LIVRE IV. — CHAPITRE VI
s'il ne lui laisse pas après lui des enfants qui le représentent, n’osera pas écouter les conseils de la prudence ; et croira, en se mariant témérairement, avoir droit de se reposer entièrement sur les soins de la Providence.
A la vérité , dans un pays civilisé et où l'on connait les jouissances que l'aisance procure, un tel préjugé ne peut éteindre entièrement les lumières naturelles, mais il parvient à les obscurcir. Jusqu’à ce que cette obscurité soit dissipée, et que le pauvre soit éclairé sur la cause de ses souffrances ; jusqu’à ce qu’on lui ait appris que c’est à lui-méme qu’il doit les imputer, on ne saurait dire que chaque homme soit laissé à son propre et libre choix sur la question du mariage.
CHAPITRE VI. — quel effet a sur u liberté cime la connaissance de la DRWcrpALi CAUSE DE LA PAUVRETÉ.
Il suit de ce que nous venons de dire , que le peuple doit t’ envisager comme étant lui-méme la cause principale de ses souffrances. Peut-être, au premier coup-d’œil, cette doctrine paraîtra peu favorable à la liberté. C’est, dira-t-on, fournir aux gouvernements un prétexte pour opprimer leurs sujets, sans que ceux-ci aient droit de se plaindre; et les autoriserà rejeter, sur les lois de la nature ou sur l’imprudence du pauvre, les suites funestes de leurs vexations. Mais il ne faut pas juger sur l’impression reçue au premier coup-d’œil. Je suis persuadé que ceux qui considéreront ce sujet de plus près reconnaîtront qu’une connaissance pleine, et généralement répandue, de la principale cause de la pauvreté, est le moyen le plus sùr d’établir sur de solides fondements une liberté sage et raisonnable. Ils reconnaîtront que l’obstacle principal, qui s'oppose à cet établissement, résulte de l’ignorance de la cause dont je parle et des suites que celte ignorance doit naturellement entraîner.
La détresse à laquelle sont réduites les classes inférieures du peuple, et l’habitude où elles sont d’attribuer cette détresse à ceux qui les gouvernent, me paraissent être les vrais remparts du despotisme. Cet état de choses fournit à celui qui abuse de l'autorité un motif apparent de le faire, afin de contenir les séditieux. C’est la vraie raison pour laquelle un gouvernement libre tend sans cesse à sa destruction, par la tolérance de ceux qui sont chargés de le maintenir. Telle est la cause qui a fait échouer les plus généreux efforts, et qui, dans le cours des révolutions, a fait périr la liberté naissante. Tant qu’il sera au pouvoir d’un homme mécontent et doué de quelque talent d’agiter le peuple, de lui
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