LIVRE IV. — CHAPITRE XI
que ce sera une paroisse en possession de quelques communes, qui séduisent le pauvre, en l'engageant à élever du bétail, à devenir propriétaire, et en conséquence misérable. Au retour de ce voyage, que l’on passe en Angleterre, et on y verra des paysans bien vêtus, bien nourris, vivant dans l'aisance, et parmi lesquels il n’y en a pas un sur mille qui possède une portion de terre ou du bétail.» Peu après, à l'occasion des encouragements donnés au mariage, il dit en parlant de la France : « Le principal malheur de ce royaume est d'avoir une population si grande, qu’il ne peut ni l’employer ni la nourrir. Pourquoi donc encourager le mariage? Voulez-vous avoir un plus grand nombre d’hommes, précisément parce que vous en avez plus que vous ne pouvez en employer? La concurrence pour les aliments est telle que votre peuple meurt de faim, et vous voulez encourager une plus abondante production d’hommes, qui ne peut manquer d’augmenter cette concurrence. On peut légitimement demander s’il ne conviendrait pas mieux de donner aux lois une direction toute contraire; s'il ne serait pas d’une bonne politique de s'opposer au mariage de ceux qui ne pourraient pas prouver qu’ils sont en état de pourvoir à l'entretien de leur famille. Mais h quoi lion encourager le mariage, tandis qu’on est assuré que, sans aucun encouragement, il se fera un mariage partout où il convient qu’il se fasse. Il n’y a point d'exemple qu’un pays ait offert de l’occupation et du travail en abondance , sans qu'aussitdt il s’y soit fait des mariages en proportion de la facilité de s’établir. Ainsi la politique qui les encourage est tout au moins inutile, et peut devenir nuisible. »
Quand on a vu cet auteur comprendre si pleinement le principe de population, et s’exprimer sur ce sujet avec tant de justesse, on est surpris de lui entendre dire dans un écrit plus récent' :« Le moyen le plus propre à prévenir le retour de ces disettes, si accablantes pour le pauvre, serait d’assurer, à tout ouvrier père de trois enfants ou plus, la propriété d’un acre’ de pommes de terre, et assez de pâturages pour nourrir une ou deux vaches1.... Si chacun d’eux avait un champ assez étendu de pommes de terre et une vache, ils ne se soucieraient guères plus du prix du blé que ne font leurs frères les Irlandais.»
« Tout le monde, ajoute-t-il, convient que le système est bon , mais il s’agit de savoir par quels moyens on pourrait le mettre en vigueur. »
1 The question.... Étal de la question relative à la disette , et examen des remèdes à ce mal , l>roch. 1800. I -Vole de l'auteur.)
’ L’acre csl à l’arpent comme 1000 est à 1263. {fiole des traducteurs.)
1 The question, p. 77.
EXAMEN DE DIVERS PLANS
J'ignorais, je l’avoue, que la bonté de ce système fût si généralement reconnue. Quant à moi, je proteste en mon propre nom, afin de n’être point compris dans cette expression collective, tout le monde, car ce système, s’il venait à être adopté, serait, selon moi, le coup le plus fatal qu’on ait jamais pu porter au bonheur de la partie inférieure du peuple.
M. Young continue : « La grandeur de l'objet, dit-il, doit nous engager à vaincre, pour l’obtenir, toutes les ditlicullés qui ne sont pas absolument insurmontables. Il est probable qu’on pourrait y parvenir par un règlement analogue à celui que je vais proposer.
a 1“ Dans les lieux où il y a des pâturages communs, tout ouvrier père de.... enfants aura droit à une partie de terrain proportionnée à l'étendue de sa famille, qui lui sera assignée par les officiers de sa paroisse, etc...., et on achètera pour lui une vache. Cet ouvrier possédera l’un et l’autre jusqu’à sa mort , en payant annuellement 40 shellings, jusqu’à ce que le prix de la vache, etc., soit acquitté. A sa mort, cette propriété sera transmise à l’ouvrier chargé de la plus nombreuse famille, pour en jouir jusqu’à sa mort, en payant à la veuve de son prédécesseur.... shellings par semaine.
« 2° Les ouvriers qui se présenteront pour recevoir, à raison de la famille dont ils se trouveront chargés, des portions de terrain et des vaches, en recevront jusqu’au moment où les concessions faites sur les communaux s’élèveront à....
< 3° Dans les paroisses qui ne possèdent point de biens communaux, et où la qualité de la terre permettra l’exécution du règlement , chaque collager' qui ne se trouverait pas posséder au bout d’un certain temps assez de terre pour nourrir une vache, et avoir un acre en pommes de terre (d’après une estimation raisonnable et sujette à l'appel aux cours de sessions), aura droit de demander à sa paroisse.... shellings par semaine; chargeant les propriétaires et fermiers de pourvoir aux moyens de le faire; laissant aux paroisses le soin d'acheter les vaches et de se faire rembourser de leurs avances par une rétribution annuelle*.
< Le grand objet en tout ceci est , à l’aide du lait et des pommes de terre, de détourner les pauvres des campagnes de consommer du froment; de substituer à cet aliment d’autres substances non moins sa-
' Cos domestiques externes des propriétaires et des fermiers, reçoivent de leur maître une maison, un petit jardin, autant d'herbe qu'il en faut pour nourrir une vache, et peut-être un acre ou deux de mauvaise terre labourable. Rick, du nul. de la trad. de G. Garnier, t. I. [Noie dei traducteurs.)
* The question, p. 78.