‹ Essai sur le principe de populationChapitre 29 sur 368 · LIVRE I. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE IV

miiic'; et en entrant dans les bois, ils ne sont pas surs d’échapper à ce fléau. Quelquefois les plus habiles chasseurs ne réussissent point k se procurer du gibier, lors même qu’il ne manque pas dans les forêts’. Privé de cette ressource, le chasseur ou le voyageur y demeure exposé à toutes les angoisses de la faim’. Les indigènes, dans leurs chasses, sont réduits quelquefois à passer trois ou quatre jours sans prendre aucune nourriture’.

Un missionnaire parle de quelques Iroquois qui , dans une occasion de cc'le nature, après s’être soutenus quelque temps en mangeant les peaux qu’ils portaient sur eux , leurs souliers , l’écorce des arbres ; enfin, n’en furent pas moins réduits au désespoir, et obligés de sacrifier quelques-uns d’entr’eux pour sauver les autres. I)e onze qu'ils étaient, il n’en échappa que cinq3.

Les iudigènes de plusieurs parties de l’Amérique méridionale vivent pressés par le besoin*, et sont quelquefois détruits parla famine’. Les îles de l'Amérique, toutes riches qu'elles paraissent, n’avaient pas plus de produit que leur population n’en exigeait. Un petit nombre d’Espagnols, qui arrivaient dans un district, y portaient aussitôt la cherlé*. L’empire llorissant du Mexique n’était pas beaucoup mieux pourvu ; et Corlez éprouva souvent qu’il lui était difficile d’y nourrir sa jietite troupe*. Les missions même du Paraguay, sous l’administration prévoyante des Jésuites, et sous l’influence des épidémies qui diminuèrent souvent sa population , ne furent pas toujours à l’abri du liesoin. On cite la mission de Saint-Michel , où le nombre des indigènes s’était tellement accru, que les terres en culture n’y produisaient pas plus de la moitié des grains nécessaires à son entretien10. Souvent de longues sécheresses y faisaient périr le bétail et manquer la récolte". Dans ces circonstances, quelques missions se sont trouvées réduites à la plus extrême misère, et auraient infailliblement péri par la famine, si les missions voisines n’étaient pas venues à leurs secours".

Les derniers voyages à la côte du Nord-Ouest de l’Amérique confirment, à cet égard, les anciennes relations, et font voir, en particulier, combien la pêche, qui semble devoir offrir des provisions inépui-

‘ Letl. edif., t. VI, p. 82, 1%, 19", 215; t. IX, p. 151.

• Cliarlevoix, N.-F., t. lit, p. 201. — llrmicpin, Mtrurs des sauvages, p. 78.

• Leli. edif., t. VI, p. Ifi7, 220. — * Ibid., p. 53. — • Ibid., p. 71.

• Ibid., t. Vit, p. 583; I. IX, p. 340. — » Ibid., t. VIII, p. 79.

■ Robertson, liv. IV, p. 121. — Hurlées America, vol. I, p. 50.

• Robertson, liv. VIII, p. 212.

10 LcU.idif., t. IX, p. 381. — " Ibid., p. 191. — " Ibid., p. ÜOfi, 380.

OBSTACLES A LA POPL'LAT. CHEZ LES INDICÉ N ES DE L'AMÉIUQIE. 41 sables, est souvent une ressource précaire. La mer, sur la côte de Nootka, u’est presque jamais entièrement fermée par les glaces. Mais on peut juger, par le soin qu’on y prend de faire des provisions d’hiver, qu’en cette saison la mer n’est pas poissonneuse : et il parait qu’alors on y éprouve la plus cruelle disette '. C’est ce qui arriva dans l’hiver de 1780 à 1787, pendant le séjour qu’y fit M. Mackay. On y essuya une véritable lamine, causée par la longue durée de celte saison rigoureuse. Le magasin de poissons secs était épuisé , il n’y avait aucun moyen de se procurer des provisions fraîches. Tous les habitants furent mis à la ration. Les chefs distribuaient aux Anglais, chaque jour, celle qui leur avait été allouée, qui consistait en sept têtes de harengs secs. Meares dit que le détail de leurs souffrances, consigné dans le journal de ce navigateur, fait frémir l’humanité*.

Le capitaine Vancouver fait mention de quelques peuples, au nord de Nootka, qui vivent misérablement de coquillages et d’une espèce de pâte faite avec l’écorce intérieure du sapin*. Un jour cependant, quelques hommes de son équipage, dans une de leurs excursions, rencontrèrent une petite troupe d’indigènes, qui portaient avec eux des plies*. Mais ils ne purent, à aucun prix, obtenir d’eux de s’en dessaisir. Le voyageur remarque que cette résistance à toute espèce d’offre, presque sans exemple chez ces sauvages, indique combien leur approvisionnement en ce genre est rare et difficile*. En 1791, au rapport de ce même navigateur, le poisson était très rare au détroit de Nootka et se vendait à un prix exorbitant. Les provisions d’hiver avaient manqué, ou par l’effet de quelque négligence, ou parce que la saison avait été mauvaise*.

La Peyrousenous peint les indigènes des environs du Port-Français comme vivant l’été, par la pêche, dans l'abondance, et comme exposés l’hiver à mourir de faim

II ne faut donc pas croire, avec, lord kaimes •, que les tribus américaines ne se soient pas assez accrues pour sentir le besoin de la vie pastorale ou agricole. C’est quelque cause différente qui les a empê-

1 Mearcs, Voyage, cliap. XXIV, p. 366. — 1 Ibid., cliap. XI, p. 133.

* Voyage de Vancouver, t. II, liv. II, cliap. II, p. 373.

4 Espace de poisson pial, analogue à la limande qui habite surtout les mers du Non). [Jph . G.)

4 Ibid., p. 3S3. — • Ibid., t. Ht, liv. VI, ch. I, p. 304.

* Voyage de La Peyrouie, ch. IX, p. 400.

4 Sketches, Esquisse de l'histoire de l'homme , vol. I, p. 09 , 103, in-8",

3* édit. Angl.

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