‹ Essai sur le principe de populationChapitre 276 sur 368 · PLAN KJLR ABOLIR LES LOIS SLR LES PAUVRES · texte numérisé non relu

PLAN KJLR ABOLIR LES LOIS SLR LES PAUVRES

est disposé à exercer la bienfaisance , car en répandant sans choix des assistances, on encourage l'imprévoyance et la paresse.

Quant aux enfants nés d’un commerce illégitime, après avoir donné tous les avertissements convenables , on ne les recevrait point h l’assistance dans les paroisses, ils resteraient entièrement coniiés à la charité des particuliers. Lorsque des parents abandonnent leurs enfants , ils commettent un crime dont il faut les rendre responsables. Par rapport a la société, un enfant peut être aisément remplacé. S'il a une grande valeur, c’est parce qu’il est l'objet de l’une des passions les [dus délicieuses dont le cœur humain soit susceptible, passion bien connue sous le nom de tendresse paternelle et maternelle. Si ceux qui doivent la ressentir méconnaissent la valeur du don qu'ils tiennent de la nature, la société ne doit point être appelée h prendre leur place. Son office en cette occasion est de punir le crime des parents qui , foulant aux pieds leurs plus saints devoirs, abandonnent des enfants confiés b leur garde, ou qui, avec dessein et préméditation, leur font éprouver un traitement cruel.

Dans l’état actuel des choses, l’enfant illégitime est mis sous la protection de la paroisse ', et meurt généralement dans l'année, du moins à Londres. La société fait la même perte, mais l’horreur du crime est affaiblie, b cause du nombre de ceux qui le commettent. La mort de ces infortunées créatures passe pour une simple dispensation de la Providence , et on oublie qu’il faut l’envisager comme la suite nécessaire de la conduite de parents dénaturés, qui doivent en être rendus responsables devant Dieu et devant les hommes.

11 est rare toutefois qu’un enfant soit abandonné à la fois par son père et par sa mère. Quand un homme, qui est ouvrier ou domestique, . a un enfant né d'un commerce illégitime, il arrive presque toujours qu’il se cache et prend la fuite. Il n’est pas rare même de voir un homme, qui a femme et enfants, se retirer dans quelqu'endroit éloigné et laisser sa famille à la charge de sa paroisse. J’ai ouï parler d’un ouvrier honnête et laborieux qui se proposait de prendre le même parti, parce que, tout considéré, il lui semblait que c’était le meilleur moyen de pourvoir b l’entretien d’une femme et de six enfants *. Le simple récit de ces

' Je crois, comme Sir F. M. Eden, que l'usage constant d'entretenir aux frais du public les enfants abandonnés est la cause qui fait qu'on «n abandonne un grand nombre dans les deux pays les plus opulents de l’Europe, la France et l'Angleterre. State of the poo r, vol. I, p. 559.

1 « Plusieurs pauvres profitent de la libéralité de la loi, et abandonnent leurs femmes et leurs enfants à la charge de leurs paroisses. C'est ce que j’aurai occasion

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désertions pourrait donner aux étrangers une idée déravorable du caractère anglais; mais en examinant la chose de plus près, un juge équitable rejetera le crime sur les institutions qui l’ont provoqué.

Par les lois de la nature, un enfant est confié directement et exclusivement à la garde de ses parents. Par les lois de la nature, la mère d’un enfant est confiée, d’une manière, presque aussi positive, à l’homme qui en est le père. Si ces liens n’étaient point altérés, si la nature était laissée h elle-même, et si tout homme en même temps était bien convaincu que c'est de lui seul que dépend l’existence de sa femme et de l'enfant dont elle l’a rendu père, je ne sais s’il s’en trouverait d'assez dénaturés pour abandonner l’une et l’autre, ou si dans toute l’espèce humaine il y aurait dix pères capables d’un crime aussi atroce. Mais les lois anglaises, contredisant formellement les lois de la nature, annoncent que si les parents abandonnent un enfant qui leur appartient, d'autres personnes sont chargées d’en prendre soin h leur place; que si une femme est délaissée par son mari, elle trouvera de la protection ailleurs : ainsi l’on a pris tous les moyens les plus propres à alfaiblir ou à effacer les sentiments naturels, et l’on accuse ensuite la nature dont on a violé les lois. Le fait est que la société réunie en corps politique est la seule coupable de cette violation. Elle a fait des lois qui la prescrivent, elle a proposé des récompenses à ceux qui fouleraient aux pieds les sentiments les plus utiles et les plus respectables.

C’est une chose reçue dans la plupart des paroisses, lorsqu’on peut atteindre le père d’un enfant illégitime, de l’effrayer par la prison et de faire tous les efforts imaginables pour l’amener au point d'épouser la mère de cet enfant. On ne saurait trop blâmer cet usage. C’est d’abord de la part des officiers de la paroisse, une bien fausse politique, car, dans le système des lois actuelles, c’est en général se préparer la charge de trois ou quatre enfants au lieu d’un. Mais de plus, c’est un scandale, et une vraie profanation de la plus sainte cérémonie. Prétendre sauver ainsi l’honneur d’une femme et rendre un homme à la vertu , en le liant par un engagement forcé et le déterminant à mentir en face de Dieu, c’est se faire, de la délicatesse et de la probité, d’assez étranges idées. Si un homme a abusé la mè e de l’enfant par une promesse de mariage, il s’est rendu coupable d’une fourberie, très noire et mérite un sévère châtiment; mais je ne saurais me résoudre à lui infliger celui de faire un second mensonge, qui n'aura probablement d’autre effet que

de prouver amplement dans le cours de cet ouvrage. » SirF. M. Eden, on lheelate of lhe poor. VOy. p. 5S0. {Note de l'auteur.)

PLAN POUR AUOLIK LES LOIS SLR LES PALVRES.

tic rendre très misérable celle à laquelle il sera uni par d'éternels lieus, et de charger la société d’une nouvelle famille d'indigents.

L'obligation imposée à chaque homme de pourvoir h l'entretien de ses enfants, soit légitimes, soit illégitimes, est si évidente et si impérieuse, qu'il serait juste d’armer la société de tout le pouvoir nécessaire |tour lui donner une nouvelle force, en choisissant les moyens les plus propres à produire cet heureux effet. Mais il n’y a, je crois, aucun moyen de force, à la portée du pouvoir civil, qui pût être aussi efficace h cet égard, qu’un simple avis universellement répandu, portant qu’à l'avenir les enfants ne seraient plus entretenus que par leurs parents ; et que si ces protecteurs naturels venaient à les abandonner, ils ne devaient point s'attendre à voir leurs soins remplacés autrement que par les secours casuels de la charité des particuliers.

Il paraîtra peut-être bien dur qu'une mère et des enfants , qui n'ont aucun reproche à se faire, soient appelés à souffrir de la mauvaise conduite du chef de la famille. Mais c’est encore là une loi immuable de la nature, et l'on doit y penser à deux fois avant de prétendre la contrarier d’une manière tyslématique.

J’ai souvent vu mettre en opposition la bonté de Dieu et l’article du décalogue où il déclare qu’il punira les péchés des pères sur les enfants. Cette difficulté n’a peut-être pas été suffisammeul discutée. A moins d’opérer dans la nature de l’homme un changement total, à moins de l’élever jusqu'à la nature des anges, ou en général d’en faire un être fort différent de lui-même, il est impossible de le soustraire à la loi dont on est disposé à se plaiudre. Me faudrait-il pas un miracle perpétuel , ce qui peut-être n'est au fond qu’une contradiction , dans les termes, pour que les enfants ne se ressentissent point , dans leur état civil et moral, de la conduite de leurs parents? Y a-t-il un homme qui, ayant été élevé par ses parents, ne jouisse pas sous certains rapports de leurs vertus et ne souffre pas de leurs vices ; dont le caractère ne se ressente pas des utiles impressions qu’il a reçues de leur prudence , de leur justice , de leur bienveillance, de leur tempérance; ou n’ait pas été flétri par l'effet de leurs mauvaises dispositions à ces divers égards; de qui l’état dans la société n’ait pas été relevé et soutenu par leur réputation, leur prévoyance, leur travail, leur prospérité , ou abaissé par leur imprudence, par leur paresse et par les revers qu’ils ont essuyés? Combien l’assurance de transmatre ainsi son bonheur ne contribue-t-elle pas à animer la vertu et à soutenir les forces d’un père! Combien n’ajoute-t-elle pas aux motifs qu’ont les parents de donner à leurs enfants une bonne éducation et de pourvoir à leur établissement. Si un homme pouvait

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