‹ Essai sur le principe de populationChapitre 295 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE XI

n’ont de valeur, après tout, qu’en tant qu’elles contribuent au bonheur des individus qui la composent. Sous ce rapport, je suis fort loin de vouloir les déprécier; je les envisage au contraire comme étant en général des moyens absolument nécessaires pour obtenir celte fin. Mais s’il se présentait un cas particulier où les moyens et la fin fussent en opposition directe , la raison ne permet pas d'élever un doute sur le parti qu'il y aurait à prendre.

Heureusement, ici cette opposition ne se rencontre pas, et en adoptant même les principes de la politique bornée que je réfute, on devrait rejeter le plan proposé. On a toujours observé que ceux qui travaillent principalement sur leur propre fonds de terre, se décident avec beaucoup de paresse et de répugnance à travailler pour les autres. Il doit nécessairement arriver, par l'usage général d’une nourriture à très bas prix, un moment où la population se trouve accrue beaucoup au-dela du terme que lui assigne la demande du travail. A cette époque il s’est engendré parmi le peuple des habitudes de paresse et de turbulence, singulièrement défavorables à la prospérité des manufactures. Quoiqu’en Irlande le travail soit à très bas prix , il y a dans ce pays fort peu de produits de manufactures qui puissent être exportés dans les marchés étrangers à des prix aussi bas que les produits des manufactures d’Angleterre. Cela vient en grande partie de ce qu’on n’y a pas contracté ces habitudes de travail et d’industrie, qui ne peuvent naître que dans les lieux où il y a pour les ouvriers des occupations régulières et un emploi constant d’activité.

me parait toujours tendre à assimiler le sort de l'ouvrier anglais à celui du bas peuple d'Irlande. M. Yonng semble, en traitant ce sujet, avoir oublié ses propres principes. Il a traité la question des moyens de pourvoir aux besoins des pauvres, comme s’il ne s’agissait que de pourvoir aux besoins d’un nomire dormi de personnes. Si le problème pouvait se réduire à ces termcs-Ià, on n’aurait pas été tant de siècles à le résoudre. Mais 1» question est celle-ci : Comment peut-on pourvoir aux besoins des pauvres, sans en augmenter perpétuellement le nombre ? On comprend aisément que, pour obtenir cette fin, il ne peut être fort utile de donner à chaque pauvre une vache et une portion de terrain. Si, après avoir opéré la division complète de toutes les terres communes, on laissait subsister les lois sur les pauvres telles qu’elles sont aujourd'hui, on ne saurait imaginer une raison pour laquelle la taxe des pauvres ne dût pas s'élever en peu d’années à un taux égal à celui que nous lui voyons maintenant atteindre ; indépendamment de toutes les sommes qui auraient été dépensées en terres et en bétail conformement au plan eu question. (Noie de l'auUur.)

EXAMEN' DE DIVERS PLANS

CHAPITRE XII — EXAMEN DE DIVERS PLANS QUI ONT ÉTÉ PROPOSÉS POUR AMÉLIORER LE

SORT DES PAUVRES (SmI'Ip). — PLAN DOWEN. — PLAN DE CORWEN. — INFLUENCE DES

CAISSES D'ÉPARGNE, etC.

L’accroissement de celle partie de la société qui , dans le cours 1 ces dernières années, est devenue totalement ou partiellement dépendante de l’assistance paroissiale, joint h l'accroissement du fardeau de la taxe des pauvres imposée aux propriétés foncières, avait opéré, depuis quelque temps, un changement graduel dans l'opinion publique relativement à l'influence que peut avoir, sur les classes ouvrières et sur la société en général , une réserve légale faite pour l’entretien des pauvres. Mais la détresse qui a suivi la paix de 1814, la grande et soudaine surcharge qui en est résulté pour les paroisses , ont accéléré ce changement d’une manière marquée. Des vues plus justes et plus éclairées sur ce sujet s’accréditent de jour en jour; on comprend mieux, on reconnaît plus généralement les diflicultés inséparables d'un tel établissement; des opinions se répandent, par la voie de l’impression et par celle de la simple conversation, qui auraient été considérées, il n’y a pas plus de vingt ans , comme une espèce de trahison contre l’État.

Ce changement dans l'opinion, hâté par la souffrance du moment, a dirigé fortement l’attention sur les lois des pauvres ; et comme il a été reconnu que le système actuel a manqué son but, divers plans ont été proposés pour le remplacer ou pour l’améliorer. Il peut être utile de rechercher brièvement jusqu’à quel point les plans qui ont été publiés sont propres à remplir leurobjet. On croit assez généralement qu’il doit résulter de l’état actuel de l’opinion publique quelque importante décision. Pour qu'une telle mesure ait un succès permanent, il faut absolument qu'elle s’applique à un certain point à la source réelle de la difficulté. Et toutefois il y a de bonnes raisons de craindre que, malgré le progrès des lumières à cet égard, on ne néglige cette condition indispensable.

Au nombre des plans qui ont excité à un haut point l’attention publique, est celui qu'a proposé M. üwen. J’ai déjà fait allusion aux vues de M. Owen dans le chapitre sur les systèmes d’égalité, et j’ai parlé de son expérience avec le respect qui lui est dù. S’il ne s’agissait que d’entretenir, de nourrir et d’élever au mieux des sociétés de douze cents personnes, peu d’hommes auraient plus de droit à être écoulés; mais, dans le plan qu’il a proposé , M. üwen semble avoir entièrement mé-

1 Ecrit en 1817. (tfote de l'auteur.)

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