‹ Essai sur le principe de populationChapitre 264 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE V

que fait la population; et fait quelques calculs curieux pour apprécier les bons effets qu'aurait à cet égard l'extirpation totale de ce lléau >. Je crois toutefois, que les conclusions de cet auteur ne découlent pas de ses prémisses. Je ne doute nullement que la petite vérole n'ait fait périr par millions les individus de l’espèce humaine. Mais, en accordant même au Dr Haygarth que les ravages qu’elle fait surpassent plusieurs milliers de fois ceux de la peste *, je douterais encore que cette cause eût diminué la population du globe. La petite vérole est incontestablement un des canaux, et même l’un des plus vastes, que la nature ait ouvert depuis un millier d'années, pour écouler la population et la maintenir au niveau des subsistances. Mais si celte issue avait été fermée à la mort, d'autres se seraient élargies, ou il s'en serait ouvert de nouvelles. Dans les temps anciens, la mortalité produite par la guerre et par la peste, était incomparablement plus grande que dans les temps modernes. A mesure que celte cause de mortalité a diminué, d’autres se sont fait jour. La naissance de la petite vérole, et la manière dont elle s’est répandue presque universellement, sont un exemple frappant des changements qui surviennent de temps en temps dans les canaux de la mortalité; changements sur lesquels il importe de fixer notre attention et de diriger nos recherches avec patience et persévérance. Pour moi, je ne doute nullement que, si la vaccine extirpe la petite vérole, et si néanmoins le nombre des mariages ne diminue point, on ne voie une augmentation sensible dans la mortalité produite par d’autres maladies. Rien ne peut prévenir cet effet, si ce n’est un grand progrès soudain de l’agriculture. Si un tel progrès avait lieu en Angleterre, ce qui me semble peu à espérer, il ne serait pas dû au nombre des enfants que la vaccine aurait dérobés à la petite vérole; mais bien plutôt aux alarmes conçues, pendant les dernières disettes par ceux qui ont quelque propriété, et au surcroît de gain qu’ont fait les fermiers à cette occasion; surcroît de gain, si avantageux à la société, et contre lequel on s’est élevé d’une manière si déraisonnable. Toutefois je penche fortement b croire qu’en ce cas le nombre des mariages ne restera point le même; mais que les lumières qui se répandront insensiblement sur cet intéressant sujet, montreront aux hommes comment l’extinction d’un si redoutable fléau peut tourner à leur plus grand avantage, et influer d’une manière constante sur la santé et le bonheur du peuple.

Si d’une part nous craignons, qu’en prêchant la vertu de la coulrainle morale, nous ne favorisions quelques vices, et si de l’autre le spectacle

1 Vol. I. part. H, wi. V cl VI, axgl. — * VIII, p. itU.

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