‹ Essai sur le principe de populationChapitre 275 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE VIH

moyen de lumières, et ferait connaître à chacun, d'une manière franche et distincte, ce que lui prescrit la nature. Sans blesser personne, elle rendrait la génération naissante moins dépendante du gouvernement et des riches. Les suites physiques et morales de cet affranchissement seraient sans doute très importantes.

Lorsque la loi aurait été publiée et que le public en aurait acquis une pleine connaissance, lorsqu'en conséquence le système des lois sur les pauvres aurait été aboli pour la génération naissante , si quelque homme jugeait à propos de se marier, sans avoir l’espérance de pouvoir nourrir sa famille, je pense qu’il devrait être laissé à lui-même et jouir à cet égard de la plus entière liberté. Bien qu’à mon avis un tel mariage soit une action manifestement immorale, elle n’est pas du nombre de celles que la société doit se charger de punir ou de prévenir d’une manière directe. La raison en est que la peine qui y est attachée par les lois de la nature retombe immédiatement sur le coupable, et que celte peine est d’elle-même sévère. Ce n’est qu'indirectement que la société soufTre, elle n’en est même affectée que d'une manière légère et éloignée. Lorsque la nature se charge de gouverner et de punir, ce serait une ambition bien folle et bien déplacée de prétendre nous mettre à sa place et prendre sur nous tout l’odieux de l’exécution. Livrons donc cet homme coupable à la peine prononcée par la nature. Il a agi contre la voix de la raison, qui lui a été clairement manifestée; il ne peut accuser personne et doit s’en prendre à lui-même, si l'action qu’il a commise a pour lui de fâcheuses suites. L'accès à l’assistance des paroisses doit lui être fermé; et si la bienfaisance privée lui tend quelques secours, l’intérêt de l’humanité requiert impérieusement que ces secours ne soient point trop abondants. 11 faut qu’il sache que les lois de la nature, c’està-dire, les lois de Dieu, l’ont condamné à vivre péniblement, pour le punir de les avoir violées ; qu’il ne peut exercer contre la société aucune espèce de droit pour obtenir d’elle la moindre portion de nourriture au-delà de ce qu’en peut acheter son travail; que si lui-même et sa famille sont mis à l'abri des tourments de la faim , ils en sont redevables à la pitié de quelques âmes bienfaisantes . qui ont droit par là même à toute sa reconnaissance.

Si ce nouveau système était suivi avec coustance, il ne serait point à craindre que le nombre des personnes dans le besoin, s’accrût jamais au-delà du terme auquel peuvent atteindre les secours de la bienfaisance. Je suis au contraire persuadé que le champ offert à la charité des particuliers serait moins étendu qu'il ne l'est aujourd'hui. La seule difficulté qu’on aurait à vaincre naîtrait de la facilité avec laquelle on

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