CHAPITRE V. — SUITES DU SYSTÈME OPPOSÉ AU NÔTRE
Il est certain que, quel que soit l’accroissement des subsistances, celui de la populaiton en dépend et ne peut passer cette limite; du moins lorsqu’une fois les aliments se trouvent répartis en portions si petites qu'elles suffisent exactement à la vie. Tous les enfants qui naissent audelà du nombre nécessaire pour maintenir la population en cet état, doivent nécessairement périr, à moins que lesadultes ne meurent pour leur faire place.
On a vu, dans tout le cours de cet ouvrage, que, dans les états anciennement existants, c’est des morts que dépendent principalement les mariages et les naissances; et que, pour engager à se marier de bonne heure, le plus puissant encouragement est une grande mortalité. Pour être conséquents, il faudra donc, loin de contrarier la nature, favoriser la mortalité qu’elle fait naître. Et si la famine nous effraie, nous aurons recours pour la prévenir à d’autres moyensde destru ction. Loin de recommander aux pauvres la propreté, nous ferons naître des habitudes contraires. Dans les villes nous ferons des rues étroites, nous entasserons les hommes dans les maisons et nous ferons tant, qu’enfin la peste reviendra nous visiter. A la campagne, nous aurons soin de placer les habitations auprès des eaux croupissantes, et danslessituations