‹ Essai sur le principe de populationChapitre 287 sur 368 · DIRECTION DE NOTRE CHARITÉ · texte numérisé non relu

DIRECTION DE NOTRE CHARITÉ

lions, en prenant l’essor, doivent contribuer plus efficacement b purifier le cœur et à inspirer des sentiments élevés. C’est Ih vraiment la seule espèce de charité de laquelle on peut dire qu'elle Tait le bonheur de celui qui la pratique; et c’est aussi en général la seule qui fasse le bonheur de celui qui en est l’objet. Il est sur au moins que l’on trouverait difficilement quelque autre manière défaire la charité qui, parla distribution de sommes très considérables, ne mette en danger de produire plus de mal que de bien.

Le pouvoir discrétionnaire et contenu dans certaines limites, qui est confié aux juges de paix et aux officiers de paroisses, d’accorder ou de refuser l’assistance, est, par sa nature et ses effets, bien différent du discernement avec lequel la charité volontaire dispense ses dons. Tout homme, en Angleterre, qui se trouve placé dans certaines circonstances déterminées, adroit, d’après la loi, à recevoir l’assistance de sa paroisse; et à moins que des raisons bien claires ne l’en privent, si ce droit est méconnu, il est autorisé à se plaindre. Les informations nécessaires pour établir les faits relatifs h de telles questions engagent trop souvent les postulants à déguiser la vérité, et le grand nombre de ceux qui sollicitent des secours expose les inspecteurs au reproche de partialité et de dureté. Si le secours est accordé, il est reçu comme une chose due et sans aucune reconnaissance; si le secours est refusé, celui qui le sollicite se regarde presque toujours comme offensé, il croit éprouver une injustice, il en conçoit de l’indignation et du ressentiment.

Il n’y a rien de pareil dans la distribution des secours volontaires. Celui qui les reçoit se livre au doux sentiment de la reconnaissance; celui qui ne les reçoit pas est loin de crier à l’injustice. Tout homme a droit de faire de son bien l’usage qu’il juge convenable. On ne peut, avec aucune apparence de justice, l’obliger à rendre compte des motifs qui font qu'il donne dans un cas et qu'il ne donne pas dans l’autre. Ce pouvoir absolu , qui est essentiel à la charité volontaire, lui donne la plus grande facilité de choisir des objets dignes de ses faveurs, sans qu’il puisse en résulter aucune lâcheuse conséquence. Celte forme d’assistance a d’ailleurs l’avantage de présenter toujours une sorte d’incertitude dans les bienfaits qu’elle aime à répandre. Il est tout-à-fait important pour le pauvre, que personne ne puisse envisager la charité comme un fonds sur lequel on a droit de compter. Le pauvre doit apprendre à user de ses propres forces, à déployer toute son énergie et toute sa prévoyance, à envisager ses vertus comme sa seule ressource. Que si elles viennent h lui manquer au besoin, les autres moyens de secours ne doivent être pour lui qu’un objet d’espérance. Il faut même

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que cette cs|>érance lui paraisse fondée sur sa bonne conduite , et sur la pensée que ce n’est ni par indolence ni par imprudence qu’il est tombé dans la misère.

Que dans la distribution de nos secours, ce soit pour nous un devoir d'inculquer celte leçon aux pauvres , c’est une vérité dont il n’est pas permis de douter. Si tous pouvaient être soulagés , si la pauvreté pouvait être bannie, même au prix du sacrifice des trois quarts de la fortune des riches, je serais le dernier h dire un seul mot pour m’opposer à ce projet, et je me garderais d’avancer qu’il faut user de mesure dans nos largesses. Mais comme l'expérience a prouvé, et je crois sans exception, que le malheur et la misère se proportionnent toujours à la quantité d’aumônes qui se distribuent sans choix, nous sommes fondés à en conclure, en raisonnant comme on a coutume de faire sur les lois naturelles, que cette forme n’est pas celle qui caractérise la véritable bienfaisance et doit porter le nom de vertu.

Les lois de la nature nous disent, comme saint Paul : « Si un homme ne veut pas travailler, il n’est pas digne de manger. « Elles nous disent encore qu’il ne faut pas se fier témérairement à la Providence. Elles nous font assez entendre que celui qui se marie sans avoir de quoi pourvoir aux besoins de sa famille, doit s’attendre à la misère. Ce sont Ut des avis que notre nature rend nécessaires, et qui ont manifestement une tendance utile et bienfaisante. Si, par la direction que nous donnons à nos secours publics ou particuliers, nous déclarons que l'homme qui ne veut pas travailler ne cessera pas d’être jugé digne de manger; que celui qui se marie sans aucun moyen de soutenir sa famille, ne cessera pas de voir sa famille soutenue, il est clair que nous contrarions, par une attaque régulière et systématique, les vues bienfaisantes pour lesquelles ces lois ont été établies. Il n’est pas possible de croire que ce soit dans ce but que l'auteur de ces lois a mis dans notre cœur les passions qui l'animent.

Dans le cours des évènements de la vie humaine, lors même qu'ils se présentent sous l’aspect le plus favorable, on voit quelquefois de justes espérances déçues ; on voit le travail, la prudence et la vertu, privés de la récompense qui leur est due, et traînant à leur suite des calamités imprévues. Ce sont ceux qui soutirent ainsi , malgré les plus généreux efforts, ceux qui succombent sans l'avoir mérité, que l’on peut envisager comme les vrais objets de la charité. En soulageant leurs maux, nous remplissons le plus saint devoir de la bienfaisance. Ce devoir consiste à adoucir les maux partiels qui naissent des loisgénérales. En donnant à notre charité cette heureuse direction, nous n’avons point à en

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