DIRECTION DE NOTRE CHARITÉ
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craindre les suites. Des malheureux aussi dignes de pitié doivent être secourus par tous les moyens qui sont en notre pouvoir, avec libéralité, de manière à suffire pleinement aux besoins qui les pressent, lors même que, pour le faire , nous serions forcés d'abandonner à leur sort ceux qui l’ont bien mérité et qui sont indignes de toute espèce d'estime.
Après avoir satisfait h ce premier devoir de bienfaisance, il peut être permis d'accorder un regard compatissant à l’homme paresseux et imprévoyant. Mais alors même le bien de l’humanité exige que nos secours soient distribués avec épargne. Nous pouvons prendre sur nous d’adoucir, avec prudence, le châtiment que la nature inflige h ceux qui ont violé ses lois, mais nous devons nous garder de faire en sorte que le châtiment soit entièrement méconnu. C’est avec justice que celui qui le subit se trouve descendu au dernier rang dans l’ordre social. Si nous prétendons l'en faire sortir et le placer dans une situation plus élevée, nous manquons le but de la bienfaisance , et nous commettons une injustice envers ceux qui sont au-dessus de lui. 11 faut qu’il n’ait en aucun cas, dans la distribution des choses nécessaires à la vie, une part égale à celle du simple ouvrier.
Ces raisonnements ne s'appliquent pas aux cas d'une urgente détresse, produite par quelque accident que n’a point occasionné l’indolence ou l’imprudence de celui qui en est la victime. Si un homme se casse la jambe ou le bras, notre devoir est de le secourir et non de nous informer de son mérite. Cela est parfaitement d’accord avec la règle de l’utilité. En donnant ainsi sans choix un généreux secours, il est peu à craindre que nous excitions les hommes a se casser les bras ou les jambes pour en profiler. D’après ce principe invariable de l'utilité, l'approbation donnée par Jésus-Christ à la conduite du Samaritain ne contredit pas le moins du monde cette maxime de saint Paul : « Celui qui ne veut pas travailler n’est pas digne de manger. »
Toutefois, en aucun cas, nous ne devons perdre l'occasion de faire du bien , d'après la supposition que nous trouverons quelque autre objet plus digne de nos bienfaits. Dans tous les cas douteux, on peut établir que notre devoir est de céder à l’instinct de la bienveillance. Mais lorsque nous pouvons remplir l’obligation que la raison nous impose de peser avec soin les suites de nos actions, si notre expérience et celle d'autrui nous ont fait voir qu’il y a une manière d’exercer la bienfaisance qui est préjudiciable, et une autre qui produit les meilleurs effets, nous sommes certainement tenus, en qualité d’ageuts moraux, de réprimer nos penchants, lorsqu'ils prennent l'une de ces directions, et de leur donner cours dans l’autre, afin d'acquérir l’habitude de prati-