LIVRE I. — CIlAnTRE IV
ment flegmatique des Hottentots, comme la principale cause de la faiblesse de leur population C’est, k ce qu’il parait, aux dangers et aux fatigues de la vie sauvage qu’il faut attribuer cette disposition. Une telle vie absorbe l’attention et ne lui permet pas de se fixer sur des passions tendres. C’est 1k sans doute la vraie raison de la froideur des Américains, et on aurait tort de l'imputer k quelques vices de leur constitution, puisque k mesure que les peines et les dangers diminuent pour ces peuples, l’amour reprend chez eux son empire. C’est ce qu’on observe dans les contrées que leur situation favorise et dont les habitants sont moins exposés aux peines de la vie sauvage. Quelques tribus situées au bord des rivières poissonneuses, dans des lieux abondants en gibier, ou sur des terres mises en valeur, ne partagent point l’insensibilité générale; et comme leurs passions n’ont pas de frein, leurs mœurs sont fort dissolues *.
S’il est vrai que cette apathie des Américains ne soit pas un défaut naturel , mais l’effet d'un genre de vie, qui rend plus rares en eux des mouvements passionnés , nous ne serons pas portés à attribuer k cette cause l’infécondité des mariages. Nous l'imputerons plutôt au genre de vie des femmes et aux coutumes établies parmi elles, chez ces peuples sauvages.
« On a demandé quelquefois, si les arts et la civilisation avaient amélioré l’état de l’homme: et dans )• vanité de leurs disputes, les philosophes ont élevé des doutes sur ce sujet. Mais que la civilisation ait accru le bonheur des femmes, c’est une vérité sur laquelle on ne s’aurait élever aucun nuage. » Ainsi s’exprime Robertson*; et cette remarque est confirmée par l’histoire de tous les peuples sauvages. Le mépris et la dégradation des femmes sont un des traits qui caractérisent le plus universellement cette époque de l’existence sociale *. Tel est le sort de ce malheureux sexe chez quelques tribus d’Amérique, que le mot servitude n’exprime qu'itnparfaitement son abjection et sa misère. I.h une femme n’est k proprement parler qu’une bête de somme. Tandis que la vie d’un homme se partage entre la paresse et les plaisirs, sa femme est condamnée aux plus rudes travaux, et ses travaux se succèdent sans relâche. On lui assigne sa tâche sans pitié pour sa faiblesse.
1 Voyages dans l'intérieur de l'Afrique , 1. 1, p. 12, 13.
* Robertson, liv. IV, p. 71. Letl. édif., t. VI, p. 48, 322, 330 ; t. Vil, p. 20 ; in-12, édit, de 1780. Charlevoix, 1. 111, p. 303, 823. Ilcnnopin , Mœurs des sauvages, p. 37.
5 Robertson, liv. IV, p. 103. — 4 Ibid., liv. IV, p. 103. Letl. édif., Charlevoix, t. III, p. 287. Voyage de La Pérouse, ch. IX, p. 402; in-4°, édit, de Londres.
OBSTACLES A LA POPÜLAT. CHEZ LES INDIGÈNES DE L’AMÉRIQUE. 29 On reçoit scs services sans reconnaissance ni faveur '.Dans quelques districts où la dégradation est extrême, on a vu des mères tellement pénétrées de l'horreur de leur situation, qu’elles faisaient périr leurs filles à leurs naissances, pour les délivrer d'un seul coup du poids de leurs infortunes *.
Cet état d’abaissement, et l’assujétissement h un travail forcé, joints h la dureté de la vie sauvage, ne peuvent manquer d’être très défavorables à la grossesse des femmes mariées’: et le libertinage auquel elles sont livrées avant cette époque, ainsi que les moyens qu’elles emploient pour se faire avorter, doivent nécessairement nuire ensuite h leur fécondité*. Un missionnaire, à propos de la coutume de changer de femmes qui se trouve établie chez les Natchès, remarque qu’elle n’a lieu que pour les femmes qui n’ont point donné d’enfants à leurs maris. C’est dire assez qu’en général les mariages n’y sont pas féconds: et c’est d’ailleurs une conséquence de la vie déréglée des femmes avant le mariage, que ce même auteur a dépeinte ».
Les causes auxquelles Cbarlevoix attribue la stérilité des Américaines sont le long temps pendant lequel elles allaitent et se séparent de leurs maris, temps qui est ordinairement de plusieurs années; leurs travaux excessifs et qui ont lieu sans aucune discontinualion , quelle que soit la situation dans laquelle elles se trouvent; enfin la coutume de plusieurs tribus, qui, avant le mariage, permettent la prostitution. Ajoutez à cela, dit-il, l’extrême misère k laquelle ces peuples sont réduits, et qui éteint chez eux le désir d’avoir des enfants *. Parmi les hordes les moins policées, c’est une maxime, qu’il ne faut pas se charger de plus de deux enfants k élever’. S’il naît deux jumeaux, d’ordinaire on en abandonne un, parce que la mère ne peut en nourrir deux. Si une mère meurt pendant le temps de l’allaitement, on désespère de conserver son nourrisson, et, comme dans la Nouvelle-Hollande, on l’ensevelit sur le sein qui l'a nourri \
1 Robertson, liv. IV, p. 103. Lett. édif., t. Vt, p. 329. Roger, Amérique sept., p. 211, arujl. Creuxii, Hiti. Canad ., p. 37.
* Robertson, liv. IV, p. 10G. Itaynal, Ilisl. des Indes , t. IV, cliap. VII, p. 110; in-g», to vol., 1793.
* Robertson, liv. IV, p. 10G. Creuxii, Ilisl. Canad., p. 37. Lalitau, 1. 1, p. 390.
* Robertson, liv. IV, p. 72. Ellis, Voyage , p. 198, angl. Hurke's America, vol. I, p. 187.
” Lett. édif., t. VII, p. 20, 22.
* Cbarlevoix, N. -Fr., t. III, p. 304.
1 Robertson, liv. IV, p. 107. Lett. idif.,1. IX, p. 140.
* Robertson, liv. IV, p. 107. Lett. édif., t. VIII, p. 86.