LIVRE UI. — CHAPITRE XIV
Lors même qu'on accorderait que le produit de la terre est absolument illimité, on noterait rien au poids de l'argument, car il repose uniquement sur la différente progression que suivent, dans leurs accroissements, la population et la nourriture. Tout ce que peuvent les gouvernements en s'investissant de lumières, et les efforts de l'industrie en obéissant aux directions les plus sages , c’est de faire en sorte que les obstacles inévitables qui arrêtent la population agissent d’une manière plus égale , et qu’ils ne fassent que le mal auquel il est impossible de se soustraire; mais prétendre les écarter est une entreprise vaine.
sentent a été porté de celui qui double la population en 120 ans ou plus, à un taux qui la doublerait en SS ans, en même temps que se sont fort accrues les villes et les manufactures; je ne peux guères douter que, si les ressources du pays étaient tellement augmentées et distribuées, que tout homme pât se marier à 1S ou 20 ans avec l’assurance d être en état de pourvoir aux besoins de sa famille, quelque nombreuse qu’elle fût, la population des Iles Britanniques n'allât croissant à un taux qui la doublerait en 23 ans. Il parait, par les registres du pays, que l'Angleterre est plus favorable à ta santé que les États-Unis d'Amérique ; et dans le temps même où les États-Unis croissaient avec une extraordinaire rapidité, il y avait quelques villes de ces États où les morts surpassaient les naissances. Dans les villes d'Angleterre, avec les améliorations actuelles, je ne crois pas que l'on vit rien de pareil, si tous les individus des classes inférieures pouvaient se marier aussitôt qu'ils le voudraient , et qu'il y eût peu, ou même qu'il n’y eût point, de mortalité prématurée par suite delà pauvreté.
Savoir si les usages et les habitudes d’un état ancien pourraient être changés, par l'abondance de la nourriture, au point de faire croître sa population â peu près comme celle d'une colonie nouvelle, c'est une question de pure curiosité, l a valeur de l'argument est suffisante si l'on accorde que le passage d'un état de géne pour l'entretien d'une famille à un état de facilité et d'abondance, occasionnerait, dans un pays ancien, un accroissement marqué de population ; or, il ne parait pas que cette assertion puisse être contestée. I Noie de routeur.)
CONTRAINTE MORALE