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CHAPITRE X. — DE LA DIRECTION DE HOTRE CHARITE

Il nous reste à examiner comment nous pouvons diriger notre charité de manière à ne pas nuire à ceux qui en sont l’objet, et à prévenir cet excès de population qui, à l’instant où l’on passe le niveau des subsistances, ne manque jamais de peser péniblement sur les dernières classes du peuple.

Ce mouvement de sensibilité, qui nous engage à soulager nos semblables lorsqu'ils sont dans la souffrance, ressemble à toutes les autres passions qui nous agitent : c’est une passion qui est, sous certains rapports, aveugle et irréfléchie. La compassion peut être plus exaltée par une scène de théâtre bien faite et pathétique , ou par une situation de roman, que par aucun évènement réel. Parmi plusieurs personnes qui sollicitent notre bienfaisance , si nous n’écoutions que la première impulsion qui nous frappe et que nous ne prissions point d’informations ultérieures, nous préférerions sans contredit celle qui jouerait le mieux son rôle. Il est donc manifeste que l’impulsion de la bienveillance.

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comme celle des passious de l'amour, de la colère, de l'ambition, de la faim , de la soif, ou toute autre, doit être réglée et dirigée d’après les résultats de l'expérience ; qu’elle doit être, comme toute autre passion, soumise k l’épreuve de l'utilité, sous peine de lui voir manquer le but pour lequel elle a été placée dans notre cœur.

Le but manifeste de la passion qui unit les sexes est la durée de l’espèce cl l’établissement d’une liaison intime de vues et d’intérêts entre deux personnes, liaison qui est k la fois pour eux le plus sûr moyen de bonheur, et pour leurs enfants un gage d’attention vigilante, dirigée principalement vers leur conservation dans la première enfance, et dans la jeunesse vers les soins de l’éducation. Mais si tout homme croyait pouvoir céder en tout temps aux impulsions de la nature relativement k cette passion, sans se mettre en peine des suites, un but essentiel de cette passion serait manqué, et la durée même de l’espèce serait mal assurée.

Le but évident de l’instinct de bienveillance que la nature a mis dans le cœur de l’homme est de rassembler les hommes; de réunir surtout ceux qui font partie d’une même nation ou d’une même famille, et de les lier entr’eux par une affection fraternelle. En intéressant les hommes au bonheur et au malheur de leurs semblables, cet instinct bienveillant les engage k porter remède, autant qu’il est en eux, k ces maux partiels qu’entraînent les lois générales; et il tend par-lk même k augmenter la somme du bonheur des hommes. Mais si cette bienveillance ne distingue rien, si le degré du malheur apparent est la seule mesure de notre libéralité, il est clair qu’elle ne s’exercera presque que sur les mendiants de profession, tandis que le mérite modeste et malheureux, luttant contre d’inévitables difficultés , mais aimant , jusques dans la misère, la propreté et s’attachant k conserver des formes décentes, sera îégligé. Nous secourrons ceux qui seront le moins dignes de secours. Nous encouragerons la fainéantise, et nous laisserons périr l’homme actif et laborieux. En un mot, nous irons directement contre les vues de la nature et nous diminuerons la somme du bonheur.

L’expérience, il est vrai, nous a appris que cet instinct de bienveillance agit avec moins de force que la passion qui unit les sexes; elle prouve qu’en général il y a beaucoup moins de danger k s’abandonner k l’un de ces sentiments qu’a l’autre. Mais si l’on fait abstraction de ces leçons de l’expérience et des préceptes de morale auxquels elle sert de fondement, on ne peut rien dire en faveur de ceux qui se livrent sans retenue k l’un de ces penchants, qu’on ne puisse dire également en faveur de ceux qui s’abandonnent k l’autre. Ce sont deux passions

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