LIV11E IV. — CHAPITRE XI
progrès rapides de la populaliou qu’excite un lel ordre de choses, on peut se tenir pour assure qu’on n'arrivera point h la solution d’un problème qui présente une véritable impossibilité physique1.
M. Young suppose que, si le peuple se nourrissait de lait et de pommes de terre, il serait moins exposé qu’il présent aux disettes. Il m'est impossible de comprendre quel peut être le fondement d'une telle opinion. Sans doute ceux qui vivent de pommes de terre ne peuvent souiïrir de la disette de blé. Mais y a-t-il donc quelque chose d’absurde à supposer que la récolte des pommes de terre vienne à manquer? Il me semble que l'on convient généralement que cette racine est plus sujette que le grain à être endommagée pendant l’hiver. Comme un champ mis en pommes de terre donne plus de substance alimentaire que par toute autre espèce de culture, si cette racine devenait toul-ii-coup la nourriture générale du peuple, il arriverait qu'au premier moment on en produirait plus qu'il ne serait nécessaire pour satisfaire à la demande, et
dr l’auteur.)
que par conséquent on se trouverait d’abord dans l'abondance. M. Young fait, dans son Voyage en France, l’observation suivante: * Dans les districts qui contiennent de vastes étendues de terres en friches naturellement assez fertiles, comme aux pieds des Pyrénées, par exemple; si ces terres appartiennent à des communautées qui soient disposées à les vendre, on voit régner l’économie et l’activité, qu’anime l’espérance de s'établir et de se marier. Il y a dans tout le voisinage un accroissement de population qui a quelque chose d’analogue k celui que l'on observe en Amérique; et lorsque les terres sont k bas prix, on y sent peu la misère. Mais comme dans ces circonstances la procréation est très considérable, la moindre diminution qui survient dans les moyens de subsistance produit de grands maux. Celte diminution peut provenirou du renchérissement des terres en friches, ou de ce que les meilleures terres sont vendues, ou de ce qu’il s'élève des diflicullés qui en rendent l’acquisition inutile. J’ai vu toutes ces diverses circonstances agir dans ces montagnes. A l’instant où il survient quelque obstacle de ce genre, la
1 Le Dr Crampe a traité ce sujet à l'occasion d'un prix, et sa dissertation a beaucoup de mérite. Elle contient beaucoup de remarques utiles et instructives. Mais tant que le capital du pays n'est point proportionne à sa population, attendre du succès d'un prcjel de celte nature, c'est sc H itler d'une espérance chimérique. Je suis aussi Tortemrm porté b croire, que les habitudes d'indolence et de turbulence, que l'on remarque en Irlande chez le bas peuple, dépendent du système des pommes de terre, et ne changeront qu'avec un système qui fait multiplier cette partie de la nation si fort au-delà des bornes assignées par la demande régulière du travail. (JVofe
EXAMEN DE DIVERS PLANS
détresse où se trouve le peuple est proportionnée à l’activité et au courage qui dominaient auparavant , et qui avaient si fort hâté la population '. »
Celte description s’applique fort bien h l’état où se trouverait l'Angleterre, si l’on y faisait k tout le peuple une distribulion de terres divisées en petites portions, et si on l’accoutumait k faire des pommes de terre sa nourriture générale. Pendant un certain temps ce changement paraîtrait avoir d’heureux effets, qui, se joignant k l’idée de la propriété, rendraient le nouveau système très agréable aux pauvres. Mais, comme dit ailleurs M. Young, < bientôt on rencontre une limite k laquelle la terre , de quelque manière qu’on la cultive , ne peut pas nourrir un plus grand nombre d'habitants. Et cependant ces mœurs simples qui favorisent si fort le mariage durent encore. Quel peut être le résultat de cet ordre de choses, si ce n’est la plus effrayante misère1 ? »
Lorsque toutes les terres communes auront été divisées, et que l’on commencera k trouver difficile de procurer k ceux qui en demanderont des portions de terrain pour y cultiver des pommes de terre, l'habitude qui se sera établie de se marier de bonne heure occasionnera un état de détresse pénible et compliqué. Quand, par l'accroissement de la population et la diminution des sources qui peuvent fournir des vivres, le produit moyen des pommes de terre ne s’élèvera pas au-dessus de la consommation moyenne , une disette de pommes de terre sera k tous égards aussi probable que peut l’étre k présent une disette de blé. Et lorsqu'elle se fera sentir elle sera incomparablement plus redoutable.
Partout où le bas peuple vit principalement de l’espèce de grains la plus chère, comme en Angleterre, où le froment est la nourriture générale, il y a, en temps de disette, des ressources considérables. L’orge, l’avoine, le riz, les soupes économiques et les pommes de terre s’offrent comme des aliments moins chers et cependant très salubres. Mais quand la nourriture ordinaire du peuple est celle qui se vend au plus bas prix, il n’y a plus d’autre ressource en temps de disette que de manger des écorces d’arbres, comme font les pauvres en Suède. Et un grand nombre de ceux qui sont réduits k cette extrémité périssent de misère et de faim.
Les salaires du travail se régleront toujours par le rapport de l’offre k la demande. Or, dans le système des pommes de terre, il y aurait bientôt plus d'offres de bras qu’il ne serait nécessaire pour satisfaire k la demande ; et le travail continuerait d’étre offert constamment k très bas prix, k cause du bas prix de la nourriture qui l’alimente. Bientôt donc
‘ Travcls in France , vol. I, ch. XVII, p. 409. — 1 Ibid.