‹ Essai sur le principe de populationChapitre 280 sur 368 · SU LIVUE IV. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

SU LIVUE IV. — CHAPITRE IX

mariées. Ce serait d'ailleurs une chose raisonnable et couforme aux

premiers principes de la justice et de l’équité.

Puisqu’il est si facile d’obtenir des classes supérieures de la société le degré de prudence nécessaire pour contenir les mariages dans de justes bornes, si l’on veut réussir de même auprès des classes inférieures, il faut faire nailre parmi elles les lumières et la prévoyance dont les premières sont pourvues , et on leur rendra un service bien plus important

Le meilleur moyen de parvenir à ce but serait probablement d’établir un système d’éducaiion paroissiale sur un plan semblable à celui qui a été proposé par Adam Smith1. Outre les sujets ordinaires d’instruclion et ceux que cet auteur y ajoute, je voudrais qu'on exposât fréquemment, dans ces écoles, l’élat des classes inférieures du peuple relativement au principe de population , et l’influence qu'elles ont à cet égard sur leur propre bonheur. Je n’entends point que, dans ces explications, on dépréciât en aucune façon le mariage et qu’on le présentât sous un aspect moins désirable qu'il ne l'est réellement. On le ferait au contraire envisager, conformément à la vérité , comme un état particulièrement assorti à la nature de l’homme, propre â assurer son bonheur et à le préserver des tentations du vice. Mais on aurait soin de faire remarquer qu'il en est du mariage comme des biens de la fortune et de beaucoup d'autres, dont les avantages ne sont à notre portée que sous certaines conditions. La ferme persuasion que le mariage est un état désirable, mais que pour y parvenir c’est une condition indispensablement requise d’être en état de pourvoir à l’entretien d’une famille, doit être chez un jeune homme le motif le plus fort de se livrer au travail et de vivre avec une sage économie , avant l’époque où il peut réaliser ses projets d'établissement. Rien ne pourrait plus fortement l’engager à mettre en réserve le petit superflu qu’un ouvrier non marié possède toujours, et à en faire ainsi un emploi raisonnable pour son bonheur à venir, plutôt que de le dissiper dans la paresse et dans le vice.

Si dans la suite on pouvait, dans ces écoles, joindre aux divers objets d’enseignement quelques-uns des principes les plus simples de l’économie politique , il en résulterait pour la société un avantage infini \

1 Rkhrttt des nations , t. II, liv. V, édit. Guillaumin.

* Ad. Smith propose d'enseigner, dans ces écoles de paroisses, les parties élémentaires de la géométrie et de la mécanique. Je ne puis m'empécher de croire que l'on pourrait également mettre à la portée du peuple les principes communs sur lesquels se règlent les prix d'achat et de vente; et je suis persuadé qu'il en résulterait

MOYEN DE CORRIGER LES ERREURS SUR LA POPULATION. S23 Quelques conversations que j’ai eues , pendant le cours des dernières disettes (1800 et 1801), avec des hommes de la classe des ouvriers, m'ont, je l’avoue , jeté dans le découragement. J’ai été frappé de leur attachement à certains préjugés relatifs à la vente et à l'accaparement des graius, et j’ai senti fortement l'espèce d’impossibilité de concilier avec un tel degré d’ignorance, l’action d’un gouvernement véritablement libre. Telles sont les erreurs qui dominent à cet égard parmi le peuple, que s’il agit en conséquence des opinions auxquelles il est livré, il faut absolument et h tous risques qu’il soit contenu par la force. Or, il est bien difficile d'investir un gouvernement de toute la puissance nécessaire pour suflire en tout temps à ce but, sans faire courir quelques dangers h la liberté.

On a répandu en Angleterre des sommes immenses en assistances, et il y a lieu de croire qu’elles n'ont servi qu’à aggraver les maux de ceux qui les ont reçues. On a trop peu fait au contraire pour l’éducation du peuple; on a négligé de l’instruire de quelques vérités politiques qui touchent de près h son bonheur, qui sont peut-être le seul moyen par lequel il pourrait améliorer son état , dont l'effet serait de faire des hommes de cette classe des sujets paisibles et d’augmenter beaucoup la somme de leur bonheur. Il est peu honorable pour l’Angleterre que l'éducation des classes inférieures du peuple ne se fasse

un très grand bien. Ce sujet intéresse immédiatement la classe du peuple et ne pourrait manquer d exciter son attention. Il faut convenir cependant qu'on ne peut à cet égard se livrer à l'espérance, lorsqu’on voit l'extrême ignorance qui règne sur ce sujet dans la classe la plus relevée. Mais si l'économie politique ne peut point devenir un objet d'enseignement pour le peuple, je pen«e qu’au moins elle devrait entrer dans le plan des études d'université. L'Écosse a donné cet exemple ; l’Angleterre devrait l'imiter. 11 est de la plus haute importance que les gentilshommes de campagne et surtout le clergé ne contribuent pas à aggraver, par leur ignorance, les maux de la disette, toutes les fois que nous y sommes exposés. Pendant les dernières grandes chertés qui ont eu lieu en Angleterre, la moitié des gentilshommes de campagne et des membres du clergé de ce royaume auraient mérité d’étre poursuivis comme coupables de sédition. Après avoir enflammé l'imagination du peuple au sujet des fermiers et marchands de blé, en discourant, en prêchant même contre eux; c'était un faible remède au mal qu'ils avaient fait, d’observer froidement, que lors même que les pauvres étaient en butte à l’oppression et à la fraude, leur devoir était de maintenir la paix et la tranquilité. C'est ainsi que, dans Shakespeare, Marc-Antoine ne cesse de dire que les conjurés sont tous des hommes d'honneur, ce qui n'empéche pas que leurs maisons et leurs personnes ne soient livrées à la fureur de la polulace qu'il a ameutée. L'économie politique est peut-être la seule science de laquelle on puisse dire que, lorsqu'elle est ignorée, il en résulte non-seulement des privations, mais un mal positif, et un mal très grave. (Note de l'auteur.)

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