‹ Essai sur le principe de populationChapitre 290 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE XI

le mal irait toujours croissant, précisément comme croit à présent la taxe des pauvres. Il est vrai que, si l'assistance donnée par une telle fondation était toujours spécifiée exactement, sans pouvoir être augmentée sous aucun prétexte, comme cela a lieu dans les associations volontaires actuelles, ce serait un grand avantage. Mais on pourrait tout aussi bien l’obtenir en adoptant le même principe dans la distribution des sommes recueillies par la taxe des pauvres qui se lève dans chaque paroisse. Il parait donc que rendre forcées les souscriptions volontaires ne diffère point essentiellement de la simple continuation de la taxe actuelle; et que toute espèce de forme de distribution que l'on pourrait adopter dans l'un de ces plans, pourrait également être adoptée dans l'autre.

Faire payer aux célibataires le quart de leurs gains hebdomadaires, et aux hommes chargés de famille la trentième partie seulement , serait imposer aux célibataires une forte amende et accorder une gratification à la procréation des enfants. Rien ne peut être plus opposé aux vues dans lesquelles M. Townsend a écrit son excellent ouvrage. 11 établit comme un principe général, qu’un système de lois en faveur des pauvres ne peut être bon, s'il ne règle pas la population par la demande du travail ’. Mais il est évident que la loi qu’il propose tend à encourager la population, sans aucun rapport avec la deinaude du travail. Elle punit le jeune homme de sa prudence, qui l’a engagé à s'abstenir du mariage, dans un temps où peut-être la demande du travail était si petite, que son gain ne pouvait suflire à l'entretien d'une famille. Tout système de contribution forcée pour les pauvres me parait devoir être rejeté. Mais si l’on exigeait que les célibataires fournissent une avance pour avoir droit à des secours lorsqu'ils viendraient à se marier, il serait juste qu’ils reçussent ces secours en proportion des sommes qu’ils auraient avancées. Celui qui aurait contribué du quart de son gain pendant le cours d'une année seulement ne devrait pas se trouver au pair avec celui qui aurait fait la même contribution pendant dix ans.

M. Arthur Young parait, dans la plupart de ses ouvrages, entendre très bien le principe de population, et se faire une juste idée des maux qu’entraiue la multiplication des hommes , lorsqu'elle va au-delà des bornes que lui assignent la demande du travail et les moyens de subsister avec une sorte d'aisance. Il a beaucoup insisté sur ce point dans sou Voyage en France, et il s'est appliqué à faire voir les suites fâcheuses de l'excès de population qu'a fait nailre dans ce pays-lâ une trop grande

‘ Dissertation on the pour Laies, deuxieme édit., p. SA.

EXAMEN DE DIVERS PLANS

division des propriétés foncières. Il dit avec raison que multiplier ainsi les hommes c’est multiplier le malheur. « On se marie, on a des enfants, dans l'espérance de les élever, mais sans que cette espérance s’appuie sur aucun motif raisonnable. Ainsi les hommes se multiplient au-delà de la demande qu’en font les villes et les manufactures. La suite de cet ordre de choses est la plus extrême détresse et la mort d’une multitude d’individus, qui succombent aux maladies engendrées par la mauvaise nourriture ’. >

Ailleurs il cite un passage plein de sens tiré du rapport du comité de mendicité, où, en parlant des maux que cause un excès de population, on Unit par ces mots : < Il faudrait enfin nécessairement que le prix du travail baissât par la plus grande concurrence des travailleurs, d’où résulterait une indigence complète pour ceux qui ne trouveraient pas de travail , et une subsistance incomplète pour ceux même auxquels il ne serait pas refusé. » En commentant ce passage, Arthur Young s’exprime ainsi : « La France offre elle-même une preuve sans réplique de la justesse de cette assertion. Les observations que j’ai faites en diverses provinces de ce royaume , démontrent à mes yeux que sa population surpasse tellement son industrie et son travail , qu'il serait beaucoup plus puissant et llorissaut s’il comptait cinq ou six millions de moins dans le nombre de ses habitants. L’excessive population qui le surcharge présente de toutes parts un spectacle de misère absolument incompatible avec le degré de prospérité nationale auquel il pouvait atteindre sous son ancien gouvernement. Un voyageur, même moins occupé que moi de ce genre d’observation , ne peut manquer d’en être frappé. Et personne ne doit s’étonner de voir ces signes de détresse, lorsqu'on songe au prix du travail, à celui des denrées nécessaires à la vie, et à l'état déplorable auquel les classes inférieures du peuple sont réduites par la moindre hausse dans le prix du blé. »

< Si l’on veut , dit encore cet auteur , voir un district où il y ail aussi peu de malheur que |>ouvait le comporter l'ancien gouvernement de France, il faut sans doute se transporter dans les lieux où il n'y a point de petits propriétaires. Il faut visiter les grandes fermes de la Beauce, de la Picardie, d’une partie de la Normandie et de l’Artois. Dans ces provinces, on trouvera une population qui ne dépasse pas le nombre qui peut être régulièrement employé et salarié. Si, même dans ces districts, on venait à rencontrer, contre la règle générale que je viens de donner, un lieu où règne une excessive misère, il y a vingt à parier contre un

' Travels i'« France , vol. I, ch. XII, p. 408.

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