SUITES ÜL' SYSTÈME OPPOSÉ AL NOTRE
île tous les maux i|u’entraine une population excédante nous fait craindre d’encourager le mariage; si nous pensons en conséquence que le mieux est de ne point nous mêler de diriger les consciences à cet égard, mais plutôt de laisser chaque homme suivre librement son choix, en le rendant responsable devant Dieu du bien ou du mal qu’il aura fait; c’est là tout ce que je demande. Je serais fâché d’obtenir plus. Mais il s’en faut beaucoup qu’on en use de la sorte.
Dans les classes inférieures, où ce point de morale a le plus d’importance, les lois relatives aux pauvres sont un encouragement au mariage qui agit d’une manière constante et systématique; car elles ôtent à chaque individu le poids de la responsabilité que la nature impose à tout homme qui devient père. La bienfaisance privée a la même tendance : elle facilite l’entretien d’une famille; elle égalise, autant qu’il est possible de le faire, les charges du mariage et celles du célibat.
Dans les classes supérieures, on excite au mariage par les égards que l’on a pour les femmes mariées, et par l’espèce de distinction qu’on leur accorde. Le peu d’égards, au contraire, que l’on témoigne h celles qui vivent dans le célibat, est propre, à en inspirer le dégoût. Il arrive de là que des hommes qui n’ont rien d’agréable, ni dans l’esprit ni dans la figure, et qui même sont parvenus au déclin de la vie, trouvent aisément de jeunes épouses; tandis que la nature semble indiquer que ces hommes-là devraient chercher à s’assortir parmi les personnes d’un âge proportionné au leur. On ne peut douter que bien des femmes ne se soient mariées pour éviter le nom de vieilles filles. Trop alarmées de l’espèce de ridicule qu’un préjugé sot et absurde semble y avoir attaché, elles se sont déterminées à épouser des hommes pour qui elles avaient de l’éloignement ou tout au moins une parfaite indifférence. De tels mariages, aux yeux de ceux qui ont quelque délicatesse , sont une espèce de prostitution légale 1 ; et souvent ils surchargent d’enfants le pays où ils ont été contractés, sans que ce mal soit compensé par quelque augmentation de bonheur et de vertu dans ceux qui leur ont donné naissance.
Dans tous les rangs de la société, règne l’opinion que le mariage est une espèce de devoir, et cette opinion ne peut manquer d’avoir de l’influence. Un homme, qui croit qu’il n’a pas payé sa dette à la société.
1 En quelques paroles simples, Malthus en dit autant qu'une foule de docteurs modernes. C’est encore une preuve que les soi-disants possesseurs de sciences sociales, n'ont pas le monopole, exclusif des idées larges. Le plus dur, le plus étroit des économistes a su aussi formuler une généreuse protestation. [Jpk. G.)