‹ Essai sur le principe de populationChapitre 230 sur 368 · LIVRE m. — CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE m. — CHAPITRE XIII

l’agriculture. Ainsi l'étal et l'ordre actuel de ces travaux seraient nécessairement troublés, et leur produit diminué. La demande de bras pour les fabriques ferait hausser le prix du travail. Mais comme la quantité des denrées alimentaires n’augmenterait pas, leur prix hausserait proportionnellement. Il s’élèverait même au-delà, si réellement il y avait quelque diminution dans les subsistances. Cependant le pays avancerait manifestement du côté de la richesse ; la valeur échangeable du produit annuel , tant du sol que du travail , croîtrait d’année en année, mais il n’en serait pas de même du fonds destiné à alimenter le travail. Ce fonds serait stationnaire ou même décroissant. Par conséquent la richesse nationale croissante aurait quelque tendance à empirer le sort du pauvre'. Quant à la faculté de se procurer les choses nécessaires à la vie, l’état des pauvres ouvriers serait le même qu’aujourd’hui, peut-être pire; et un grand nombre d’entr’eux aurait échangé les travaux salubres de l'agriculture contre les occupations malsaines de l’industrie manufacturière.

Ce qui rend ces principes plus clairs lorsqu’on les applique à la Chine, c’est peut-être que tout le monde convient que la richesse de ce pays-là est dès longtemps stationnaire et que la terre y est cultivée au plus haut point. Pour d’autres pays, on peut toujours contester sur le plus ou le moins de rapidité d’accroissement de la richesse nationale aux deux périodes que l’on compare, attendu que c'est de la rapidité de cet accroissement que Smith fait dépendre le sort de l’ouvrier.

Il est évident toutefois que deux nations pourraient voir croître précisément avec la même rapidité la valeur échangeable du produit annuel de leur sol et de leur travail, et ne pas offrir au pauvre ouvrier les mêmes ressources ; car si l'une s’appliquait principalement à l’agriculture, et l'autre au commerce, le fonds destiné à mettre le travail en activité croîtrait bien différemment chez l’une et chez l’autre ; et par conséquent l'effet de la richesse croissante ne serait pas le même. Chez celle qui se serait vouée à l’agriculture, le pauvre vivrait avec plus d’aisance, et la population croîtrait rapidement. Chez celle qui se serait

* Véritablement le sort du pauvre à la Chine est à présent fort misérable. Mais ce n’est pas le défaut de commerce extérieur qui eu est la cause. C’est la grande tendance au mariage et à l’accroissement de la population qui produit cet elfet. Si cette tendance continuait, la seule manière, par laquelle l’introduction des manufactures dans ce pays pourrait y enrichir la clause inférieure du peuple, serait en augmentant la mortalité à laquelle elle est exposée. Cette manière de s’enrichir n'est certainement pas désirable. (Sole de T auteur.)

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

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