‹ Essai sur le principe de populationChapitre 251 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE HT

l'obligation qu’il lui impose. S’il ne peut nourrir ses enfants, il faut donc qu’ils meurent de faim ; et s’il se marie avec la probabilité de ne pouvoir pas nourrir les fruits de son mariage, il est coupable des maux qu’il attire, par celte conduite, sur lui, sur sa femme et sur ses enfants. Il est évidemment de son intérêt, il lui importe pour son bonheur, de différer son établissement jusqtf à ce qu’à force de travail et d’économie, il se soit mis en état de pourvoir aux besoins de sa famille. Or, en attendant cette époque, il ne peut point se livrer à ses passions sans violer la loi de Dieu et sans s’exposer au danger de se faire tort à lui-même, ou de faire tort à son prochain. Ainsi , des considérations tirées de son propre intérêt et de son propre bonheur lui imposent l’obligation stricte de la contrainte morale.

Quelque irrésistible que paraisse l’empire des passions, on observe qu’elles sont toujours jusqu'à un certain point sous l'influence de la raison; et il ne parait pas qu’on puisse taxer de visionnaire tout homme qui suppose qu’une explication claire de la cause véritable et permanente de la pauvreté, appuyée d'exemples propres à la rendre sensible, ne serait pas sans effet, aurait même une influence peut-être assez considérable sur la conduite du peuple. Tout au moins est-il bon de l’essayer; ce qu’on n’a point encore tenté.

Presque tout ce qu’on a fait jusqu’ici pour soulager les pauvres a tendu, par des soins recherchés, à jeter sur ce sujet un voile d’obscurité, et à cacher aux malheureux la vraie cause de leur misère. Tandis que le salaire du travail est à peine sullisant pour nourrir deux enfants, un homme se marie et en a cinq ou six à sa charge. En conséquence il éprouve la plus cruelle détresse. Il s'en prend au prix du travail , qui lui parait insuflisant pour élever une famille; il accuse sa paroisse et la trouve lente à le secourir; il accuse l’avarice des riches , qui lui refusent leur superflu; il accuse les institutions sociales, qu’il trouve partiales et injustes; il accuse peut-être même les décrets de la Providence, qui lui ont assigné une place si dépendante, qu’assiègent de toutes parts le besoiu et la nnsère. En cherchant partout des objets de plainte et d'accusation , il ne songe point à tourner ses regards du côté d’où lui vient le mal qu’il souffre. La dernière personne qu’il pensera à accuser, c’est lui-même : et c'est lui seul en fait qui est digne de blâme. Sa seule excuse peut-être est d’avoir été trompé par l'opinion que les classes supérieures ont propagée. Il pourra bien arriver qu’il regrette de s’être marié, parce qu’il sent le poids qui l’oppresse ; mais il n’entre point dans sa tête qu’il ait fait en se mariant une action condamnable. Ou lui a toujours dit au contraire que c’était une chose louable de donner

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