QUEL EFFET A SUR LA LIBERTÉ CIVILE, ETC. SOI
persuader que c’est au gouvernement qu’il doit imputer des maux qu'il s’est lui-méme attirés, il est manifeste qu’on aura toujours de nouveaux moyens de fomenter le mécontentement et de semer des germes de révolution. Après avoir détruit le gouvernement établi, le peuple, toujours en proie à la misère, tourne son ressentiment sur ceux qui ont succédé à ses premiers maîtres. A peine a-t-il immolé ces nouvelles victimes qu’il en demande d’autres, sans qu’on puisse voir un terme à des révoltes suscitées par une cause toujours en activité. Peut-on s'étonner qu’au milieu de ces orages, le plus grand nombre des hommes de bien aient recours au pouvoir absolu? Ils ont éprouve qu'un gouvernement contenu dans de sages limites est insuffisant pour réprimer l'esprit révolutionnaire; ils sont las de changements dont on ne peut prévoir la fin ; ils n’espèrent plus rien de leurs efforts, et cherchent un protecteur coutre les fureurs de l’anarchie.
La multitude qui fait les émeutes est le produit d’une population excédante. Elle se sent pressée par le sentiment de ses souffrances, et ces souffrances sont sans doute trop réelles, mais elle ignore absolument quelle en est la cause. Cette multitude égarée est un ennemi redoutable de la liberté, qui fomente la tyrannie ou la fait naître. Si quelquefois, dans sa fttreur, if semble la vouloir détruire, ce n’est que pour la rétablir sous une nouvelle forme. L’Angleterre ne tardera pas longtemps peut-être à fournir un exemple de l’effet de tels tumultes sur l’établissement de la tyrannie. Comme ami de la liberté, et ennemi des grandes armées permanentes, c’est avec un vif regret que je me vois forcé de reconnaître que, sans le secours de cette force, la détresse du peuple pendant les dernières disettes (1800 et f80f), encouragée par l’ignorance et la folie des classes supérieures, aurait pu le porter aux plus funestes excès, et plonger finalement le pays dans toutes les horreurs de la famine. Si ces temps malheureux revenaient fréquemment (et l’état présent du pays ne peut que trop les faire prévoir), ils ouvriraient certes une perspective lugubre. On verrait la constitution anglaise marcher à grands pas vers cette euthanasie (douce mort) * que Iiume lui a prédite, h moins que quelque commotion populaire ne vint l’arrêter; triste remède qui ne peut qu’accroître notre effroi. Si les mécontements politiques se trouvaient mêlés aux cris de la faim, et qu’une révolution s’opérât par la populace, en proie au besoin et demandant d’être nourrie, il faudrait s’attendre h de perpétuels changements, à
1 Euthanasie , mort heureuse, passage doux, tranquille et sans douleur de ce monde à l'autre. { Jph . G.)