LIVRE IT. — CHAPITRE \ III
abandonner sa femme et ses enfants, sans qu’il en résultât pour eux aucun mal, combien n'en verrait-on pas qui, las des chaînes du mariage, ou faiblement attachés à leurs femmes, se soustrairaient aux embarras etaux peines que cause le soin d’une famille, et rentreraient dans le célibat! Mais la pensée que les enfants portent la peine des fautes de leurs parents a de l’empire même sur le vice. Plusieurs personnes, qui se sont fait une habitude de ne plus se soucier pour eux-mêmes des suites de leur conduite, ont à cœur d’empêcher que leurs excès n’aient sur leurs enfants une pernicieuse inlluence. Il parait indispensable, dans le gouvernement moral de cet univers, que les péchés des pères soient punis sur les enfants. Et si notre vanité présomptueuse se Halte de mieux gouverner, en contrariant lystémaliquemcnt cette loi, je suis porté à croire qu’elle s'engage dans une folle entreprise.
Si le plan que j’ai proposé était adopté, en peu d’années on verrait la taxe des pauvres diminuer avec rapidité , et en assez peu de temps elle aurait pris fin. Cependant, autant que je puis en juger, on n’aurait trompé personne, ni fait tort à aucun individu. Ainsi personne n'aurait droit de se plaindre.
Cependant l'abolition des lois sur les pauvres ne suffît pas pour améliorer le sort de ceux-ci ; et si quelqu’un prétendait donner à cette mesure une importance exclusive, il suffîrait de l’inviter à jeter les yeux sur l'état des pauvres en d’autres pays où il n'existe point de pareilles lois. Cependant cette comparaison exigerait plusieurs précautions préalables, et ne pourrait point servir de base au jugement relatif â l’utilité ou â l’inutilité de ces lois.
L'Angleterre jouit de très gTands avantages naturels et politiques, dont les pays qu’on lui comparerait pourraient se trouver privés. Par la nature du sol et du climat, elle est à l'abri de ce manque absolu de récolte, en fait de grains, qu’on éprouve en d’autres contrées; elle est, par sa situation insulaire et par l’étendue de son commerce, placée de la manière la plus favorahle b l’importation ; elle emploie par ses nombreuses manufactures presque tous les bras qui ne sont pas nécessaires b l'agriculture, et fournil ainsi un moyen de distribuer avec régularité, b tous ses habitants, le produit annuel des terres et du travail. Mais surtout on observe dans la masse du peuple anglais un goût décidé pour les objets de commodité et de bien-être habituel ; un vif désir d’améliorer son état (principal ressort de prospérité) ; et, par suite, un louable esprit d’industrie et de prévoyance. Ces dispositions, qui contrastent si fortement avec l'indolence désespérée des Étals despotiques, sont dues b la constitution de l'Angleterre, et b l’excellence de ses lois, qui as-