‹ Essai sur le principe de populationChapitre 262 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE V

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quels le fleuve de la mortalité coule d’un cours constant, versent entre eux une masse d'eau donnée et invariable. Maintenant, que l’on vienne à fermer quelques-uns de ces canaux, il est manifeste que le grand fleuve de la mortalité se frayera une route à travers quelques autres canaux : en d’autres termes, si nous assoupissons quelques maladies, d'autres se montreront plus destructives précisément dans le même rapport. Dans les cas de cette nature, la seule cause, que l’on puisse bien démélcr, et la clôture de quelques-uns des canaux de la mortalité La nature, pour accomplir ses grands desseins, parait attaquer toujours la partie la plus faible. Si l’art fortifie cette partie contre ses attaques, elle les dirige contre une autre, qui, après celle-là lui donne le plus de prise; et continue ainsi de les parcourir successivement. Elle n’agit point comme une divinité capricieuse, qui se ferait un jeu de nos souffrances, et se plairait à rendre nos travaux inutiles. Elle fait au contraire pour nous l’oflice d’un instituteur tendre, quelquefois sévère, qui veut nous enseigner à fortifier toutes les parties à la fois et à bannir de la terre le vice et les souffrances. En évitant une faute nous sommes trop enclins à nous jeter dans un autre extrême. Alors nous trouvons toujours la nature fidèle à son plan, qui nous avertit de nos écarts par le mal physique ou moral qui en résulte pour nous. Si l’obstacle privatif, qui tend à prévenir la population, acquérait assez de prépondérance pour écarter un très grand nombre de maladies, que l’excès de la population fait naître; mais si en même temps il donnait lieu à un accroissement de vice et de prostitution , on verrait probablement s'accroître les maladies et les maux, tant physiques que moraux, qui sont la suite de ces vices. Ce sévère avertissement nous ferait comprendre notre erreur, et nous ramènerait à la règle que nous tracent la nature, la raison, la religion, en nous prescrivant, de nous abstenir du mariage jusqu'à ce que nous soyons en état de pourvoir à l'entretien de nos enfants, et toutefois de vivre dans la chasteté jusqu'à cette époque.

Dans le cas que je viens de feindre, où la population et le nombre des mariages sont supposés invariables, la nécessité de quelque changement dans la mortalité produite par certaines maladies est un résultat nécessaire de la diminution ou de l’extinction de quelques autres causes de mortalité; et cet effet est susceptible d'une démonstration mathématique. Si le sujet offre encore quelque obscurité, ce ne peut être que dans

* I.a manière dont opère celle cause consiste probablement à accroître la pauvreté. Et cet accroissement est produit par une augmentation d'oITrcs de travail trop rapide par proportion à la demande, [fiole de /'auteur.)

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