‹ Essai sur le principe de populationChapitre 294 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE XI

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le prix commun du travail serait principalement réglé par le prix des pommes de terre, au lieu d’être réglé par le prix du froment, comme il l'est actuellement. Cet ordre de choses amènerait naturellement les haillons et les misérables chaumières d’Irlande.

Quand il arrive occasionnellement que la demande du travail excède l'offre, et quand les salaires sont réglés par le prix de l’espèce de grain la plus chère, ces salaires sudisent ordinairement pour que l’ouvrier se procure quelque chose au-delà de sa nourriture : le bas peuple est alors en étal de se vêtir et de se loger d’une manière décente. S’il y a quelque vérité dans le parallèle de l’ouvrier anglais et de l’ouvrier français, tel que le présente M. Young, c’est par ces deux circonstances qu’il faut l’expliquer. Si on venait à les changer en faisant adopter au peuple le lait et les pommes de terre comme base de sa nourriture; si en conséquence l’offre ilu travail se trouvait constamment surpasser beaucoup la demande, et si les salaires se réglaient sur le prix de la nourriture qui est au plus bas prix, l'avantage dont l’ouvrier anglais a paru jouir serait perdu, et aucun effort de bienfaisance ne pourrait provenir l’invasion de la misère la plus complète et la plus générale.

D'après ce principe, on comprend qu’il n’est nullement à souhaiter que les soupes économiques du comte de Rumford soient adoptées comine nourriture générale du peuple. C'est une invention précieuse pour des établissements publics et pour servir de ressource dans certaines occasions ; mais si une fois elles venaient à être universellement adoptées par les pauvres, on n’aurait aucun moyen d'empêcher qu’elles ne réglassent le prix du travail; et il arriverait que l'ouvrier, après avoir eu au premier moment quelque chose de plus à mettre en épargne pour des dépenses d'un autre genre que la nourriture, (iuirait par avoir dans la suite lieaucoup moins à épargner pour le même objet.

On doit désirer, pour le bonheur du peuple, une nourriture habituellement chère, sur laquelle se règlent les salaires; et pour les temps de disette, une nourriture moins chère, qui remplace facilement et agréablement la nourriture ordinaire'. Pour reudre plus facile le passage d’une de ces nourritures à l'autre, et pour marquer eu même temps d’une manière utile la distinction eutre ceux qui se mettent dans la dé-

1 II est certainement à désirer qu'à chaque colla ijr ou cabane en Angleterre soit attache un jardin, bien garni de légumes et de végétaux nutritifs. Quelque variété dans les aliments est utile à tous égards. I.cs pommes de terre sont sans contredit une précieuse ressource, quniqu'à mon avis il fill très fâcheux que l'ouvrier eu fit sa principale nourriture, {fiole de / auteur.)

EXAMEN DE DIVERS PLANS

pétulance îles secours île paroisse et ceux qui savent s’en passer , je crois qu'on ferait fort bien d'adopter un plan particulier conçu par M. Young. Cet auteur propose de « passer un acte portant défense de fournir, pour la nourriture , aucune autre espèce d'assistance que des pommes de terre, du riz et de la soupe; et d’établir ce règlement, non comme une mesure provisoire, mais comme une loi permanente > Je ne crois pas qu’un tel règlement dût nécessairement engager les classes inférieures du peuple il faire de ces aliments leur principale nourriture. Et s’il rendait plus facile en temps de disette une substitution nécessaire, si surtout il servait à distinguer le pauvre assisté du pauvre indépendant, il aurait incontestablement beaucoup d’avantage.

Comme il est bien reconnu que l 'usage du lait et des pommes de terre , ou des soupes économiques , pour la principale nourriture du peuple, produirait une baisse dans le prix du travail, quelque froid politique sera tenté peut-être de proposer l’adoption de ce système , par la pensée qu’il mettrait l’Angleterre en état d'offrir, dans les marchés de l’Europe, ses articles de manufacture à un prix si bas, que personne ne pourrait lui faire concurrence. Je ne saurais synqiathiser avec le sentiment qui pourrait suggérer de telles vues. Et véritablement il m’est impossible d’imaginer rien de plus odieux que de condamner sciemment les ouvriers de son pays aux baillons et aux misérables chaumières de l’Irlande , pour le plaisir de vendre un peu plus de beaux draps et de toiles de colon*. La puissance et la richesse d'une nation

' Question of seareity, etc., p. SO. On pourrait adopter ce plan au moins pour les maisons de travail. Dans les assistances qui se font au domicile des pauvres il serait peut-être d’une exécution plus diflicile. (.Vote de l'auteur.)

’ En faisant cette observation, je n'ai point en vue M. Young, qui, je n'en doute point, désire très sincèrement améliorer le sort des classes inférieures du peuple. Atais je ne peuse pas que son plan général soit propre à servir ses vues à cet égard. Ou ii li a pas vu les conséquences qui me frappent, on il a meilleure opinion que moi de l'état du peuple eu Irlande. Dans son voyage en cette tle, il semble avoir été frappé de l'abondance des pommes de terre et de la garantie qu'elles procurent eoulre la disette. S'il y avait été en 1800 et 1801, il y aurait été affecté bieu différemment. La facilité qu'ont eue jusqu'ici les Irlandais de se procurer des portions de terrain à mettre en pommes de terre a certainement rendu les disettes rares. Atais, quoique tous les effets du système adopté à cet egard dans ce pays-là n'aient pas encore été sentis, on en a assez vu pour comprendre que ce système n’est rien moins que désirable.

AI. Young a plus récemment développé son plan avec plus de detail, dans une brochure intitulée • Recherches sur ta convenance d'appliquer les terres incultes au soutien des pauvres. An inquiryinlo thr propricly ofupplyiny, etc. L’impression que son plan avait fait sur moi n'a pas changé par ces explications nouvelles. Il

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