‹ Essai sur le principe de populationChapitre 284 sur 368 · livre tv. — chapitre x · texte numérisé non relu

livre tv. — chapitre x

naturelles l’une et l’autre , chacune d’elles est excitée par un objet qui lui est propre, et nous sommes conduits h les satisfaire par un puissant attrait. Si nous n'envisageons que notre nature animale, ou si nous supposons que les suites de nos actions b cet égard nous sont inconnues, nous ne pouvons sans doute faire autre chose que suivre un aveugle instinct.

Mais si nous venons k réfléchir que nous sommes des êtres doués de raison, nous ne pouvons manquer de reconnaître que c’est pour nous une obligation de considérer les suites de nos actions; et si nous découvrons qu’en certains cas ces suites sont funestes pour nous ou pour d’autres, nous pouvons nous tenir pour assurés que cette manière d’obéir k nos passions ne convient point k notre état, ou en d’autres termes, n’est point conforme k la volonté de Dieu. En qualité d’agents moraux, notre devoir est manifestement de réprimer nos passions autant qu’il est nécessaire pour qu’elles ne suivent point une direction vicieuse ; de peser et d’examiner avec soin les suites de nos penchants naturels, en les rapportant fréquemment k la grande règle de Futilité, afin d’acquérir insensiblement l’habitude de les satisfaire de manière k ne nuire k personne. C’est évidemment le moyen d’accroitre la somme du bonheur, et par conséquent de remplir le but du Créateur autant qu’il nous est possible de l’atteindre.

Ainsi , bien que l’utilité ne puisse être le motif qui nous presse, lorsque nous sommes sous l’influence d'une passion, elle est pour nous le seul moyen de connaître; indépendamment de la volonté de Dieu révélée, nous devons céder k cette influence, et c’est elle qui fonde nos devoirs, dans l’ordre des lois naturelles. Tous les moralistes qui ont recommandé de soumettre les passions k la raison , l’ont fait , je crois, d’après les principes que je viens d’exposer, soit qu’ils les aient reconnus distinctement, ou qu’ils aient négligé de le faire.

Je rappelle ces vérités pour les appliquer k la direction habituelle de nos charités. Si nous avons toujours en vue la grande règle de l’utilité, nous trouverons k exercer la bienfaisance dans une sphère fort étendue, sans qu’elle nuise jamais au but principal que nous devons nous proposer.

L’un des effets les plus utiles de la charité est celui qu’elle a sur l'homme même qui l’exerce. Il est plus doux de donner que de recevoir. Admettons, si l’on veut, que la bienfaisance n’est pas utile k ceux qui en sont l’objet , jamais toutefois nous ne pourrions approuver les efforts qu’on ferait pour ôter de notre âme le sentiment qui nous presse de l’exercer. Il tend k purifier et k élever l’âme. Mais, en appliquant ici

Digi

DlltKCTION l)K NOTRK C.HAHITli.

rat

la règle de l'utilité , on remarquera avec satisfaction que la manière d’exercer la bienfaisance, qui est la plus avantageuse aux pauvres, est précisément celle qui est la plus propre à perfectionner le caractère de celui qui donne.

On peut dire de la charité, comme de la pitié, qu'elle n’a rien de contraint, qu'elle se répand sur la terre comme une douce rosée ('). C’est à tort qu’on décore du nom de charité, les sommes immenses qu'on répand en Angleterre en vertu d’une taxe. Il y manque le caractère distinctif de la véritable bienfaisance. Et , comme on doit s’y attendre en forçant des actions dont l’essence est d'étre libres, cette profusion tend b dépraver ceux de qui on l'exige comme ceux à qui elle est destinée. Au lieu d'un soulagement réel , il n’en résulte qu’une aggravation et une multiplication de misère d'une part; et de l’autre, au lieu des sensations délicieuses que produit l'exercice de la véritable bienfaisance, un mécontentement et une irritation permanente.

Parmi les grands établissements de charité qui sont soutenus par des contributions volontaires, il s’en trouve de vraiment préjudiciables : mais de plus, les souscriptions se font peut-être quelquefois fort à contre-cœur, et moins par un mouvement de pure bienveillance que pour répondre à ce qu’on attend dans le monde d'un homme d'un certain rang ou d'une certaine fortune. La plupart des souscripteurs ne se mêlent point de dispenser ces largesses et ne s'occupent nullement du sort de ceux qui les reçoivent. Il ne faut donc pas se flatter que de tels actes de bienveillance soient bien propres à produire, sur ceux qui les font, les bons effets qu'on a coutume d’attribuer à cette vertu , et qui se manifestent dans d'autres occasions d'une manière si évidente.

Dans les aumônes même que l’on fait aux mendiants de profession, on remarquera , si l'on y prend garde , que l’on cède aussi souvent au désir de se débarrasser de leurs importunités ou d’écarter la vue d’un objet dégoûtant, qu'au plaisir de soulager les souffrances des malheureux. Loin de nous féliciter d’avoir trouvé une occasion de secourir notre prochain, nous préférerions souvent de n’avoir point rencontré de tels objets de compassion. La vue de leur misère qui nous frap|ie excite en nous une émotion pénible, mais nous sentons que la faible aumône que nous pouvons leur faire ne suffît point à les soulager. Nous savons parfaitement qu’elle est tout-à-fait disproportionnée à leurs be-

Is not «trainrd;

1 • ilroppcth, as the gcnllc rai» from Ileav'n, l'pon (lu* eartli heneath. (/Vole dr l'autrur.)

Page 1