‹ Essai sur le principe de populationChapitre 272 sur 368 · UVRE IV. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

UVRE IV. — CHAPITRE VII

f rances que le pays a endurées depuis la paix, n’ont pas tant été causées par les effets ordinaires, et tout-à-fait naturels à attendre, de la guerre et des taxes, que par la cessation soudaine des encouragements extraordinaires donnés à la population. Les maux produits par cette cause, bien qu'augmentés par le poids des taxes, ne dérivent pas essentiellement de celles-ci, et ne peuvent par conséquent recevoir de leur suppression un soulagement direct et immédiat.

Que les classes ouvrières ne voient pas distinctement les causes principales de leur détresse; qu'elles ne sentent pas, à un certain point et pour un certain temps, leurs maux sont sans remède, c’est ce qui est assez naturel. Qu’elles écoutent avec faveur ceux qui leur promettent avec confiance un soulagement immédiat, plutôt que ceux qui n’ont à leur offrir que des vérités peu agréables, c’est ce dont on n’a pas droit de s’étonner. Mais il faut convenir que les orateurs et les écrivains populaires ont profité sans aucune retenue de la crise qui leur a mis le pouvoir en main. En partie par ignorance et en partie à dessein, tout ce qui aurait pu tendre à éclairer les classes ouvrières sur leur vraie situation, tout ce qui aurait pu les engager à supporter avec patience des maux inévitables, a été soigneusement écarté de leur vue on hautement réprouvé; et tout ce qui pouvait tendre à les décevoir, k aggraver, à fomenter leur mécontentement, k exciter une folle attente de soulagement k l’aide de simples réformes, a été mis en avant et soigneusement exposé k leurs regards. Si, dans de telles circonstances, les réformes proposées avaient été exécutées, il en serait inévitablement résulté que le peuple aurait été cruellement frustré de ses espérances. Sous un système de suffrages universels et de parlements annuels, le sentiment général d’un peuple trompé dans son attente l'aurait probablement conduit k tenter, en fait de gouvernement, toutes sortes d’expériences, jusqu'k ce qu’enlin, après avoir parcouru toute la carrière des révolutions, il eût été contenu par le despotisme militaire. Les plus chauds amis de la véritable liberté ont pu avec raison être alarmés d'une telle perspective. Ils n’ont pu, sans manquer au devoir, prêter de l’appui à des principes qui faisaient présager de tels résultats. En supposant même, qu’avec beaucoup de peine et contre le sentiment de la grande masse des pétitionnaires, ces amis d’une sage liberté eussent pu se flatter d’effectuer une réforme plus modérée et plus réellement profitable; ils ne pouvaient se dissimuler que le peuple, frustré de ses espérances, aurait imputé son malheur k leurs opérations, qu'il eût taxées de demimesures; et qu'eux-mêmes se seraient vus forcés ou de procéder immédiatement h un changement radical, ou de renoncer k leur influence pi

QUEL EFFET A SUR LA LIBERTÉ CIVILE , ETC. b leur popularité, en arrêtant brusquement leur marche, avant que le peuple eût reçu aucun soulagement, avant que son mécontentement eût cessé cl qu’il eût fait le fatal essai de ce prétendu remède universel dont on lui avait fait concevoir de si Uatteuses espérances.

Ces considérations ont du naturellement paralyser les efforts des vrais amis de la liberté; et c’est ainsi que de salutaires réformes, reconnues indispensables pour réparer des brèehes, qui sont l’ouvrage du temps , et pour donner b l’édifice de la constitution toute la perfection dont il est susceptible, ont été rendues beaucoup plus difficiles et parla même beaucoup plus improbables.

Non-seulement les vaines espérances et les extravagantes demandes, suggérées au peuple par ses chefs, ont donné au gouvernement une victoire aisée sur toute proposition de réforme, violente ou modérée; elles lui ont encore mis en main le plus dangereux instrument d’attaque contre la constitution. De telles suggestions sont de nature à exciter l’alarme et à prévenir les réformes les plus modérées. Mais l'alarme, une fois conçue, sait rarement où s’arrêter; les causes qui l’ont produite sont facilement exagérées. Il y a lieu de croire que c’est sous l'influence de certains faits exagérés et de la crainte outrée de leurs suites, que quelques actes parlementaires défavorables à la liberté ont été passés, sans qu’ils fussent commandés par une impérieuse nécessité. Mais la faculté de créer ces craintes exagérées et de faire les actes qui en sont l’effet a été fournie incontestablement par les folles espérances du peuple.

Il faut donc convenir que le temps présent fournit une application frappante de la théorie et confirme bien cette vérité, que l’ignorance de la principale cause de la pauvreté est singulièrement défavorable h la liberté, et que la connaissance de cette cause doit avoir un effet directement opposé.

CHAPITRE VIII. — nui rnopose roc» abolir cradcellemext les lois sir les pauvres.

Si les principes posés ci-dessus sont fondés, et si l’on reconnaît l'obligation où nous sommes d’y conformer notre conduite, il reste à examiner comment il faut nous y prendre pour réaliser ce projet. Le premier et grand obstacle qui s’y oppose en Angleterre est le système de lois qui y est adopté relativement aux pauvres'. C’est avec raison qu’on

1 II s’agit de ce système d'assistance par les paroisses, qui se fait au moyen

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