LIVRE IV. — CHAPITRE X
soins. De plus, nous n’ignorons pas que nous allons entendre répéter une demande toute pareille au tournant de la rue, et que nous sommes exposés d’ailleurs à de coupables impostures. Nous nous hâtons pour les éviter, et souvent nous fermons l’oreille h des sollicitations importunes. Nous ne donnons que ce que nous arrache, pour ainsi dire, un sentiment involontaire. Il y a encore ici une sorte de violence que nous nous faisons k nous-mêmes. Et cette charité forcée ne laisse dans l’âme aucun doux souvenir, aucune impression propre k perfectionner le cœur.
Il en est bien autrement de celte charité volontaire et active, qui connaît en détail ceux dont elle soulage les peines; qui sent par quels étroits liens sont unis le riche et le pauvre, et s'honore de cette alliance ; qui visite l’infortuné dans sa maison , et ne s'informe pas uniquement de ses besoins , mais de ses habitudes et de ses dispositions morales, line telle charité impose silence au mendiant effronté, qui n’a pour recommandation que les haillons dont il affecte de se couvrir; elle encourage au contraire, soutient, console, assiste avec libéralité celui qui souffre en silence des maux non mérités. Celte manière de faire la cha-
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rité présente un tableau bien propre k en faire sentir le prix, en comparaison de toute autre. Je ne puis mieux en faire ressortir les avantages et marquer le contraste entre celte forme d’assistance et celle qui est en usage dans les paroisses, qu’en citant ce qu'en dit M. Townsend, k la fin de son admirable dissertation sur les lois relatives aux pauvres. « On ne peut imaginer rien de plus dégoûtant que la table k laquelle se fait le payement de la paroisse. On y voit souvent réunis dans la même personne tout ce qui peut rendre la misère repoussante; le tabac, le ge-