naissante, qu<*pour la détruire quand elle est arrivée h sa maturité.

On a généralement remarqué que les femmes Américaines étaient assez peu fécondes*. On a attribué celte espèce de stérilité à la froideur des hommes à leur égard: car c’est là un trait remarquable du Caractère des sauvages Américains. Mais il n’appartient pas exclusivement à cette race d’hommes. Tous les peuples sauvages manifestent plus ou moins la meme indifférence; tous ceux du moins qui n’ont que des moyens insuffisants de subsistance, et qui flottent sans cesse entre la crainte de l’ennemi et celle de la faim. Cette observation n’a pas échappé à Bruce, dans le tableau qu’il fait desCiallasetdesShangallas, nations sauvages des frontières de l’Abyssinie*; et Le Vaillant envisage le tempéram-

* Franklin, Mélanges, p. 2, angl. — * Robertson, tiv. IV', p. 129.

* Robertson, tiv. IV, p. 106. Burke's America , vol. I, p. 1S7. Charlevoix, Hit taire de la Nouvelle-France , t. III, p. SOS. Lafltau, Mœurs des sauvages , t. I, p. 390. Dans le cours de ce chapitre, je fais souvent les mêmes citations qu’a faites Robertson , mais jamais sans les avoir examinées et vérifiées. Quand je n’ai pu le faire, je me suis bonté à citer Robertson. ( Note de l'auteur.)

* Voyages aux sources du Nil, I. Il, p. 223, 339, angl.

Page 1