LIVRE IV. — CHAPITRE IV
à peu. Souvent enfin il meurt à la vertu , et devient incapable de se relever de son abattement.
Si l'on s’en tient même aux seuls devoirs de la chasteté, on verra qu’il s’en faut bien que le mariage soit un moyen sûr de les faire respecter. Les classes élevées offrent trop d’exemples contraires. Et dans les classes inférieures , ces exemples , bien qu’on en parle moins , ne sont probablement pas beaucoup moins nombreux.
Ajoutons que la pauvreté sordide, surtout si elle est jointe à la pa-
toux pour preuve que certaines maximes, admises dans l'écrit dont je viens de donner le titre et qui servent de base aux comptes rendus de l'Institut de bienfaisance. Ces maximes conviennent saua doute au lieu auquel on les applique , mais il est facile de voir quelles ne pourraient être généralisées sans danger. On y établit formellement que tous les membres d'un Etal ont le droit d attendre de l’État les moyens de gagner leur vie et l'assistance quand leurs forces sont épuisées (p. 8). Cette maxime , appliquée à une petite communauté riche et exclusivement livrée au commerce ou aux manufactures, peut jusqu'à uu certain point se soutenir. Mais on ne peut I admettre pour un grand État agricole et très anciennement peuplé , puisque ce serait dire que la population, quel que soit son accroissement, a droit à des aliments, tandis que la terre refuse de produire ers aliments en quantité suffisante pour un accroissement de population indéfini. Le même principe fondamental se trouve répété sous une forme qui montre encore plus clairement combien on doit peu espérer d'en faire I application à de grands États. « L homme qui vil d'un travail manuel a le droit, dit l'auteur, d'en attendre un salaire, au moyen duquel 11 puisse exister commodément ;p. 11). » En sorte que, d'après le sens de celle maxime, la société ne serait pas seulement tenue à fournir simplement du travail A l'ouvrier qui en manque, mais encore un travail qui le mette en état de vivre commodément, «c'est-à-dire, de se procurer une habitation salubre, des aliments sains et nourrissants, des vêtements pour se mettre à l'abri du froid et pour se montrer décemment les jours de fête {p. It). « Certes il n'y a d’autre moyen d'obtenir cette Gu désirable dans un grand état agricole et dés longtemps peuplé, que d engager chaque membre de la communauté à ne point se charger de famille avant d être en étal de la nourrir. Si les pauvres recrutent la population par des mariages contractés sans prudence ; la subsistance leur manquera nécessairement, et tous les secours de ta charité seront insuffisants.
Mais loin que cette crainte se fasse sentir dans une ville riche et alimentée par les étrangers. H parait qu'on n'a eu d'autre dessein à Hambourg que d'y encourager la population- En effet, par une suite d’opérations bienfaisantes, on y est venu au secours des pères de familles . et dans celle communauté ancienne, on a réussi à faire qu un accroissement de famille fût pour le pauvre une augmentation de richesse, à peu prés comme il arrive dans les colonie* nouvelles. - Au moyen de cette mesure , dit l'auteur, le nombre des enfants devint un avantage pour les pauvres . au lieu d'être un fardeau ; car plus les membres d'une famille en état de gagner étaient nombreux, plus son entretien devenait facile fp. 36). • El ailleurs : « Depuis I79i, le nombre des enfants est devenu un bonheur pour l'ouvrier laborieux et honnête ;p. 69). ^)uo l'on se représente une population répandue dès longtemps sur le sol d'un vaste pays agricole , dans laquelle on établirait en principe que tout membre de la communauté a droit d'élre pourvu de moyens de travail qui le mettent en état de vivre à son aise , et où en même temps on ferait comprendre aux pauvres, que plusieurs familles sont nombreuses et plus leur entretien devient facile. N est-il pas évident, qu en 1res peu de temps, la sultsislance manquerait à cette population ; et qu aucun effort de bienfaisance ne pourrait lui en fournir? U faut donc admirer la beauté de quelques institutions cl leur convenance dans les circonstances données qui les ont vu naître -, mais il ne faut pas se flatter de les étendre indéfiniment. ,
On doit même remarquer qu'il s'en faut de beaucoup que .jusqu'ici du moins, ces établissements bienfaisants contribuent à augmenter la masse des productions de la terre et des aliments (Les travaux fournis aux pauvres par I Institut de Hambourg sont essentiellement relatifs à la filature du lin). Cette considéra lion, qui n’a pas beaucoup d'importance lorsqu’on n'a en vue que telle ou telle ville, deviendrait fort importante si on l’appliquait à un grand État. Il serait donc important en ce oasde diriger les travaux du pauvre ver» ('agriculture, et il n'est pas facile de dire, avant (expérience , jusqu'à quel point la chose pourrait être exécutable. Ce serait peut être leseulscnl moyen de rendre de grands établissements de bienfaisance utiles aux campagnes, et par conséquent à la société prise en masse. C Pierre Prévost. J
■SUITES Dl' SYSTÈME OPPOSÉ AU NOTRE. 493
resse, est de tous les états le moins favorable à la chasteté. Les passions n’y sont presque plus contenues par le respect de soi-même, et par ce sentiment de moralité qu'entretiennent des habitudes libérales. Il y a tel degré de misère, où une fille naît destinée à la prostitution, et où il faut un miracle pour l’y soustraire. Se respecter, dans une situation où l’on n’est respecté de personne, est une tâche bien difficile. Si des personnes, nées sous l’influence de circonstances pareilles , viennent à se marier, fût-ce même à vingt ans, il est probable qu’elles ont déjà passé quelques années dans le vice.
Mais enfin , si ces arguments ne frappent point , si la crainte d’encourager le vice nous empêche d'inspirer au peuple de la prudence , et d’exciter en lui le goût de cette vertu que nous avons désignée sous le nom de contrainte morale; si nous sommes persuadés que, pour rendre le peuple heureux et vertueux, il faut travailler de tout notre pouvoir à rendre les mariages fréquents et faciles, examinons du moins, avant de nous livrer â ce système, quels sont les moyens par lesquels nous pourrons parvenir à la fin que nous croyons devoir nous proposer.