SI
arec rapidité cl d'une manière soutenue, quoique les saisons variables et la dépendance de l'étranger rendent incertains les approvisionnements de nourriture, la population croîtra toujours, jusqu'à ce qu'elle soit détruite par la famine et par les maladies qu'engendre le besoin.
Il peut donc arriver que la disette et la misère accompagnent ou n'accompagnent pas l'accroissement de la population ; cela dépend de certaines circonstances. Lorsque la population décroit d'une manière permanente, ces fléaux ne manquent point de se faire sentir; en voici la raison : on n'a jamais vu, et probablement on ne verra jamais, la population décroître d’une manière constante par aucune autre cause que par le manque de nourriture. Si l'on recherche les causes qui ont dépeuplé les États , dans les nombreux exemples que nous en a conservé l'histoire, on trouvera toujours que la première à laquelle il faut imputer cet effet est le défaut d'activité, ou la mauvaise direction imprimée au travail par la violence, les fautes du gouvernement, l'ignorance, etc. Quand Rome eût adopté l'usage d'importer tout son blé et de mettre l’Italie entière en pâturages, sa population commença bientôt à déchoir. J’ai déjà fait observer les causes qui ont dépeuplé l'Égypte et la Turquie. Quant à l’Kspagne, ce ne fut certainement pas la perte numérique d’hommes, occasionnée par l’expulsion des Maures , qui nuisit à sa population d'une manière permanente, mais bien le coup que cet évènement porta à son industrie et à scs capitaux Quand un
1 On a vu ci-dessus que l'auteur a renvoyé au vovaye de M. Townsend pour tout ce qui concerne la population de l'Espagne (t. Il, p. 99.) M. Townsend compte dans ce pays-U vingt causes de dépopulation qu’il expose en détail d'après Campomanès. Ces causes sont 1° la peste de 1347; 9° les guerres continuelles qui précédèrent le mariage de Ferdinand et d’Isabelle; 5° l'émigration en Amérique; 4» deux siècles de guerres depuis l'avènement du roi d'Espagne Charles 1er (le même que l'empereurCharles-Quinl); 5° l'expulsion des Maures en <613; 6° leurs déprédations subséquentes; 7° tes changements opérés dans le gouvernement; 8° le nombre des couvenLs; 9® le nombre des fêtes; 10® l'usage général de mettre les terres en pâture; <1® quelques lois relatives à la division des terres; 12° la nature vicieuse des baux à ferme ; 13° les manufactures et monopoles royaux; 14° quelques préjugés nationaux contre le commerce, etc. ; 13° un préjugé contre les etrangers; 16° l’intolérance; 17° l'or et l'argent de l'Amérique; 18® les corporations privilégiées; 19° les lois somptuaires; 20° l'activité et la prospérité des nations rivales.
M. Townsend discute chacune de ces causes avec beaucoup de soin; mais quoiqu'il ait écrit à une époque fort récente (vers 1790), ce voyageur n’a pas joui de l’avantage d'appliquer à cette discussion les principesde M. Malthits, qui n'a publié qu'en 1798 la lr* édition de son ouvrage. Aussi, quoique ce travail mérite beaucoup d'estime, et que M. Malthus en porte un jugement honorable, il serait utile de le reprendre sous un nouveau point de vue. (Pierre Prerotl.)
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pays a été dépeuplé par des causes violentes, s'il est soumis à un mauvais gouvernement, et qu’en conséquence la propriété y soit mal assurée, comme cela est arrivé dans tous les pays qui sont aujourd'hui moins peuplés qu’ils ne l’étaient autrefois, ni la nourriture ni la population ne peuvent recouvrer leur ancien état , et les habitants sont presque inévitablemeut condamnés à vivre dans la plus pénible indigence. Au contraire, lorsque la dépopulation n’est qu’accidentelle, dans un pays auparavant bien peuplé, industrieux, accoutumé à produire du blé pour l’exportation, si les habitants qui y restent ont la liberté et le désir de déployer leur industrie et de la diriger comme ils avaient coutume de faire, il serait bien étrange qu’ils ne pussent point produire du blé en même abondance , vu surtout qu'étant en moindre nombre , ils peuvent se contenter de cultiver les parties les plus fertiles de leur sol et qu’ils ne sout pas réduits, comme ils l’étaient dans un état de grande population, à prodiguer leur travail aux terrains même les plus ingrats. Il est clair que, dans ces circonstances, une nation n’a pas moins de probabilité de recouvrer son ancienne population, qu'elle n’en avait eue primitivement de l’atteindre. Et véritablement, si la grande population absolue était nécessaire pour obtenir l’abondance relative, comme l’ont supposé quelques écrivains qui ont traité de l’agriculture’, il serait im-
1 Je fais entre autres et plus particulièrement allusion à M. Anderson, qui, dans une recherche calme det circonelancee qui ont amené la ditetle de graine actuelle dans la Grande-Bretagne , publiée en f»Ot, s'est appliqué avec une ardeur extraordinaire et, je crois, avec les meilleures intentions, à inculquer dans l'esprit de scs concitoyens cette curieuse vérité. La proposition particulière qu'il s'efforce de prouver est qu'un accroissement de population, dans un état dont les terres n’ont pas acquis le plus haut degré possible de fécondité (chose qui probablement n'a jamais été vue sur la face du globe) doit nécessairement produire un accroissement plutôt qu'une diminution dans les moyens de subsistance ; et réciproquement A la suite de ses preuves, il ajoute, que si les faits qu'il a mis en avant ne peuvent sufllre A dissiper les craintes de ceux qui douteut du pouvoir qu’a l'Angleterre de nourrir sa population (dût-elle croître beaucoup plus rapidement qu'elle n'a fait jusqu’ici); il douterait lui-méme qu'ils pussent être convaincus, si un mort ressuscitait pour leur répéter cette assertion. Je suis d'accord avec SI. A. quant à l’importance de l'agriculture et A la convenance de diriger vers cet objet une plus grande partie du travail national. Mais de ce qu'un pays peut, par une certaine direction du travail, produire, bien que très populeux, ce qui suffit à ses besoins, c'est une étrange erreur do conclure (comme l'a fait cet auteur) qu’un pays agricole pourrait maintenir une population illimitée.
* La phrase de M. Anderson, citée ici. est mal construite. M. Mnlthu» remarque qu cHe est obscure . n«a». rommp I intention en esi manifeste, no*» n’avons pas dû taire seuiir cdlc faute Je style, ni tra- J'jire la critique qui f’j rapporte. (,Y#fe tfrt iraditc'ciri
OBSERVATIONS GÉNÉRALES. *57
possible qu'une colonie nouvelle s'accrut avec autant de rapidité qu’un État ancien.
Les préjugés sur la population ressemblent aux anciens préjugés sur l’or et l’argent monnayé. On sait assez avec quelle lenteur et quelle dilliculté ces derniers ont fait place à des opinions plus saines1. Les politiques ayant observé que les États puissants et qui prospèrent sont presque toujours populeux, ont pris l’effet pour la cause, et se sont persuadés que la population était dans ces États le fondement delà prospérité; tandis que c’est la prospérité qui y produit la population : précisément comme ci-devant ceux qui s’occupaient d’économie politique se persuadaient que l'abondance de l’or et de l'argent monnayés était la cause de la richesse nationale, tandis qu’elle en est réellement l’effet. En conséquence, dans les deux cas, on a envisagé le produit du sol et du travail comme un objet secondaire ; et il a paru que l’accroissement de ce produit serait le résultat nécessaire, aux uns de l'or et de l’argent monnayés, aux autres de l’accroissement de la population. La folie d’entreprendre, par des moyens de contrainte, d'accroître, dans un pays quelconque, la quantité de l’or et de l’argent monnayés, et l’absolue impossibilité d'accumuler ces métaux, au-delà d’un certain niveau, par des lois ou des règlements, sont aujourd’hui parfaitement démontrées; et l’exemple de l’Espagne et du Portugal a rendu ces vérités plus sensibles. Mais pour la population, l'illusion dure encore. Aussi voit-on les traités de politique remplis de projets pour encourager la population, sans aucun égard aux moyens de la faire subsister, ou du moins sans une attention suffisante sur ce dernier objet. Cependant, si c’est une folie de vouloir multiplier l’or et l’argent dans un pays, sans y multiplier les marchandises en circulation, il n’est pas moins absurde de vouloir multiplier les hommes sans augmenter la quantité des aliments. Il faut même convenir que le niveau au-dessus duquel les lois humaines ne peuvent élever la population, est une limite plus lixe et plus inviolable que n’est la limite de l’accumulation des métaux; car quoiqu'il soit tnul-à-fait impossible qu’on passe jamais celle-ci, cela n’est pas impossible à concevoir; mais lorsque la population est au point que tout le produit étant réparti, chacun n’a d’aliments que l’étroit nécessaire, tant que le produit reste le même , le nombre des hommes ne peut croître
1 En Elance ce préjugé est encore enraciné ilans tonies les classes, même parmi des publicistes. On peut en juger par tout ce qui se dil dans les feuilles publiques, a la tribune etsurlout au barreau. [Jph . G.)
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par aucun moyen humain, et l’on n’en saurait même concevoir la possibilité.
Il résulte, si je ne me trompe, du coup-d’œil que nous avons jeté sur diverses sociétés dans la première partie de cet ouvrage , que dans les pays barbares ou opprimés, la population, quoique faible, est trop grande par proportion aux moyens de subsistance, eu sorte qu'une mauvaise année suflît pour y faire sentir le besoin et jeter les peuples dans la détresse. La barbarie et le despotisme n’éteignent pas la passion, qui tend sans cesse à accroître la population. Mais ces deux fléaux travaillent efficacement à enlever les obstacles que lui opposent la raison et la prudence. Le sauvage imprévoyant qui ne pense qu'aux besoins du moment; le malheureux paysan qui, par sa situation politique, se tient pour fort peu assuré de moissonner les champs qu’il a semés, sont l’un et l’autre bien rarement capables de résister à l’instinct de la passion présente, par la crainte de quelques maux qui ne peuvent l’atteindre que dans un espace de trois ou quatre ans. Mais si l’imprévoyance qu’engendrent la barbarie et le despotisme favorise la procréation des enfants, elle porte un coup fatal à l'activité et à l’industrie, qui seules pouvaient alimenter cette nouvelle population. L’activité industrieuse ne peut point exister sans prévoyance et sans sécurité. On connaît l’indolence des sauvages. Et quel travail peut-on attendre du fermier d’Égypte et d’Abyssinie? Privé de tout capital, forcé de payer une rente pour une terre qu'on met chaque année h l’enchère, exposé aux injustes demandes d’un maitre dur et avide, livré au pillage de l’ennemi , n’osant pas même compter sur l’observation des clauses d’un contrat qui lui est dicté, il ne peut avoir le cœur h l’ouvrage ; et s’il en avait le désir, il ne pourrait exercer avec succès son industrie. La pauvreté même, qui est le grand aiguillon par lequel l’homme est excité au travail , la pauvreté, quand elle passe certaines bornes, cesse presque d’avoir cet effet. La misère sans espérance abat le courage et réduit l’homme à vivre au jour le jour, sans travailler plus qu’il ne faut pour se procurer l’étroit nécessaire. C’est l’espérance d’améliorer notre sort, c’est la crainte du besoin, bien plus que le besoin même, qui est le véritable aiguillon du travail et de l’industrie. Les efforts les plus constants et les mieux dirigés s’observent toujours dans une classe du peuple placée au-dessus de la misère.
L’effet de l’ignorance et de l’oppression est donc de briser le ressort de l’industrie; par là même, de diminuer le produit annuel des terres et du travail du pays soumis à leur influence. Cette diminution en
OBSERVATIONS GÉNÉRALES
amène nécessairement une dans la population, quel que soit le nombre des naissances annuelles. Dans ces circonstances, l'attrait du plaisir et le défaut de prudence multiplieront peut-être les mariages précoces; mais quand de telles coutumes ont plongé le peuple dans la misère, il est impossible qu’elles contribuent à accroître la population : elles n’ont d’autre effet que d’augmenter la mortalité. Si l’on avait des tables exactes des décès pour les pays méridionaux, où presque toutes les femmes se marient et se marient jeunes , je ne doute point qu’on n’y trouvât les morts annuelles dans le rapport de 1 à 17, 18 ou 20, au lieu de celui de 1 à 34, 38 ou 40, qui a lieu dans les États d’Europe où l’obstacle privatif a beaucoup d’influence.
Un accroissement de population , lorsqu’il est la suite de l’état naturel des choses, est sans doute mi bien; et c’est même une condition nécessaire pour que le produit annuel s’accroisse ultérieurement. Mais il est fort important de bien connaître l’ordre naturel de ce double accroissement. A cet égard, J. Stewart, qui a en général traité ce sujet ivec clarté, me semble avoir commis une erreur. Il prétend que la multiplication est la cause productive de l’agriculture, et non l'agriculture la cause de la multiplication \ Mais quoique la première culture ait dû naître de rinsulbsance du produit naturel pour une population croissante; quoique, aujourd’hui encore, le désir d’entretenir sa famille et de vivre d’une manière honorable agisse constamment pour animer les travaux du cultivateur, il n’en est pas moins vrai que les produits de l’agriculture, dans son état actuel, doivent s'élever au-dessus des étroits besoins de la population existante , avant que celte population croisse d’une manière permanente, et fournisse un surplus d'habitants que la terre poisse nourrir. Nous savons qu’en une infinité de cas, il y a eu une multiplication de naissances, sans qu’il en soit résulté aucun avantage pour l’agrieuluire, et sans autre effet qu’un accroissement de maladies. Au contraire, on n’a peut-être jamais vu l'agriculture faire des progrès ;rermanents, sans qu’il en résultât, de manière ou d’autre, un accroissement permanent de population. Ainsi , il est plus exact de dire que l’agriculture est la cause productive de la population, qu'il ne peut l’étre d’appeler la population la cause de l’agriculture’, quoiqu’on ne puisse
1 Polit. Econam vol. I, p. H*.
* J. Stewart explique ensuite «a pensée en disant qn’ii parle principalement de ceux qui pensent donner quelque chose d’utile en échange des produits de la terre; mais dès-lors il n’est plus question du simple accroissement de ta population; et une telle explication parait prouver seule que la proposition principale avait besoin tfétre amendée. (Note de l'auteur.)
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nier qu’elles réagissent l’une sur l'autre et qu’elles ne se favorisent mutuellement. Cette remarque a de l’importance. Elle touche au fond du sujet. Ou s'est fait de fausses idées sur l’ordre de ce double progrès, et les préjugés relatifs à la population doivent peut-être tous leur origine à cette méprise.
L’auteur de 1.4 mi des hommes, dans un chapitre sur les effets de la décadence de l'agriculture par rapport à la population, reconnaît qu’il a lui-même commis une erreur fondamentale en envisageant la population comme une source du revenu ; et qu’il s’est dès lors pleinement convaincu que c’est le revenu qui est la source de la population’. C’est pour n’avoir pas assez réfléchi sur cet ordre naturel, que la plupart des hommes d’état, en vue d’accroitre la population, ont cru bien faire d’encourager les jeunes gens h se marier de bonne heure, de récompenser les pères de famille, de punir en quelque sorte le célibat C’est là, comme le remarque avec vérité un écrivain célèbre , préparer un champ sans l’ensemencer, et en attendre une récolte.
Ce qui vient d’étre dit sur l’ordre dans lequel l’agriculture et la population doivent se suivre ou se précéder, ne contredit nullement ce qui a été dit, dans la première partie de cet ouvrage, de la tendance à osciller ou alterner qu'ont, dans leur progrès naturel, la population et la nourrilure. Rieu n’est plus ordinaire, dans le cours de ce progrès,que de voir la population , dans certains périodes , croître plus vite que la nourrilure ; ce fait est même un résultat nécessaire du principe général, et lorsque la baisse des salaires pécuniaires est prévenue par l’emploi dans les manufactures de la population croissante, la hausse du prix du blé, qui est l'effet d’une concurrence accrue , est au fait l’aiguillon le plus fréquent et le plus naturel du cultivateur. Mais il ne faut pas oublier qu'un accroissement relatif de population suppose qu'à un moment quelconque, il y a eu un accroissement préalable de nourriture plus grand que ce qui suffit à l'entretien du peuple sur le pied le plus bas \
Généralement, quand la population d’un pays est plus ou moins longtemps stationnaire, h cause du bas prix réel des salaires (ce qui n’est
• T. VIII, p. 84, in-H. 9 vol. 1TIÎ2.
■ D'après le principe de population, la race humaine a une tendance à se multiplier plus rapidement que ta nourriture. Elle a donc une tendance à peupler un pays jusqu'à la dernière limite îles subsistances. Mais, par les lois de la nature, elle ne peut jamais passer la limite, entendant par ce mot la moindre quantité de nourriture qui peut suffire à maintenir la population à l'elat stationnaire. Ainsi rigoureusement parlant la population ne peut jamais précéder la nourriture. [Note de l'auteur.)
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pas rare), un accroissement préalable de nourriture, ou du moins de la nourriture de l’ouvrier, est évidemment la seule circonstance qui peut rendre la population progressive.
De même, s’il s’agit d’améliorer essentiellement le sort de l’ouvrier (ce qui ne peut se faire qu’en le mettant en élat de commander de plus abondants et de meilleurs moyens de subsistance), en partant du point le plus bas, il faut absolument que l’accroissement de la nourriture précède l’accroissement de la population et qu’il le surpasse.
Ainsi, rigoureusement parlant, comme l’homme ne peut pas vivre sans manger, nul doute que la nourriture ne doive précéder. El toutefois il est vrai de dire que si, par l’état 'de la culture ou par toute autre cause, la quantité moyenne de nourriture adjugée h l’ouvrier est beaucoup plus que suffisante pour maintenir la population à l’état stationnaire, il est tout naturel que la diminution de cette quantité moyenne, provenant d’une tendance de la population à s’accroître, soit un des pins puissants et des plus constants stimulants pour l’agriculture.
Il est aussi digne de remarque que , par cette raison, l’action d’un stimulant sur l’agriculture devient plus facile quand, par l’effet de la contrainte morale ou par toute autre cause, l’ouvrier est bien payé; car en ce cas, une hausse dans le prix du blé, occasionnée ou par un accroissement de population ou par des demandes de l’étranger, ne pourra manquer d’accroître pendant un temps les profits du fermier, et le mettra souvent en état de faire sur le sol des améliorations permanentes; tandis que si l’ouvrier est si mal payé que la moindre baisse des salaires force la population à rétrograder, l’accroissement de la culture et de la population entraînera au premier moment une baisse dans les profits. L’effet de l’obstacle privatif à la population, lorsqu’il vient à prévaloir, et celui des bons salaires moyens, sont de favoriser, plutôt que de prévenir, l’augmentation et la diminution occasionnelles de ces salaires; ce qui parait être un stimulant favorable à l'accroissement tant de la nourriture que de la population.
Au nombre des préjugés les plus répandus au sujet de la population, il faut compter l’opinion de ceux qui croient qu’un pays qui tolère les dissipations des riches ou les terres sans culture, n’a pas droit de se plaindre du défaut de nourriture, ou doit attribuer à la prodigalité des uns et à la négligence de tous la détresse que les pauvres y éprouvent. I,es deux causes qu’on accuse ici n’ont d’autre effet que de resserrer la population dans de plus étroites limites : elles n’influent point, ou elles influent fort peu, sur l’état d’aisance ou de détresse desdernièresclasses
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de la société. Si nos ancêtres avaient contracté et nous avaient transmis des habitudes de frugalité et d’activité telles, que les classes supérieures ne consommassent aucun superflu , qu'on ne nourrit aucun cheval de luxe, et qu’on ne vit sur notre sol aucune terre inculte, il y aurait sans doute, entre l'étal où nous serions et l’état où nous sommes, une bien grande différence quant à la population absolue , mais probablement il n’y en aurait aucune dans la situation des classes inférieures : ni le prix du travail, ni la facilité d’élever une famille n’auraient changé. Les dissipations des riches et les chevaux de luxe ont à peu près l'effet des distilleries de grains, dont j'ai dit un mot à propos de la Chine'. Si la nourriture qui se consomme en superflu peut, en temps de cherté, s’appliquer à d’autres emplois , c’est une ressource dont le pauvre proûte, ce sont des greniers d'abondance qui s’ouvrent précisément au moment du besoin, et les classes inférieures du peuple en tirent sous ce rapport quelque avantage.
Quant aux t erres incultes, elles ne font au pauvre ni tort ni profit. Si on les mettait subitement en culture, sans doute le sort du pauvre en serait amélioré quelque temps; de même, si on négligeait celles qui sont déjà en culture, le pauvre en souffrirait pendant un certain temps aussi ; mais lorsque rien ne change à cet égard, les terres incultes, pour les classes inférieures, ont l’eflet de diminuer l’étendue du territoire. 11 n’est pas indifférent au pauvre que le pays qu’il habite exporte ou importe du blé, mais cette pratique n’est pas liée d’une manière nécessaire avec la culture complète ou incomplète du sol; elle dépend du rapport qui a lieu entre le surplus du produit et le nombre de ceux que ce surplus doit nourrir. Or, ce rapport est en général plus grand dans les pays qui n'ont pas encore cultivé tout leur territoire. Si, dans le pays que nous habitons, chaque pouce de terre était parfaitement cultivé, cela seul ne nous douncrait aucune espérance de pouvoir exporter du blé. La facilité d’exporter dépendrait entièrement du rapport entre le surplus de notre produit* * et notre population commerciale : ce rapport dépendrait à son tour de la direction du capital national vers l’agriculture ou vers le commerce.
Il n’est pas probable qu’aucun pays , comprenant un vaste territoire, soit cultivé complètement. Je suis porté à croire qu’on juge souvent témérairement, lorsqu'on accuse le gouvernement d’une nation, ou lors-
' A la fin du ch. XII, du liv. I, p. 134.
• C’est-à-dire l'excès de tout le produit sur ce qui est consommé par les cultivateurs. (Noie des traducteurs.)
OBSERVATIONS GÉNÉRALES, qu’on taxe la nation elle-même de paresse , simplement parce qu’on voit chez elle des terres incultes. Le devoir du gouvernement est d'écarter les obstacles et de faciliter les opérations de culture et de clôture'. Le reste doit être livré à l’activité de l’intérêt individuel. D’après ce principe, on ne doit pas s'attendre à voir mettre en culture de nouveaux terrains, lorsqu'il en coûterait, pour les défricher, une quantité d'engrais et de travail qu'on aurait pu employer avec plus d'avantage sur des terres déjà cultivées. Or , ce cas est loin d’être rare. Dans un |>ays fort étendu, il ne peut manquer d’y avoir des terres de médiocre qualité, qui , pour ne pas empirer, demandent beaucoup d'entretien , mais qui aussi, avec du travail et de l’engrais, seraient susceptibles d’une grande amélioration. Le principal obstacle à l’amélioration est la difficulté, et quelquefois même l’impossibilité de se procurer des engrais. C’est un instrument dont l’emploi est nécessairement limité. Il s'agit donc, dans tous les cas, de déterminer l'emploi le plus profitable. Si l’engrais et le travail, qu'on pourrait employer à mettre de nouvelles terres en valeur, suffisent simplement pour obtenir un plus grand produit permanent en cultivant des terres déjà défrichées; les individus et la nation perdraient à entreprendre des défrichements. C’est d’après ce principe qu’on voit assez souvent les fermiers, en certaines situations, s'abstenir de fumer leurs terres les plus pauvres, et ne leur demander qu’une chétive récolte tous les trois ou quatre ans, réservant ainsi leurs engrais, dont ils savent bien que la quantité est limitée, pour les parties de la ferme où ils produiront un effet plus grand en proportion.
11 en serait autrement d'un très petit territoire, chargé de population, et vivant du produit d’un sol étranger. Dans cette situation, il y a abondance d'engrais et peu de terres à choisir; en sorte qu’il convient d’y mettre les plus pauvres terres en valeur. Mais pour cela, ce n'est |ias assez d’avoir une grande population; il faut encore que cette population trouve moyen, par son industrie, d’obtenir le produit des autres contrées, tandis qu'elle travaille à améliorer le sien; sans quoi, elle serait bientôt réduite au nombre que celui-ci peut nourrir; son propre sol cesserait peut-être de s’améliorer, ou ne s’amenderait que très lentement; en sorte que sa population, se réglant exactement sur ce faible accroissement de produit, ne pourrait jamais s’élever bien haut.
La culture de la Campine, en Brabant, offre une application bien
1 Clôture , ou acte par lequel la propriété de chaque partie ite terrain est bien et régulièrement déterminée par opposition aux communaux ou lerraius vagues. ( Note des traducteurs. .
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