SORT DES PAUVRES
Dans la distribution de nos secours, et dans tous les efforts que nou> faisons pour améliorer le sort des classes inférieures du peuple, il faut donner une attention particulière à la règle suivante , immédiatement liée au principal sujet de cet ouvrage. Jamais aucun motif ne doit nous engager h faire quoi que ce soit dans le but d’encourager directement le mariage, ou de travailler d’une manière régulière et systématique à faire disparaître la différence qui se trouve entre l'homme marié et le célibataire relativement à la facilité de vivre. Celte différence doit toujours être sentie. C’est un point sur lequel les écrivains, qui d’ailleurs ont le mieux compris l’influence du principe de population, me semblent être tombés dans de graves erreurs.
Sir James Stewart, qui a très bien vu les inconvénients de ce qu’il nomme une procréation vicieuse, ainsi que tous les maux qui sont la suite d’un excès de population, ne laisse pas de recommander l’établissement des hôpitaux d’enfants trouvés; il juge convenable en certaines circonstances de prendre les enfants à leurs parents pour les élever aux frais de l’État, et déplore la différence qui a lieu entre le sort de l’homme marié et celui du célibataire, différence qui rend leurs moyens de subsistance si peu proportionnés à leurs besoins'. Il oublie, en s'exprimant ainsi, que si, sans aucun encouragement, la population est excédante, c’est une preuve claire que les fonds destinés h alimenter le travail ne peuvent pas soutenir une plus grande population. Si , sans hôpitaux d’enfants trouvés, sans établissements publics pour l’entretien des enfants nés dans le mariage, enlin malgré le découragement que doivent faire naitrc les embarras de fortune que le mariage entraîne, la population s’élève au point que les pauvres soient hors d’état de pourvoir à l’entretien de tous leurs enfants, sans doute la société manque de fonds pour mettre plus de bras en activité. Si donc on donne de nouveaux encouragements à la multiplication de l’espèce, et si on fait disparaître les découragements qui pourraient y mettre des bornes, il devra nécessairement survenir de manière ou d’autre une augmentation de celte procréation vicieuse que l’auteur voudrait avec raison prévenir.
Paliliealtreonnmy, vol. I, b. I, ch. -Vf TT.
EXAMEN DE DIVERS PLANS
M. Townsend, qui, dans sa dissertation sur les lois relatives aux pauvres, a traité ce sujet avec autant de clarté que de profondeur, linit par une proposition qui me parait en contradiction avec les principes qu’il a si bien exposés. Il voudrait que les sociétés de bienfaisance qui sont établies dans les paroisses d’une manière libre et purement volontaire, devinssent forcées et obligatoires. Il propose de passer un règlement en vertu duquel tout célibataire payerait un quart de ses gages ou salaires, et un homme marié, père de quatre enfants, n’en payerait que la trentième partie *.
Je dirai d’abord qu’à l'instant où l’on convertirait les souscriptions libres en contributions forcées, elles agiraient précisément comme une taxe sur le travail. Or, une telle taxe est toujours payée par le consommateur, comme l’a très bien fait voir Adam Smith, et elle est payée avec plus de frais. Par conséquent, les propriétaires de terres ne seraient point soulagés parce plan. Us payeraient la même somme qu’ils payent aujourd’hui, avec cette seule différence qu’au lieu de livrer cet argent à leur paroisse, sous forme de contribution directe pour les pauvres, ils la fourniraient par la hausse du prix du travail et de toutes les marchandises. Ainsi une contribution forcée de celle nature aurait presque tous les mauvais effets du système actuel d’assistance; et quoique le nom fût changé, l’esprit de l’institution serait toujours le même.
Le doyen Tucker, dans ses remarques sur un plan de même nature proposé par M. Pcw, dit qu’après beaucoup de discours et de réflexions sur ce sujet, en dernier résultat c’est à une souscription volontaire qu'il s’arrête, et qu’il ne lui parait [tas qu’on doive la convertir en contribution forcée. Une souscription volontaire ressemble à un impôt sur le uxe. Elle n’a pas nécessairement l'effet de hausser le prix du travail.
Il faut remarquer aussi que dans une souscription volontaire, chacun des souscripteurs ayant un droit naturel d'inspection, peut exiger que les conditions de l’association soient exactement remplies; ou si on ne les remplit pas, il conserve la liberté de se retirer de cette société. Mais si l’on donnait à la souscription la forme d’une, contribution universelle et forcée, comme elle deviendrait dès-lors une affaire nationale, il n’y aurait plus aucune garantie de l’exécution des conditions primitives de celle institution. Et lorsque les fonds viendraient à manquer, ce qui arriverait nécessairement, puisque bientôt tous les fainéants et les dissipateurs tomberaient à la charge delà fondation, on exigerait sansdoule une contribution [dus forte, et personne ne pourrait s’y soustraire. Ainsi
Dissertation on Ihr poor lawt , p. 89, deuxieme edit., 1787.