LIVRE IV. — CHAPITRE V
malsaines et marécageuses Gardons-nous surtout de ces préservatifs, que des hommes bienveillants opposent h certaines contagions \ Si, par cette conduite, nous pouvons parvenir à élever la mortalité du rapport actuel de i à 36 ou 40, jusqu’au rapport de 1 h 18 ou 20; il est extrêmement probable que chaque individu pourra se marier dès l’âge de puberté, et qu'il y aura pourtant assez peu de personnes réduites h mourir de faim.
Mais si nous voulons nous marier aussi jeunes, et en même temps nous opposer aux opérations destructives de la nature; soyons assurés que nous échouerons. La nature ne veut et ne peut pas être subjuguée. La mortalité, requise par la population, aura lieu de manière ou d'autre. L’extirpation d’une maladie sera le signal de l'invasion d’une autre, peut-être plus funeste. Pour baisser le niveau de ces eaux d’amertume, il ne sert li rien de les presser de place en place ; car elles s’élèvent d’autant plus lh où manque la force comprimante. Le seul moyen d'y réussir est d'en tarir la source. La nature appelle sans cesse notre attention de cecêlé-là. C’est le but des chûtiments qu’elle nous inflige : châtiments
1 Nccker, en parlant du rapport des naissances en France, fait usage d’une expression nouvelle et instructive, quoique lui-même peut-être n’en ait pas bien senti la force. Il dit, que « le nombre des naissances est à celui des habitants de un à vingt-trois et ving-qualre, dans les lieux contrarie* par la nature ou par des circonstances morales : ce même rapport, dans la plus grande partie de la France, est de un à 23, 23 1/2 et 26. >• Adminisl. dei finance/, t. I, p. 234, in-12. il semblerait doue que nous n'avons rien de mieux à faire que de mettre le peuple dans des marais et de le soumettre à un gouvernement mauvais et oppressif, pour obtenir ce que les politiques s’accordent i envisager comine inilniinent désirable, un rapport des mariages et un rapport des naissances, l'un et l’autre très grands. (JVole de l'auteur.)
’ Voici comment s’exprime le I)' de Carro dans une lettre adressée aux auteurs de la Bibliothèque Britannique , en date de Vienne le 24 septembre 1803. ■■ Après une masse de faits, qui prouvent si bien l’ardeur des Indous et des Européens établis aux Indes à profiter de la vaccination, croûtons le Dr Anderson, qui nous donne les premières nouvelles que nous ayons de la manière de penser des Chinois i cet égard : on me mande , dit ce médecin , que les Chinois ont reçu avec horreur la nouvelle de la possibilité d’anéantir la petite vérole, s’écriant qu’ils ne désiraient point être privés d’une maladie, qui leur était absolument nécessaire, pour leur éviter la pénible tâche d’exposer leurs malheureux enfants à être dévorés par les bêles féroces. » Bibl. Bril., Sc. et art!, t. XXV, p. 183. — Les Chinois sont conséquents; leurs sanglantes exécutions rendent inutile toute espèce de contrainte morale. Ils encouragent donc le mariage â l’excès, et envisagent comme d’utiles remèdes les contagions destructives de l’enfance. Il est bien rare en ces matières de pouvoir confirmer un raisonnement de pure théorie, par un fait aussi précis et aussi récent. (Pierre Prrtoil.)
SUITES DU SYSTÈME 01»I>0SÉ AU NOTRE. m
proportionnés à l’oubli du devoir qu’elle nous prescrit. 11 s'en faut bien qu’en Angleterre ces avertissements soient sans effet. L’obstacle privatif, dont l’effet est de prévenir la population, y agit avec force; et voilà pourquoi les châtiments y sont modérés. Mais si l'usage y prévalait de se marier dès l'âge de puberté, bientôt ils s’aggraveraient. Des maux politiques se joindraient aux maux physiques. Un peuple aiguillonné par le sentiment constant de sa détresse, et souvent visité par la famine, ne pourrait être contenu que par le plus dur despotisme. Nous en viendrions au point où en sont venus les peuples d’Égypte et d’Abyssinie. Je demanderai, si alors on se (latte que nous serions devenus plus vertueux.
11 y a longtemps que les médecins ont remarqué les grands changements qui ont lieu dans les maladies; tandis que quelques-unes paraissent céder aux soins et aux efforts de l’art, d’autres semblent devenir plus graves et plus destructives. Le docteur W. Heberden a publié récemment des observations intéressantes sur ce sujet, d’après les tables de mortalité de Londres. 11 dit dans sa préface en parlant de ces tables ;
« Les changements graduels qu’elles présentent dans les maladies correspondent à ceux qui ont lieu dans les divers canaux par lesquels le fleuve de la mortalité coule d’un cours constant > Dans le corps de l’ouvrage, il dit, avec la candeur qui caractérise toujours le vrai savoir:
< Il n’est pas facile de donner une raison satisfaisante de tous les changements que nous offre l'histoire des maladies; et l'on ne peut reprocher aux médecins leur ignorance à cet égard, parce que les causes des maladies agissent souvent d'une manière si graduelle ou si cachée, qu’elles se dérobent à leurs recherches. »
Je puis, j’espère, sans être taxé de présomption, faire observer à ce sujet que certaines circonstances doivent déterminer de tels changements; peut-être même sans qu’il en survienne aucun dans les causes prochaines sur lesquelles s’arrêtent communément nos regards. Si cette opinion est fondée, on ne s'étonnera plus, que les médecins les plus habiles et les plus expérimentés, dont l’objet est essentiellement de dé- •-
couvrir ces causes prochaines, aient échoué dans cette recherche.
Dans un pays où la population se soutient à peu près au même niveau, si le nombre moyen des mariages cl des naissances est donné, il est évident que celui des morts l’est aussi. Et pour user de la métaphore qu'emploie le D' Heberden, on peut dire que les divers canaux, par les-
1 Observation* un tht increase and decreasc of different disrasrs. Préface, p. S,
iii a», jsoi.