‹ Essai sur le principe de populationChapitre 236 sur 368 · LIVRE III. — CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE XIV

intéressante de ces principes. Le sol de celte petite province était, selon l'abbé Mann', un sable aride et stérile. Il fut fait d’abord par divers particuliers plusieurs tentatives pour le mettre en culture, mais sans aucun succès. Cela prouve que cette entreprise , envisagée seule et comme l’ouvrage d’un fermier, ne pouvait donner du profit. Enfin quelques maisons religieuses vinrent s’y établir. Comme elles avaient d’autres fonds pour leur entretien, et que l’amendement de ce sol n'était pour elles qu’un objet secondaire, elles vinrent à bout, en quelques siècles, de mettre en culture presque toutes les terres qui les entouraient; et dès que ces terres étaient suffisamment amendées, les propriétaires les affermaient.

Il n’y a point de terrain, quelque stérile qu’il soit, qui ne puisse devenir fertile par de tels procédés , ou par la concentration de la population dans une ville de manufactures. Mais ceci ne prouve nullement que, dans l’ordre naturel, la population doive précéder la production de la nourriture; car cette population concentrée n’a pu exister qu’à l'aide d’une quantité de nourriture suffisante à scs besoins , qui lui a été fournie sur le surplus du produit de quelque autre district.

Dans un pays tel que le Brabant et la Hollande , où ce qui manque c’est le territoire et non l’engrais , un district , tel qu’on représente la Campine, peut fort bien avoir été cultivé avec avantage. Mais dans les pays d’un vaste territoire, où il y a beaucoup de terres de qualité moyenne , l’entreprise de mettre en culture une portion de sol aussi infertile exigerait un emploi de fonds et de force qui, pour l’individu et pour la nation , serait également mauvais et équivaudrait presque à une vraie dissipation.

Les Français ont déjà reconnu l’erreur qu’ils avaient commise de mettre en culture une trop grande quantité de mauvaises terres*. Ils sentent qu’ils ont employé de la sorte du travail et de l’engrais qui auraient produit un meilleur effet permanent , si on les avait appliqués à l'amélioration des bonnes terres. A la Chine même, dans ce pays si cultivé et si peuplé, on trouve des districts qui contiennent des bruyères stériles ; preuve que ce peuple, si inquiet pour sa subsistance, ne trouve pas qu'il ait du profit à porter ses engrais sur de tels terrains. Il faut joindre à cela que , lorsqu'on met en culture une grande étendue de

’ Memoirs on , Mémoires sur V agriculture des Pays-Bas, publiées dans le

l*r vol. des Communications faites au bureau d'agriculture, p. 223.

* C’est ce que semblent avoir oublié tout ceux qui prêchent ce prétendu remède àl'eaces de population. (Jph. G.)

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

mauvaises terres, on ne peut manquer de perdre une grande quantité de grains destinés à les ensemencer.

Il ne faut donc pas , sans autres preuves , juger mal de l'administration économique d'un pays, parce qu’on a trouvé sur son territoire des friches et des terres incultes. La vérité est que, dans un pays qui n’a point atteint le dernier terme du produit possible, c’est-à-dire partout, il semble toujours que c’est le défaut d’activité ou la mauvaise direction qu’on lui donne, qui arrête à la fois le produit et la population; tandis que, dans la réalité, toute cette activité, mise enjeu et parfaitement dirigée, ne pourrait jamais suffire à l'accroissement illimité de la population exempte d’obstacles. Il n’est pas question de savoir à la Chine, si en améliorant la culture on pourrait ajouter quelque chose à la quantité de riz qui y est produite annuellement, mais si cette addition annuelle de produit, continuée pendant vingt-cinq ans, suffirait pour nourrir trois cent millions d'individus, dont s’augmenterait la population pendant ce laps de temps, si rien n’en arrêtait l’accroissement. De même, en Angleterre , il n’est pas question de dire si la culture de tous les communaux augmenterait le produit en blé de cette île, mais si cette augmentation, continuée pendant vingt-cinq ans, suffirait à l'entretien de vingt millions d’hommes; puis de quarante millions, dans la seconde période de vingt-cinq ans; et ainsi de suite et sans fin'.

1 On pourrait croire que les effets que je viens d’indiquer comme résultant d'un grand accroissement de ressources, ne sauraient avoir lieu dans un pays où il y a des villes et des manufactures ; et que de tels effets contredisent ce que nous avons dit dans la première partie de cet ouvrage, que l’obstacle à la population auquel les autres se réduisent, savoir le manque de nourriture, n’agit sous la forme d'obstacle immédiat que dans le cas d’une famine.

Si, sans le vouloir, j’ai usé d’expressions trop fortes, on peut les adoucir sans que l’argument, dans sa valeur réelle et dans son application pratique, en souffre sensiblement. Mais je suis porté à croire que ces expressions, bien que fortes, s'éloignent peu de la vérité. La grande cause qui peuple les villes et les manufactures est le manque d’emploi et par conséquent de moyens de vivre dans les campagnes. Si chaque ouvrier, dans la paroisse où il est né, pouvait gagner la nourriture, les vêtements et le logemenlnécess.iii es à une famille de dix enfants, bientôt la population des villes n'aurait plus à celle des campagnes qu’un rapport fort petit. Si à cette considération on ajoute que, dans le cas supposé, le taux des naissances et des mariages dans les villes serait fort accru, et la mortalité que la pauvreté produit presque entièrement écartée; je ne serais pas surpris, qu’aprés le court intervalle nécessaire pour un changement d’habitudes, l’accroissement de la population, même à la Chine, égalât celui qui est mentionné dans le texte auquel cette note se rapporte.

Quant à l'Angleterre , comme l’on sait avec certitude que le taux d’accrois-

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