‹ Essai sur le principe de populationChapitre 25 sur 368 · I.1VRK 1. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

I.1VRK 1. — CHAPITRE IV

Comme il arrive souvent que les parents sont pressés par le besoin, ils ont tant de peine k suffire à ceux de leurs enfants, qu’ils les abandonnent ou les livrent eux-mêmes à la mort On expose généralement les enfants difformes : et quelques peuplades du Sud font éprouver le même sort aux enfants dont les mères ne supportent pas bien les peines de la grossesse et le travail de l’enfantement, de peur qu’ils n’héritent de la faiblesse de leur mère •.

C’est k de telles causes qu’il faut attribuer l’exemption remarquable de difformités, qu’on observe chez ces sauvages d’Amérique. Et lors même qu’une mère, parmi eux , veut élever tous ses enfants sans distinction, la mort en enlève un si grand nombre, par la manière dure dont on les traite, qu’il est k peu près impossible que ceux d’une constitution délicate puissent atteindre l'âge d’homme “. Dans les colonies espagnoles, où la vie des indigènes est moins pénible, et où on ne leur permet pas de faire périr leurs enfants, on voit beaucoup d’hommes de ligure difforme, petits, mutilés, aveugles et sourds *.

La polygamie parait avoir été permise de tout temps aux sauvages Américains, mais il n’y avait guères que leurs chefs ou caciques qui se prévalussent de celte liberté; Quelquefois cependant on en voyait des exemples chez de simples particuliers , dans quelques-unes des riches provinces du Sud, où les subsistances sont plus abondantes. La difficulté de vivre forçait en général les hommes du peuple k se contenter d’une seule femme “.Cette difficulté était si bien sentie, que les pères, avant de donner leurs filles en mariage, ne manquaient pas d’exiger, de ceux qui en faisaient la recherche, des preuves non équivoques de leur habileté dans l’art de la chasse, et par là même des moyens qu’ils avaient de pourvoir k l’entretien d’une famille*. Les femmes, en Amérique, ne se marient pas de bonne heure7 : et la manière licencieuse dont elles vivent avant dé se marier doit naturellement produire cet effet *.

Ces coutumes, dues k la crainte de se voir chargé de famille, et la

1 Robertson, liv. IV, p. 108. — Chez nous , il y a évidemment progrès quant à la forme ; les entants sont déposes à l'hospice ; tuais le résultat est te même, il est à peu près sûr qu’ils y meurent. (Jph . G.)

* Lafitau, Mœurs des saurages, 1. 1, p. 393.

1 Charlevoix, t. lit, p. 503. Raynal, Ilisl. des Indes , t. VIII, I. XV, p. 32.

4 Robertson, liv. IV, p. 75. Voyage d'Vüoa , 1. 1, p. 232.

" Robertson, liv. IV, p. 102. Lcti. édif., t. VIII, p. 87.

“ Letl. édif., t. IX, p. 564. Rob., liv. IV, p. 113. — 1 Ibid., liv. IV, p. 107.

* Letl. édif., Voyage d'Ulloa, t. I, p. 343. Burke's America, vol. I, p. 187. Charlevoix, t. lit, p. 303, 304.

OBSTACLES A LA POÉULAT. CHEZ LES IXDIGÈXES DE L’AMÉRIQUE. SJ mortalité causée chez les enfants par les peines de la vie sauvage ' , n’ont pu manquer d'agir puissamment pour arrêter la population naissante.

Lorsque le jeune sauvage a échappé à tous les dangers de l'enfance, d’autres dangers menacent son âge mûr. Les maladies, 'a cette époque de l’existence sociale, sont plus rares, mais plus destructives. Comme l'imprévoyance des sauvages est extrême, et que tous leurs moyens de subsistance sont précaires , ils passent subitement, selon le sort de la chasse ou selon la saison, des horreurs de la disette aux excès que l’abondance provoque “. Leur voracité compense alors la rigueur de leur abstinence, et toutes deux leur sont également nuisibles ». Les maux qui en sont la suite moissonnent la jeunesse dans sa fleur. Ils sont d’ailleurs sujets à la cousomption, à la pleurésie, à l'asthme, a la paralysie; maladies qu’occasionnent les fatigues de la chasse et de la guerre, ainsi que l’inclémence des saisons, qu'ils bravent sans cesse \

Les missionnaires parlent des maladies perpétuelles auxquelles sont sujets les indigènes de l’Amérique méridionale, et pour lesquelles ils n’ont point de remède “. Ignorant les recettes les plus simples, ne pouvant se résoudre à changer leur diète grossière et insalubre, ils succombent en grand nombre. Le jésuite Fauque rapporte que, dans scs excursions multipliées, à peine a-t-il rencontré un vieillard *. Robertson pense que la durée de la vie est plus courte chez les sauvages que chez les peuples civilisés’. Raynal, malgré son enthousiasme pour ces nations, dit à peu près la même chose, en parlant des indigènes du Canada •. Les observations de Cook et de La Pérouse, sur ceux de la côte nord-ouest de l'Amérique, confirment cette remarque *.

Dans les vastes plaines du Sud, un soleil brûlant, qui, après la saison des pluies, darde ses rayons sur des terres inondées, engendre de funestes épidémies. Les missionnaires font mention de contagions fréquentes parmi les indigènes, qui causent dans leurs villages une effrayante mortalité La petite vérole , en particulier, y fait de grands ravages, soit par le manque de soins, soit par la petitesse des habitations

1 Crcuxii dit qu’à peine un sur Ironie atteint l’âge d'homme Conad.,p.57), mais c'est là sans iloute une grande exagération.

1 Robertson, liv. IV, p. 83. — » Charlevoix, t. III, p. 302, 303.

* Robertson, liv. IV, p. 8(5. Charlevoix, t. III, p. 5(5*. Laf1tau,t. Il, p. 5(50, 361. » Lett. édif ., t. VIII, p. 83. — 0 Ibid., t. VII, p. 517 et suiv. — ’ Ibid., liv. IV,

p. 86. — * Ibid., liv. XV, p. 23.

• Cook, troisième voyage, t. III, eh. II, p. 320. Voyage de la Pérouse, chap. IX. >» Lell. édif., t. VIII, p. 79, 339 ; t. IX, p. 123.

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