‹ Essai sur le principe de populationChapitre 271 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE VU

CHAPITRE VII. — QUEL EFFET À SUR LA L.11ERTÉ CIVILE LA COHRAI&SASCE DE LA FEIS- CIFALE CAUSE DE LA PAUVRETÉ (Sui(f)

Les raisonnements contenus dans le chapitre précédent ont été confirmés d'une manière frappante par les évènements des deux on trois dernières années. En aucun temps peut-être on n'a vu les classes inférieures concevoir des vues plus erronées des effets que l’on peut attendre des réformes du gouvernement; jamais ces vues erronées n'ont paru plus immédiatement fondées sur l'ignorance absolue de la principale cause de la pauvreté; et jamais elles n’ont conduit plus directement à des résultats défavorables h la liberté.

line des causes générales de plaintes contre le gouvernement était qu’un grand nombre d’ouvriers, pouvant et voulant travailler, restaient sans ouvrage et par là même hors d’état de pourvoir à leurs besoins.

lin tel étal de choses est sans doute un des évènements les plus déplorables qui puissent s’offrir dans la vie civilisée. Un sentiment commun d’humanité suffit pour faire envisager cet état comme étant, pour les classes inférieures de la société, un sujet de mécontentement naturel et digne d’excuse; et pour faire un devoir aux classes supérieures d’employer tous leurs efforts pour en adoucir la rigueur. Mais un tel état peut exister sous le gouvernement le mieux dirigé le plus rigoureusement économe. Cela est certain, comme il est certain aussi qu'uu gouvernement n'a pas le pouvoir de commander aux ressources d’un pays d'être progressives, lorsque, parla nature des choses , elles sont stationnaires ou rétrogrades.

On accordera aisément que, dans un état bien gouverné, il peut survenir des temps de prospérité, durant lesquels sa richesse et sa population reçoivent une impulsion, qui ne peut point être permanente. S’il s’ouvre, par exemple, au commerce de nouveaux canaux; si l’état acquiert de nouvelles colonies; si de "nouvelles inventions augmentent l’effet des machines; si l’agriculture fait de nouveaux et grands progrès; tant que les produits croissants trouveront un débouché dans les marchés intérieurs et extérieurs, on ne peut douter que le capital ne croisse rapidement et que la population n’éprouve un encouragement inaccoutumé. Réciproquement, si les canaux ouverts au commerce se referment, ou par quelque accident ou par l’effet de la concurrence étrangère; si les colonies sont perdues, ou que leurs produits soient fournis par d’autres contrées; si les marchés, ou par la concurrence ou par le

’ Ecrit cil 1817. (.Vote ilr Vnulrur.)

QUEL EFFET A SUR LA LIBERTÉ Cl VII. K , ETC. SU

trop plein, cessent de s’étendre avec l’invention des machines; si, par une cause quelconque, les progrès de l’agriculture sont arrêtés ; il doit naturellement arriver, qu'au moment même où les encouragements donnés h la population ont produit tout leur effet, les moyens de l'employer et de la nourrir viennent à manquer; et cela peut être le résultat de la nature des choses, sans qu'aucune faute du gouvernement y ait eu part. Un tel déficit ne peut manquer de plonger les classes ouvrières dans la plus profonde détresse. Mais il est trop évident qu’on n'en peut point conclure qu’il faille opérer, dans le gouvernement, un changement radical. La tentative d'une semblable entreprise ne pourrait qu’aggraver les souffrances du peuple.

Nous avons supposé jusqu’ici, que le gouvernement n'a en, par sa conduite, aucune part aux maux dont on se plaint. Rarement peut-être une telle supposition se vérifie. Il est certainement au pouvoir du gouvernement de produire beaucoup de détresse par la guerre et les taxes; et il faut quelque habileté pour distinguer les maux qui viennent de là de ceux qui dépendent des causes ci-dessus énoncées. Quant à l’Angleterre, on ne peut nier que ces deux espèces de causes n’aient concouru, mais les causes indépendantes du gouvernement ont eu la plus grande influence. La guerre et les taxes, par leur opération simple et directe, tendent h détruire ou à retarder les progrès du capital, des produits et de la population ; mais, pendant le cours de la dernière guerre, ces obstacles à la prospérité ont été bien plus que contre-balancés par une combinaison de circonstances qui a donné à la population des encouragements extraordinaires. On ne peut dire que ce soit au gouvernement qu'aient été dus les avantages qui ont compensé l’action des causes destructives. Le gouvernement, pendant ces vingt-cinq dernières années, n’a pas fait preuve d’un très grand amour de la paix et de la liberté, ni d’une épargne scrupuleuse dans l’emploi des ressources nationales. Il a marché en avant, dépensant de grandes sommes pour soutenir la guerre, et levant de très lourdes taxes pour y subvenir. Il est indubitable qu’il a contribué pour sa part à la dilapidation de la fortune publique. Et toutefois les faits les plus évidents prouvent à l'observateur impartial, qu’à la fin de la guerre, en 1814, les ressources nationales n'étaient pas dissipées; que la richesse et la population du pays étaient non-seulement fort supérieures à ce qu’elles étaient avant la guerre, mais avaient crû d’une époque à l’autre, dans une progression plus rapide qu’en aucune période antérieure.

C’est là peut-être un fait des plus extraordinaires dont l’histoire nous ait conservé le souvenir; et il prouve incontestablement que les souf-

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